Le ministre mauritanien des Affaires économiques a vanté, fin juin 2026, les atouts du pays pour capter les investissements étrangers, en particulier du Golfe. Derrière le discours promotionnel, c’est une transformation structurelle de l’économie mauritanienne qui s’opère, portée par l’essor des exportations minières et l’entrée dans l’ère gazière. Un pari sur la souveraineté énergétique de la région, mais qui soulève des questions sur la dépendance aux capitaux extérieurs et la concurrence entre projets.

Infographie — Mines · Mauritanie

Un cadre juridique remodelé pour séduire les capitaux du Golfe

En marge des réunions du Fonds de l’OPEP à Vienne, le Dr Abdallah Ould Souleymane Ould Cheikh Sidia a présenté la Mauritanie comme une « porte d’entrée sécurisée » vers les marchés ouest-africains. Le nouveau Code des investissements et le cadre des partenariats public-privé sont au cœur de cette offre. Ces réformes visent à rassurer des investisseurs souvent réticents face aux risques politiques et juridiques de la région. Le ministre a explicitement ciblé les pays du Golfe et du monde arabe, dont les fonds souverains cherchent des placements stables et des débouchés pour leurs capitaux.

Cette stratégie s’inscrit dans un mouvement plus large : plusieurs États ouest-africains tentent d’attirer ces mêmes flux, mais la Mauritanie dispose d’atouts spécifiques. Son vaste territoire, sa façade atlantique et ses ressources minières – fer, or, cuivre – déjà bien exploitées, offrent une base tangible. L’ajout du gaz naturel vient renforcer un argumentaire qui ne repose plus uniquement sur le minerai de fer, traditionnel pilier de l’économie.

La double locomotive du minerai de fer et du gaz

Le ministre a souligné une « transformation structurelle historique » portée par la progression des exportations minières et l’entrée dans l’ère gazière. La Mauritanie, avec le champ Grand Tortue Ahmeyim (en coopération avec le Sénégal), est sur le point de devenir un exportateur majeur de GNL. Parallèlement, la SNIM (Société nationale industrielle et minière) continue d’augmenter sa production de fer, alimentant les aciéries chinoises et européennes.

Cette double ressource confère à Nouakchott une position unique en Afrique de l’Ouest, où peu de pays combinent minerais solides et hydrocarbures. Mais cette abondance expose aussi le pays aux fluctuations des cours mondiaux. Le cycle récent de hausse des prix du minerai de fer et du gaz a dopé les recettes, mais la volatilité reste un risque majeur.

Les défis de la connectivité régionale

Pour que la Mauritanie devienne vraiment un corridor stratégique, il lui faut des infrastructures logistiques performantes. Le ministre a mis l’accent sur les ports et les routes, qualifiant ce secteur de « plus prometteur ». Le port de Nouakchott et celui de Nouadhibou sont des nœuds clés, mais leur capacité et leur intégration aux chaînes régionales restent limitées. Les projets d’extension, notamment pour accueillir des navires de plus grand tonnage, sont prioritaires.

La connexion routière avec le Mali et le Sénégal est également cruciale. Dans un contexte où la CEDEAO cherche à fluidifier les échanges, la Mauritanie – qui a quitté l’organisation en 2000 mais reste liée à l’UEMOA – peut jouer un rôle de pont entre le Maghreb et l’Afrique subsaharienne. Toutefois, les tensions sécuritaires au Sahel freinent les investissements.

Quels impacts pour la souveraineté énergétique ouest-africaine ?

L’arrivée du gaz mauritanien sur le marché régional pourrait réduire la dépendance de l’Afrique de l’Ouest aux importations de produits pétroliers raffinés. Couplé aux projets hydroélectriques comme le barrage de Souapiti en Guinée (où un programme de formation d’ingénieurs a été lancé mi-2026), le gaz pourrait offrir une alternative aux centrales thermiques coûteuses. Cependant, les coûts d’infrastructure et la préférence des investisseurs pour l’exportation vers l’Europe ou l’Asie limitent encore l’impact local.

La Mauritanie devra arbitrer entre valorisation domestique et exportation. Les accords de partage de production avec les majors pétrolières (BP, Kosmos) prévoient une part pour l’État, mais les volumes destinés au marché régional restent flous. La souveraineté énergétique passe aussi par la maîtrise des chaînes de valeur, un défi que peu de pays africains ont relevé.

Une compétition régionale pour les financements extérieurs

L’offensive mauritanienne pour attirer les capitaux du Golfe s’inscrit dans une compétition avec d’autres pays de la région. Le Sénégal, avec son gaz, le Ghana, avec son pétrole, et la Côte d’Ivoire, avec ses mines, courtisent les mêmes fonds. Le nouveau Code des investissements mauritanien, salué par le ministre comme l’un des « plus performants », cherche à se démarquer par la sécurité juridique et la flexibilité des PPP.

Mais cette course aux investissements peut créer des déséquilibres. Les pays les moins attractifs risquent de voir leurs ressources ignorées. En outre, la dépendance accrue aux capitaux du Golfe pose la question de l’alignement des intérêts : ces investisseurs cherchent avant tout un rendement, pas nécessairement le développement régional.

L’ambition mauritanienne s’inscrit dans une compétition régionale pour attirer les financements gaziers, à l’heure où plusieurs pays ouest-africains cherchent à monétiser leurs réserves. Mais la dépendance aux investissements du Golfe et aux fluctuations des cours mondiaux rappelle que la souveraineté énergétique ne se décrète pas : elle se négocie au carrefour des intérêts privés, étatiques et régionaux. La véritable transformation dépendra de la capacité de Nouakchott à transformer ses ressources en leviers de développement inclusif, et non en simples rentes.