Le groupe chinois Huayou Cobalt a annoncé le rachat d'Atlantic Lithium pour 210 millions de dollars, ciblant le projet Ewoyaa au Ghana, considéré comme l'un des gisements de lithium les plus avancés d'Afrique de l'Ouest. Cette opération, intervenue après la ratification du bail minier par le Parlement ghanéen en mars 2026, marque l'entrée effective de la région dans la course aux métaux critiques pour la transition énergétique. Alors que les revenus pétroliers et aurifères restent dominants, ce mouvement révèle une diversification stratégique des ressources et une dépendance croissante vis-à-vis des investisseurs chinois.

Infographie — Mines · Guinée

L'acquisition d'Atlantic Lithium par Huayou Cobalt, filiale du géant chinois des métaux, pour 0,25 dollar par action, soit 210 millions de dollars, confirme l'intérêt de Pékin pour les réserves africaines de lithium. Le principal actif visé, le projet Ewoyaa, situé dans la région côtière du Ghana, devrait devenir la première mine de lithium du pays et l'une des premières en Afrique de l'Ouest. Sa mise en production est attendue dans les prochaines années, avec une capacité annuelle estimée à 350 000 tonnes de minerai, alimentant les chaînes d'approvisionnement mondiales de batteries pour véhicules électriques et systèmes de stockage d'énergie.

Cette opération s'inscrit dans un contexte de demande mondiale explosive : selon les projections, le marché du lithium devrait croître de plus de 20 % par an d'ici 2030, porté par l'électrification des transports et le déploiement des énergies renouvelables. L'Afrique, qui détient environ 5 % des réserves mondiales de lithium, principalement concentrées au Zimbabwe, en République démocratique du Congo et au Ghana, devient un terrain de compétition entre la Chine, les États-Unis et l'Europe. Huayou Cobalt, déjà présent dans le cobalt congolais, renforce ainsi sa mainmise sur les métaux critiques.

Pour le Ghana, ce projet représente une opportunité de diversification économique bienvenue. Le pays dépend largement de l'or (premier producteur africain) et du cacao, mais cherche à développer de nouvelles filières minières pour soutenir ses finances publiques. Le gouvernement a négocié un bail minier prévoyant une redevance de 10 % et une participation de l'État de 6 %, un modèle qui pourrait servir de référence pour d'autres pays de la région. Toutefois, la cession à un opérateur chinois soulève des questions sur le contrôle effectif des ressources et la création de valeur locale.

L'évolution des chaînes de valeur est un enjeu clé. Si le Ghana se contente d'exporter du minerai brut, il perdra une grande partie de la valeur ajoutée. Le pays pourrait s'inspirer du Zimbabwe, qui a imposé une taxe à l'exportation de lithium brut pour encourager la transformation locale. Mais l'absence d'infrastructures de raffinage et d'industrie de batteries en Afrique de l'Ouest limite ces ambitions à court terme. L'accord avec Huayou Cobalt ne prévoit pas de clause explicite de transformation, ce qui laisse craindre un simple approvisionnement de l'industrie chinoise.

Ce rachat intervient dans un contexte régional marqué par des dynamiques contrastées. En mai 2026, les producteurs d'or comme Iamgold confirment leur production, tandis que le Nigeria atteint un pic pétrolier. La montée en puissance du lithium signale une transition des ressources fossiles vers les métaux verts, mais elle reproduit les schémas de dépendance : les majors chinoises contrôlent déjà une part significative de la production africaine de cobalt, de graphite et de terres rares. Pour les États ouest-africains, l'enjeu est de négocier des partenariats qui incluent le transfert de technologie et la transformation locale.

L'Union africaine a adopté en 2025 une stratégie pour les minéraux critiques, visant à renforcer la souveraineté minière. Mais sa mise en œuvre reste lente, entravée par des capacités financières et techniques limitées. Le cas ghanéen montre qu'une approche pragmatique peut attirer les investissements tout en conservant un certain contrôle : le bail minier d'Ewoyaa a été ratifié après un long processus parlementaire, et le gouvernement a obtenu des garanties sur les retombées locales. Cependant, face à la puissance de la demande chinoise, la marge de manœuvre des États est étroite.

L'acquisition d'Atlantic Lithium par Huayou Cobalt illustre la nouvelle configuration de l'économie minière ouest-africaine, où les métaux de la transition énergétique prennent une place croissante. Si elle ouvre des perspectives de revenus inédits, elle pose aussi la question de la souveraineté régionale dans un secteur dominé par des acteurs étrangers. La capacité des pays comme le Ghana à imposer une transformation locale et à diversifier leurs partenaires déterminera si cette ressource devient un levier de développement ou un nouveau vecteur de dépendance.