La transition énergétique mondiale redéfinit la valeur stratégique du sous-sol africain. Selon une analyse de S&P Global Market Intelligence, l'Afrique concentre 76% du cobalt extrait dans le monde et pourrait fournir 60% du lithium mondial d'ici 2030. Pour l'Afrique de l'Ouest, cette dynamique se traduit par une recomposition des chaînes de valeur, mais aussi par des tensions nouvelles autour de l'exploitation des ressources.

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Une nouvelle géographie des ressources

La transition énergétique mondiale ne se limite pas à la substitution des énergies fossiles par des sources renouvelables. Elle modifie en profondeur la hiérarchie des matières premières stratégiques. Le cuivre accompagne l'électrification des réseaux, tandis que le cobalt et le lithium conditionnent les performances des batteries. Or, l'Afrique détient une part substantielle de ces réserves, comme le souligne le rapport de S&P Global Market Intelligence. Le continent représente déjà 41% de la bauxite et pourrait, à l'horizon 2030, fournir environ 60% du lithium et 40% du graphite mondiaux.

Cette concentration géographique transforme l'accès aux gisements en enjeu industriel, commercial et sécuritaire. Les pays ouest-africains, longtemps considérés comme des producteurs marginaux, se retrouvent au cœur de cette recomposition. La production de lithium au Zimbabwe, qui a connu une croissance annuelle composée de près de 160% entre 2020 et 2025, illustre la rapidité du basculement. Mais cette dynamique ne se limite pas à l'Afrique australe : la région ouest-africaine, avec ses gisements de bauxite en Guinée et ses projets miniers émergents, s'inscrit dans cette nouvelle donne.

Des chaînes de valeur encore inachevées

Cependant, cette progression ne signifie pas que l'Afrique maîtrise les chaînes de valeur. Le rapport souligne que la totalité du lithium produit au Zimbabwe et 95% du cobalt extrait en République démocratique du Congo sont exportés vers la Chine. Le continent gagne en importance comme fournisseur, mais la transformation et le raffinage restent principalement localisés hors du continent. Cette situation n'est pas nouvelle, mais elle prend une acuité particulière dans un contexte où les pays africains cherchent à capter davantage de valeur ajoutée.

En Afrique de l'Ouest, cette aspiration se heurte à des réalités complexes. Le secteur minier y est marqué par une forte présence d'opérateurs étrangers, des infrastructures insuffisantes et des défis de gouvernance. La Côte d'Ivoire, qui a mobilisé 180 millions de dollars pour un projet de nickel, illustre cette volonté de diversification. Mais le chemin vers une transformation locale reste long, comme en témoignent les débats récurrents sur la taxation des exportations de minerais bruts.

L'or et l'ombre de l'orpaillage illégal

Parallèlement, la ruée vers les minerais critiques s'accompagne d'une intensification de l'orpaillage illégal, notamment au Burkina Faso et au Mali. Cette activité informelle, souvent liée à des réseaux transfrontaliers, pose des défis sécuritaires et environnementaux majeurs. Elle alimente également des tensions sociales dans des zones où l'État peine à exercer son autorité. Cette réalité contraste avec les ambitions affichées de formalisation du secteur.

Le phénomène n'est pas nouveau, mais il prend une dimension nouvelle à l'heure où la demande mondiale en métaux précieux et en minerais stratégiques s'accroît. L'orpaillage illégal, qui échappe aux circuits officiels, prive les États de recettes fiscales et contribue à la dégradation des écosystèmes. Il constitue aussi un facteur d'instabilité dans une région déjà confrontée à des défis sécuritaires.

Entre opportunités et risques climatiques

La transition énergétique n'est pas le seul facteur qui redessine la carte des ressources en Afrique de l'Ouest. Les conditions climatiques, elles aussi, jouent un rôle croissant. L'épisode El Niño qui se renforce depuis juin, selon l'Organisation météorologique mondiale, pourrait avoir des conséquences importantes sur la région. Les variations de précipitations, les sécheresses ou les inondations affectent directement les activités minières, qu'il s'agisse de l'accès aux sites ou de la logistique.

Les rapports entre climat et ressources ne sont pas nouveaux, mais ils sont de plus en plus étroitement liés. La gestion de l'eau devient un enjeu critique pour les mines, tandis que les événements extrêmes peuvent perturber les chaînes d'approvisionnement. Dans ce contexte, la capacité des États ouest-africains à anticiper ces risques devient un facteur de compétitivité.

Une souveraineté à construire

La question de la souveraineté sur les ressources naturelles traverse les débats politiques de la région. Le président Félix Tshisekedi a réaffirmé, à l'occasion du 66ème anniversaire de l'indépendance de la RDC, sa volonté de transformer localement les ressources naturelles. Cette aspiration résonne dans toute l'Afrique, y compris en Afrique de l'Ouest, où les gouvernements cherchent à négocier de meilleures conditions avec les investisseurs étrangers.

Mais la souveraineté ne se décrète pas : elle se construit à travers des politiques industrielles, des investissements dans la formation et des infrastructures. Les partenariats internationaux, notamment avec la Chine, les États-Unis ou l'Union européenne, offrent des opportunités, mais aussi des dépendances. La diversification des partenaires apparaît comme une stratégie pour éviter une nouvelle forme de captation des ressources.

La compétition géopolitique autour des minerais critiques ne fait que commencer. L'Afrique de l'Ouest, riche en bauxite, en or et potentiellement en lithium, se trouve à la croisée des chemins. Les décisions prises dans les prochaines années détermineront si la région parvient à transformer son sous-sol en levier de développement durable, ou si elle reste un simple fournisseur de matières premières dans une économie mondiale en pleine mutation.

La transition énergétique mondiale place l'Afrique de l'Ouest face à un paradoxe : ses sous-sols sont plus stratégiques que jamais, mais sa capacité à en tirer profit reste tributaire de choix politiques et industriels. À l'heure où les grandes puissances redéfinissent leurs alliances, la région pourrait devenir un terrain d'expérimentation pour de nouveaux modèles de coopération. Mais la fenêtre est étroite : la demande mondiale évolue vite, et les effets du changement climatique ajoutent une incertitude supplémentaire. L'avenir dira si les pays ouest-africains sauront saisir cette opportunité pour consolider leur souveraineté économique.