TotalEnergies et son partenaire canadien BluEnergies ont publié le 6 juillet une mise à jour de leurs travaux d’exploration pétrolière sur trois blocs du bassin de Harper, au large du Liberia. Ce programme intervient dans un pays qui importe aujourd’hui la totalité de ses produits pétroliers et n’a jamais réalisé de découverte commerciale malgré soixante-dix ans de tentatives. Il s’inscrit dans une dynamique régionale où le golfe de Guinée attire les compagnies en quête de nouveaux gisements en eaux profondes.
TotalEnergies relance l’exploration au Liberia
Trois blocs du bassin de Harper · Partenariat avec BluEnergies · Un pari pour la souveraineté énergétique
Chronologie : 70 ans de recherche pétrolière
Parts dans l’accord
TotalEnergies opérateur (65 % des intérêts)
Profondeurs d’étude
Cartographie des fonds marins par GeoPartners sur 4 045 km²
Retraitement sismique
Données acquises en 2013, retraitées par TGS (Norvège)
Avancement
Contexte économique du Liberia
Le Liberia importe aujourd’hui la totalité de ses produits pétroliers. Aucune découverte commerciale en 70 ans.
Les acteurs de l’exploration
Méthode : trois approches complémentaires — sismique, cartographie des fonds, analyse chimique des sédiments et de la chaleur du sous-sol.
Les opérations en cours combinent trois approches complémentaires. Le retraitement de 6167 km² de données sismiques acquises en 2013, confié à la société norvégienne TGS, est achevé à plus de 50 %. Parallèlement, la firme GeoPartners cartographie le fond marin sur 4045 km² à des profondeurs de 500 à 3500 mètres, tandis qu’une analyse de la composition chimique des sédiments et de la chaleur du sous-sol vise à détecter des indices d’hydrocarbures. Ces travaux sont menés dans le cadre d’un accord signé en janvier 2026, où TotalEnergies est opérateur avec 65 % des intérêts, aux côtés de BluEnergies (35 %).
L’histoire de l’exploration pétrolière au Liberia est jalonnée d’échecs. Dès les années 1960, des puits ont été forés sans résultat concluant. En 2016, ExxonMobil avait creusé le puits Mesurado-1, là encore sans succès. Ces revers s’expliquent par une géologie complexe et une connaissance encore limitée du sous-sol marin. Pourtant, le bassin de Harper suscite un regain d’intérêt car il appartient à la West Africa Transform Margin, une formation géologique qui a déjà livré des découvertes majeures, comme le champ Jubilee au Ghana ou les récents gisements en Côte d’Ivoire.
L’enjeu pour le Liberia dépasse la simple quête de pétrole. Le pays dépend entièrement des importations pour ses besoins en carburant, ce qui pèse sur sa balance commerciale et sa sécurité énergétique. Une découverte commerciale pourrait transformer son économie, mais aussi renforcer sa position dans une région où la compétition pour attirer les investissements extractifs s’intensifie. Le Sénégal, avec le champ Sangomar en production, la Mauritanie avec Grand Tortue Ahmeyim, et la Côte d’Ivoire avec Baleine illustrent cette ruée vers les hydrocarbures ouest-africains.
Le choix de TotalEnergies comme opérateur n’est pas anodin. La major française est déjà présente dans plusieurs pays du golfe de Guinée, notamment au Nigeria, au Ghana et en Côte d’Ivoire. Elle dispose d’une expertise reconnue en eaux profondes et d’une capacité à mobiliser des technologies de pointe. Pour BluEnergies, ce partenariat permet de partager les risques financiers et techniques d’une exploration particulièrement coûteuse dans des profondeurs allant jusqu’à 3500 mètres.
Cependant, les incertitudes demeurent. Les indices géochimiques et les données sismiques ne garantissent pas une découverte commerciale. Le Liberia reste un territoire vierge en termes de production, et les infrastructures nécessaires à l’exportation (pipelines, plateformes) sont quasi inexistantes. De plus, le contexte politique et juridique devra offrir des garanties suffisantes pour sécuriser les investissements sur le long terme. La transparence dans la gestion des revenus et le partage avec l’État seront des facteurs clés pour éviter les écueils observés ailleurs en Afrique.
Cette relance de l’exploration au Liberia s’inscrit dans une tendance plus large de recomposition des intérêts pétroliers en Afrique de l’Ouest. Alors que les majors cherchent à renouveler leurs réserves, les marges transformantes du golfe de Guinée offrent un potentiel géologique prometteur, mais aussi des défis techniques et politiques considérables. Le succès ou l’échec de ce programme dira si le Liberia peut enfin sortir de soixante-dix ans de promesses non tenues et rejoindre le cercle des producteurs de la région.