Le Maroc s'est imposé au premier semestre 2026 comme le premier marché d'exportation de la Turquie en Afrique, avec 2,1 milliards de dollars d'achats turcs, en hausse de 19,1 %. Cette relation commerciale, portée par la stabilité économique marocaine et ses infrastructures portuaires, pourrait avoir des répercussions sur le secteur aurifère ouest-africain. En effet, le Maroc, hub vers l'Europe et l'Afrique de l'Ouest, attire les investissements turcs dans les énergies renouvelables et l'industrie, tandis que la Turquie, grand consommateur d'or, cherche à sécuriser ses approvisionnements.

Infographie — Or · Production

Depuis la mise en œuvre de l'accord de libre-échange en 2006, les échanges entre le Maroc et la Turquie n'ont cessé de croître, franchissant pour la première fois la barre des 5 milliards de dollars en 2025. Les données du premier semestre 2026 confirment cette dynamique, avec une croissance de près de 20 % des exportations turques vers le royaume chérifien. Cette intensification commerciale s'inscrit dans une stratégie plus large d'Ankara, qui voit en Rabat une porte d'entrée vers l'Afrique de l'Ouest et l'Europe, grâce au port Tanger Med et aux zones franches industrielles.

Pour les producteurs d'or ouest-africains, cette évolution n'est pas anodine. Le Maroc est déjà un acteur important dans le raffinage et le commerce de l'or, avec une capacité de raffinage de plusieurs centaines de tonnes par an. La Turquie, de son côté, est l'un des plus gros importateurs d'or au monde, avec une demande soutenue de la part de son industrie de la bijouterie et de sa banque centrale. En renforçant ses liens logistiques et commerciaux avec le Maroc, Ankara pourrait y faire transiter une partie croissante de ses achats d'or, y compris en provenance d'Afrique de l'Ouest.

Le Maroc, plateforme stratégique vers l'Afrique de l'Ouest

L'essor des échanges maroco-turcs intervient alors que les pays de la CEDEAO cherchent à mieux valoriser leurs ressources minières. Le Mali, le Burkina Faso, le Ghana et la Côte d'Ivoire figurent parmi les principaux producteurs d'or du continent, mais une part importante de leur production est exportée brute ou via des intermédiaires. Le développement de hubs régionaux comme le Maroc, ou encore le port de Lomé au Togo, pourrait offrir des alternatives aux circuits traditionnels dominés par Dubaï ou la Suisse.

La formation d'ingénieurs lancée au pied du barrage de Souapiti en Guinée, évoquée dans les rapports de mai 2026, illustre la volonté des États ouest-africains de maîtriser les compétences nécessaires à l'exploitation de leurs ressources. Dans le même temps, les investissements dans les énergies renouvelables au Maroc, mentionnés par le président du conseil d'affaires Turquie-Afrique, pourraient à terme soutenir une industrie de transformation locale moins gourmande en énergie fossile.

Cependant, la relation bilatérale n'est pas sans déséquilibre. Le Maroc subit un déficit commercial chronique avec la Turquie, ce qui a conduit les deux pays à s'accorder en 2025 sur des mesures visant à stimuler les exportations marocaines et les co-investissements. Pour l'Afrique de l'Ouest, cela pourrait se traduire par une plus grande implication turque dans les projets miniers ouest-africains, notamment via des joint-ventures avec des entreprises marocaines.

Sur le plan géopolitique, cette dynamique renforce la position du Maroc comme intermédiaire incontournable entre l'Afrique subsaharienne et les marchés euro-méditerranéens. Alors que la CEDEAO dévoilait en mai dernier un « Pacte d'avenir » pour consolider l'intégration régionale, les initiatives bilatérales comme celle entre Rabat et Ankara rappellent que les routes commerciales contournent parfois les cadres institutionnels.

Les échanges records entre le Maroc et la Turquie ne sont pas un simple fait commercial : ils révèlent une recomposition des chaînes de valeur régionales, où le royaume chérifien émerge comme un pivot pour les flux de biens et de capitaux vers l'Afrique de l'Ouest. Dans le secteur aurifère, cette évolution pourrait offrir aux pays producteurs une voie supplémentaire pour renforcer leur souveraineté, à condition qu'ils parviennent à négocier des partenariats équilibrés et à attirer les investissements dans la transformation locale.