Le Liberia a réaffirmé sa volonté de renforcer sa coopération avec l'Angola, en visant des secteurs clés comme le pétrole, le gaz et les mines. Alors que les exportations libériennes vers Luanda atteignent 5,46 millions de dollars (principalement d'huile de palme), les échanges restent déséquilibrés : l'Angola a exporté pour 43,8 millions de dollars en 2024, essentiellement dans le naval et la logistique. Cette relance diplomatique intervient dans un contexte où les pays ouest-africains cherchent à diversifier leurs partenaires économiques au-delà des liens historiques avec l'Europe et les États-Unis.

Infographie — Économie · Afrique de l'Ouest

La visite de l'émissaire spécial Luther Tarpeh à Luanda marque une tentative de redynamiser des relations bilatérales longtemps restées en retrait. L'Angola, troisième économie d'Afrique subsaharienne derrière le Nigeria et l'Afrique du Sud, est un producteur pétrolier majeur (1,1 million de barils par jour en 2025). Le Liberia, de son côté, dispose de réserves encore sous-exploitées en hydrocarbures et cherche à attirer des investissements pour relancer son secteur minier, notamment l'or et le fer. La création d'un groupe de travail conjoint dans l'exploration pétrolière et gazière, évoquée par les deux parties, pourrait faciliter le transfert de compétences et les investissements croisés.

Cette dynamique s'inscrit dans une tendance plus large de rapprochement entre l'Afrique de l'Ouest et l'Afrique centrale. Le Nigeria, voisin du Liberia, vient de porter sa production pétrolière à son plus haut niveau depuis cinq ans (1,71 million de bpj), renforçant sa position de leader régional. Parallèlement, l'Algérie (Afrique du Nord) a annoncé une hausse de sa production de 6 000 bpj, illustrant la compétition pour les parts de marché au sein de l'OPEP+. Dans ce contexte, le Liberia cherche à ne pas dépendre uniquement du Nigeria ou des majors occidentales.

Le volet maritime est un autre axe de coopération. L'Angola et le Liberia ont convenu de renforcer la sécurité maritime et la lutte contre la piraterie. Le Liberia, pavillon de complaisance majeur (près de 15 % de la flotte mondiale immatriculée), a intérêt à sécuriser les routes maritimes du golfe de Guinée, où la piraterie reste une menace. L'Angola, de son côté, exporte une partie de son pétrole via ces mêmes eaux. Cette collaboration pourrait également déboucher sur des projets de développement durable de l'économie bleue, source potentielle de croissance pour les deux pays.

Les chiffres des échanges commerciaux révèlent toutefois un déséquilibre persistant : les exportations angolaises vers le Liberia sont huit fois supérieures aux exportations libériennes. L'huile de palme libérienne peine à pénétrer le marché angolais, tandis que Luanda profite de sa position dans le secteur naval et logistique pour exporter vers Monrovia. Le renforcement des liens devrait donc viser à rééquilibrer les flux, notamment par l'augmentation des exportations libériennes de produits agricoles (caoutchouc, café, cacao) et miniers.

Sur le plan diplomatique, cette mission confirme la volonté du Liberia de s'affirmer comme un acteur de la coopération Sud-Sud. Le pays, qui sort d'une décennie de crises politico-économiques, cherche à diversifier ses partenaires au-delà des États-Unis et de l'Europe, ses alliés traditionnels. L'Angola, sous la présidence de João Lourenço, a multiplié les accords bilatéraux avec des pays africains, notamment dans le cadre de la Communauté de développement de l'Afrique australe (SADC), mais étend désormais son influence vers l'ouest.

Ce partenariat pourrait également avoir des implications pour la CEDEAO. Le Liberia, membre de l'organisation régionale, pourrait servir de porte d'entrée aux investissements angolais dans la région. Inversement, l'Angola pourrait bénéficier de l'expertise libérienne dans le domaine maritime et logistique. Toutefois, la concrétisation de ces ambitions dépendra de la mise en place du groupe de travail conjoint et de la capacité des deux pays à mobiliser des financements.

Au-delà des chiffres encore modestes, la relance des relations entre le Liberia et l'Angola illustre une recomposition des alliances économiques en Afrique. Alors que les pays ouest-africains cherchent à réduire leur dépendance aux exportations de matières premières et à diversifier leurs partenaires, des corridors commerciaux inédits émergent. Reste à savoir si cette dynamique bilatérale pourra s'inscrire dans une logique régionale, à l'heure où la CEDEAO cherche à harmoniser ses politiques économiques et à renforcer l'intégration continentale via la ZLECAf.