Toubani Resources a sécurisé un financement de 208 millions de dollars pour sa mine d'or Kobada au Mali, combinant un gold stream de 160 M$ et une augmentation de capital de 48 M$. Cet accord, intervenu alors que le cours de l'or flirte avec des records historiques, montre que les investisseurs restent confiants dans le potentiel aurifère malien, malgré les incertitudes politiques depuis le coup d'État de 2020. Il soulève aussi des questions sur la répartition des bénéfices entre l'État et les opérateurs étrangers, alors que la junte malienne affiche une volonté de renégocier les contrats miniers.
Les nouvelles dynamiques de l’or malien
Toubani Resources sécurise 208 M$ pour sa mine Kobada. Gold stream + augmentation de capital.
Calendrier du projet
Contexte macroéconomique (Mali)
Enjeu : La junte malienne veut renégocier les contrats miniers. L’accord Kobada teste la confiance des investisseurs étrangers.
Acteurs et flux financiers
Le financement annoncé par Toubani Resources pour sa mine d’or Kobada, située dans le sud du Mali, constitue une étape clé dans le développement du projet. La structuration en deux volets – un gold stream de 160 millions de dollars consenti par l’actionnaire majoritaire Eagle Eye Asset Holdings, assorti d’une levée de fonds de 48 millions de dollars entièrement souscrite – offre à la société cotée à Sydney la certitude financière nécessaire pour accélérer la construction. Selon l’étude de faisabilité définitive de 2024, Kobada devrait produire en moyenne 162 000 onces d’or par an sur une durée de vie initiale de 9,2 ans, en exploitant des réserves de 1,56 million d’onces et une ressource totale de 2,2 millions d’onces. Le minerai sera traité à raison de 6 millions de tonnes par an, à partir d’un gisement oxydé à faible coût dans la ceinture birimienne, près de Bamako.
Le calendrier annoncé prévoit un premier tirage sur le gold stream au troisième trimestre 2026 et une première coulée d’or au troisième trimestre 2027. Plus de 60 % des dépenses d’investissement sont déjà engagées et 500 personnes sont présentes sur le site, ce qui réduit considérablement les risques de retard qui affectent souvent les projets africains. Cette avancée contraste avec le climat d’incertitude qui prévaut au Mali depuis le coup d’État d’août 2020 et la prise de pouvoir par la junte du colonel Assimi Goïta. Pourtant, le secteur minier reste un pilier de l’économie nationale : l’or représente plus de 80 % des exportations du pays. La mine de Fekola (exploitée par B2Gold) et celle de Loulo-Gounkoto (Barrick Gold) continuent de tourner, même si les relations avec l’État se sont tendues autour de la redistribution des revenus.
La conclusion de ce financement s’inscrit dans un contexte de prix de l’or au plus haut, qui favorise les accords de type streaming. Ces derniers permettent aux développeurs de lever des fonds sans supporter les lourds intérêts d’une dette traditionnelle, en cédant une partie de la production future à un prix réduit. Dans le cas de Kobada, Eagle Eye Asset Holdings recevra 11,1 % de la production à 20 % du cours spot, avec une option de rachat pour Toubani portant sur 75 % du stream. Ce mécanisme, prisé par les financiers spécialisés, témoigne de la confiance dans la montée en puissance du projet tout en offrant une couverture contre la volatilité du marché. Pour le Mali, l’arrivée d’une nouvelle mine signifie des redevances et des impôts supplémentaires dans un contexte budgétaire tendu, mais aussi des emplois directs et indirects.
Au-delà de l’aspect financier, ce projet interroge sur la souveraineté minière du Mali. La junte, qui a déjà renégocié certains contrats avec Barrick et B2Gold, exige une part plus importante des bénéfices et un contrôle accru sur les opérations. L’arrivée d’un nouvel acteur comme Toubani, avec un actionnariat majoritairement étranger, pourrait raviver les débats sur la répartition de la rente. Cependant, le fait que le financement soit bouclé malgré les tensions montre que les investisseurs internationaux parient sur une stabilisation à long terme. La reprise des vols d’Air France vers Bamako en juin 2026, après trois ans d’interruption, est un autre signe de normalisation des relations internationales, même si les incertitudes sécuritaires persistent dans le nord du pays.
Comparé à ses voisins, le Mali conserve un avantage géologique certain, mais la concurrence pour attirer les capitaux s’intensifie. Au Burkina Faso, l’insécurité a freiné plusieurs projets, tandis que le Niger mise sur l’uranium et le pétrole. Dans ce paysage, Kobada pourrait devenir un test de la capacité du Mali à conjuguer attractivité pour les investisseurs et exigences de souveraineté. La première production est attendue dans un peu plus d’un an : d’ici là, l’évolution du cadre réglementaire malien et des cours de l’or sera déterminante pour la suite.
L’aboutissement du financement de Kobada n’est pas un cas isolé. Dans toute l’Afrique de l’Ouest, les projets aurifères se multiplient alors que l’or joue un rôle croissant dans les stratégies de diversification économique et de réserves de valeur. Reste à savoir si le Mali, sous gouvernance militaire, parviendra à transformer cette manne en développement durable sans décourager les investisseurs par des exigences trop contraignantes. La réponse se jouera dans la négociation des futurs contrats et dans la capacité de l’État à garantir une stabilité politique et sécuritaire minimale.