Le 24 juin 2026, l’américain Murphy Oil a officialisé une découverte d’hydrocarbures sur le bloc offshore C1-709, au large de la Côte d’Ivoire. Baptisé Bubale-1X, le puits a révélé environ 100 pieds nets de pétrole dans deux réservoirs distincts, après quatre mois de forage en eaux profondes. Cette annonce s’inscrit dans une dynamique d’exploration accrue depuis la mise en production du gisement Baleine par Eni en 2024, et conforte la stratégie d’Abidjan visant à faire du secteur pétrolier un pilier de son développement économique.
Bubale-1X : une découverte qui confirme l’attractivité du bassin ivoirien
Murphy Oil officialise une découverte d’hydrocarbures sur le bloc C1-709, au large de la Côte d’Ivoire. Le puits Bubale-1X révèle environ 100 pieds nets de pétrole dans deux réservoirs distincts, après quatre mois de forage en eaux profondes.
Chronologie de l’exploration en eaux profondes
S2
dans deux réservoirs distincts, après 4 mois de forage en eaux profondes (2 400 m)
Opérateurs actifs dans le bassin ivoirien
Le gouvernement ivoirien vise une multiplication par 8 de sa production d’ici 2035, portée par l’exploration en eaux profondes.
Contexte macro-économique ivoirien
Le secteur pétrolier est appelé à devenir un pilier du développement, dans un contexte de croissance soutenue et de maîtrise de l’inflation.
Une exploration qui monte en puissance
La campagne d’exploration menée par Murphy Oil et son partenaire local PETROCI illustre l’intensification des travaux dans le bassin sédimentaire ivoirien. Le puits Bubale-1X, foré à une profondeur d’eau de 2 400 mètres et une profondeur totale dépassant 6 200 mètres, a mis en évidence des réserves pétrolières dans des formations géologiques complexes. La compagnie prévoit déjà un puits d’appréciation au second semestre 2026 pour évaluer les volumes récupérables et le potentiel commercial. Cette découverte s’ajoute aux projets d’autres opérateurs : VAALCO Energy, CNR International et Petrobras ont également annoncé des programmes de forage sur différents blocs, tandis qu’Eni continue de développer Baleine, premier gisement en eaux profondes du pays.
Des ambitions nationales claires
Le gouvernement ivoirien ne cache pas ses objectifs : atteindre une production de pétrole de 500 000 barils par jour d’ici 2035, contre environ 60 000 barils par jour en 2025, et porter la production de gaz naturel à un milliard de pieds cubes par jour. Ces chiffres traduisent une volonté de transformation structurelle de l’économie, où le secteur extractif deviendrait un moteur de croissance et de recettes fiscales. La découverte de Murphy Oil renforce la crédibilité de ces ambitions en démontrant le potentiel encore inexploité du bassin sédimentaire ivoirien.
Une attractivité qui repose sur des fondamentaux
Plusieurs facteurs expliquent l’afflux de compagnies pétrolières internationales. D’abord, la stabilité politique relative de la Côte d’Ivoire comparée à d’autres pays du golfe de Guinée. Ensuite, le cadre contractuel favorable avec des contrats de partage de production (PSC) jugés compétitifs. Enfin, le succès du gisement Baleine (découvert en 2021, mis en production en 2024) a servi de preuve de concept pour le potentiel des eaux profondes ivoiriennes. La présence de PETROCI, la société nationale, comme partenaire obligatoire dans les blocs, permet à l’État de conserver un contrôle sur les ressources tout en attirant les investissements étrangers.
Des retombées attendues mais des défis persistants
Si les découvertes se confirment et se traduisent en production, les retombées pour l’économie ivoirienne pourraient être significatives : augmentation des recettes fiscales et des redevances, création d’emplois directs et indirects, développement de l’industrie locale de services pétroliers. Cependant, des défis demeurent. La volatilité des cours du pétrole, le coût élevé des opérations en eaux profondes (plusieurs centaines de millions de dollars par puits), et la nécessité de mettre en place des infrastructures de transport et de traitement adéquates sont autant d’obstacles à surmonter. Par ailleurs, la transition énergétique mondiale pousse les compagnies à être plus sélectives dans leurs investissements, ce qui pourrait limiter le rythme des développements futurs.
Un contexte régional porteur
La Côte d’Ivoire n’est pas seule dans cette course aux hydrocarbures. Au Sénégal, le projet Grand Tortue Ahmeyim (GTA) de gaz naturel liquéfié est entré en production fin 2025, tandis que la Mauritanie développe ses propres blocs. Au Ghana, la production du champ Jubilee et de TEN (Tweneboa, Enyenra, Ntomme) continue, même si le pays vient de sortir d’un programme d’aide du FMI en mai 2026. Cette effervescence régionale crée une dynamique compétitive mais aussi des opportunités de mutualisation des infrastructures, notamment pour le gaz. L’émergence d’un hub énergétique ouest-africain est une perspective que plusieurs observateurs évoquent, même si elle reste conditionnée à une coopération politique parfois difficile.
La souveraineté énergétique en ligne de mire
Pour la Côte d’Ivoire, l’enjeu dépasse la simple rente pétrolière. Le pays vise à renforcer sa souveraineté énergétique en réduisant sa dépendance aux importations de produits raffinés et en utilisant son gaz pour alimenter ses centrales électriques. La stratégie nationale de développement du secteur pétrolier et gazier s’inscrit dans une vision plus large de transformation industrielle. Les autorités espèrent que les revenus du pétrole financeront des investissements dans d’autres secteurs, comme l’agriculture, les infrastructures et l’éducation, conformément au Plan national de développement (PND) 2026-2030.
La découverte de Murphy Oil est un signal fort de la vitalité du bassin sédimentaire ivoirien, mais elle intervient à un moment où l’industrie pétrolière mondiale est en pleine mutation. Entre pressions climatiques, volatilité des prix et concurrence des énergies renouvelables, la capacité de la Côte d’Ivoire à transformer cette aubaine géologique en développement durable reste à prouver. L’évolution des cours du baril dans les prochains mois, la réussite des puits d’appréciation et la mise en place d’un cadre réglementaire stable seront des indicateurs clés à suivre.