Le Mali a adopté le 28 août 2026 un décret fixant à 35 % la participation cumulée de l'État et des investisseurs nationaux dans le capital de Mines de Kobada-S.A., société qui portera le futur projet aurifère de Kobada, situé à 126 kilomètres au sud de Bamako. Cette décision, qui s'inscrit dans une dynamique régionale de renégociation des contrats miniers, interroge sur les capacités réelles de financement des États et sur l'évolution des rapports de force avec les compagnies étrangères.

Infographie — Or · Mali

Le décret adopté par le Conseil des ministres malien le 28 août 2026 précise la structure de la participation publique dans le projet aurifère de Kobada : 10 % gratuits et non diluables pour l'État, 20 % supplémentaires en numéraire, et 5 % réservés aux investisseurs nationaux. La gestion en est confiée à la Société du patrimoine minier du Mali. Mais le gouvernement n'a ni chiffré le montant nécessaire à l'acquisition des 20 % en numéraire, ni détaillé les modalités de souscription des 5 % réservés aux investisseurs nationaux. Ce flou, pointé par APAnews, n'est pas anodin : il révèle les tensions entre l'ambition souverainiste et les réalités budgétaires.

Cette décision s'inscrit dans un mouvement plus large qui gagne l'Afrique de l'Ouest depuis plusieurs années. Le Mali, comme le Burkina Faso et la Guinée, a multiplié les réformes pour accroître la part de l'État dans les revenus miniers. La flambée des prix de l'or, observée depuis 2024, a renforcé la volonté des gouvernements de capter une plus grande valeur de leurs ressources. Le décret sur Kobada en est l'illustration la plus récente, mais il s'ajoute à une série de mesures similaires, notamment au Ghana et au Sénégal, où les codes miniers ont été révisés pour augmenter les redevances et les participations publiques.

Le choix de la participation en numéraire est particulièrement significatif. Contrairement aux 10 % gratuits, qui ne coûtent rien à l'État, les 20 % en numéraire exigent un déboursé immédiat de plusieurs dizaines de millions de dollars. Or, les finances publiques maliennes sont sous pression, entre la lutte contre le terrorisme et les investissements nécessaires dans les infrastructures. La question du financement de cette participation est donc cruciale : l'État devra-t-il emprunter, puiser dans ses réserves, ou négocier un étalement avec Toubani Resources, la compagnie australienne qui développe le projet ?

Le parallèle avec la RDC, évoqué dans les sources, est éclairant. La loi congolaise de 2018 impose une participation nationale de 10 % dans les sociétés minières, avec une répartition entre investisseurs privés et employés. Mais là aussi, les mécanismes concrets d'accès à ces parts restent flous, et un moratoire a dû être accordé jusqu'en juillet 2026 pour permettre aux entreprises de s'y conformer. Cette difficulté à opérationnaliser les participations nationales n'est pas propre au Mali : elle traduit une réalité économique où la capacité d'épargne des acteurs locaux est limitée, et où les mécanismes de financement innovants (fonds souverains, banques de développement, etc.) restent embryonnaires.

Au-delà de la question financière, ce décret révèle une évolution géopolitique majeure : les États ouest-africains ne se contentent plus de taxer, ils veulent devenir actionnaires. Cette stratégie, inspirée des modèles pétroliers du Moyen-Orient et de l'expérience du gaz naturel GTA Sénégal Mauritanie production, vise à assurer une part des bénéfices à long terme, au-delà des seules redevances. Dans le secteur pétrolier, le Sénégal a ainsi négocié une participation de 10 % dans le projet Sangomar, dont la production a démarré en 2024, et l'expérience du GTA a montré que les États pouvaient jouer un rôle actif dans la gouvernance des ressources.

Mais cette ambition se heurte à un paradoxe : plus les États veulent contrôler, plus ils ont besoin de capitaux, qu'ils ne trouvent souvent qu'auprès des mêmes compagnies qu'ils cherchent à encadrer. Le cas de la Guinée, où la bauxite est exploitée depuis des décennies par des multinationales, illustre cette dépendance : les récentes exigences de transformation locale n'ont pas encore produit les effets escomptés, faute d'investissements suffisants. La question de l'orpaillage illégal au Burkina Faso et au Mali ajoute une couche de complexité : l'exploitation artisanale échappe largement au contrôle des États, réduisant d'autant la portée des réformes sur le secteur formel.

Le projet de Kobada, avec ses 2,2 millions d'onces de ressources et une production moyenne attendue de 162 000 onces par an, représente un enjeu important pour le Mali. Le coût initial de développement est évalué à 216 millions de dollars, une somme considérable pour l'économie locale. La décision du gouvernement de s'y impliquer aussi fortement témoigne de sa volonté de faire de ce projet un symbole de la nouvelle politique minière. Mais elle soulève aussi des questions sur la capacité de l'État à assumer ses engagements financiers sans compromettre d'autres priorités budgétaires.

Cette évolution s'inscrit dans un contexte plus large où la souveraineté sur les ressources naturelles devient un marqueur politique fort en Afrique de l'Ouest. Les gouvernements, poussés par une opinion publique de plus en plus attentive à la répartition des richesses, multiplient les gestes de fermeté à l'égard des compagnies étrangères. Le décret sur Kobada est à la fois un acte de souveraineté et un test de crédibilité : il montre que l'État malien est prêt à prendre des risques pour contrôler ses ressources, mais il reste à voir s'il aura les moyens de ses ambitions.

Le décret malien sur Kobada s'inscrit dans une tendance lourde où les États ouest-africains cherchent à transformer leur richesse souterraine en levier de développement. Mais la réussite de cette stratégie dépendra de la capacité des gouvernements à financer leurs participations, à mettre en place des mécanismes transparents de gestion, et à attirer les investissements nécessaires. Alors que les prix de l'or restent élevés et que les négociations sur les contrats miniers se multiplient, la question n'est plus de savoir si les États doivent prendre part, mais comment ils vont le faire sans sacrifier l'attractivité de leurs secteurs extractifs. L'expérience du pétrole sénégalais, avec Sangomar et le GTA, montre que la voie est étroite entre souveraineté et pragmatisme économique. Le Mali, avec Kobada, pourrait bien devenir un cas d'école pour toute la région.