Le groupe italien Eni a présenté aux autorités équato-guinéennes l’état d’avancement des études techniques sur cinq blocs pétroliers et gaziers, dont le prometteur EG-27. Cette évaluation, qui doit aboutir en décembre 2026, intervient alors que le pays cherche à valoriser ses réserves gazières face à la baisse de sa production pétrolière. Dans un contexte régional où les investissements dans les énergies renouvelables s’accélèrent, ce réengagement d’un major occidental interroge sur la place future des hydrocarbures dans la stratégie énergétique de l’Afrique centrale.
Eni relance l’exploration gazière en Guinée équatoriale
Un pari sur l’avenir des hydrocarbures en Afrique centrale
Contexte régional
- 5 blocs pétroliers et gaziers en évaluation par Eni
- EG-27 : 2 450 km², 6 découvertes, 3,7 Tcf de gaz
- Production pétrolière passée de +300 000 barils/j (pic) à un niveau réduit
- Résultats des études : décembre 2026
Le groupe italien Eni a soumis au vice-président de Guinée équatoriale, Teodoro Nguema Obiang Mangue, un état d’avancement des études techniques portant sur cinq blocs pétroliers et gaziers détenus par la compagnie dans le pays. L’objectif: remettre les premiers résultats en décembre 2026, afin d’évaluer plus finement les ressources et les options de mise en valeur avant d’engager de nouveaux investissements. Parmi ces blocs, le EG-27, situé en eaux profondes à environ 140 kilomètres au sud-ouest de l’île de Bioko, a retenu une attention particulière. Avec une superficie de près de 2 450 km² et des ressources estimées à 3,7 Tcf (milliards de pieds cubes) de gaz, il concentre plusieurs découvertes prometteuses: Fortuna, Viscata, Tonel, Silenus East, Lykos et Estrella de Mar.
Un recentrage stratégique sur le gaz
Cet effort d’évaluation intervient alors que la Guinée équatoriale connaît un déclin progressif de sa production pétrolière, passée d’un pic de plus de 300 000 barils par jour au début des années 2010 à environ 100 000 barils par jour en 2025. Le pays mise désormais sur le gaz naturel pour soutenir ses revenus d’exportation et sa souveraineté énergétique. L’infrastructure existante de liquéfaction à Punta Europa, près de Malabo, permet déjà de traiter et d’exporter du GNL, mais certaines découvertes restent à valoriser. Le projet Alen, qui connecte des ressources offshore à cette usine, illustre la stratégie de monétisation. Eni, qui opère déjà dans le pays depuis plusieurs décennies, cherche à étendre ce modèle au bloc EG-27 et aux quatre autres blocs étudiés.
Les enjeux de la dépendance aux majors étrangères
La relance de l’exploration par Eni souligne la dépendance continue de la Guinée équatoriale vis-à-vis des compagnies pétrolières internationales pour le financement et l’expertise technique. Si cette coopération a permis de développer le secteur des hydrocarbures, elle limite aussi la marge de manœuvre du pays en matière de contrôle des ressources et de redistribution des rentes. Les autorités équato-guinéennes cherchent à renégocier les termes des contrats pour accroître leur part, mais la baisse des investissements mondiaux dans les énergies fossiles, sous l’effet de la transition énergétique, réduit leur pouvoir de négociation.
Contexte OPEP et marchés mondiaux
Membre de l’OPEP depuis 2017, la Guinée équatoriale a vu sa production décliner, ce qui a affaibli son poids au sein du cartel. L’évaluation du bloc EG-27 s’inscrit dans une tentative de stabiliser, voire d’augmenter sa production de gaz, alors que la demande mondiale de GNL reste soutenue, notamment en Europe et en Asie. Cependant, le marché gazier est volatil, et les nouveaux projets doivent faire face à une concurrence accrue de la part de producteurs comme le Qatar, les États-Unis ou le Mozambique. La décision finale d’investissement d’Eni dépendra des résultats des études et des conditions commerciales.
Contrastes régionaux: entre renouvelables et hydrocarbures
En mai 2026, plusieurs initiatives en Afrique de l’Ouest signalaient une accélération des investissements dans les énergies renouvelables et les infrastructures: formation d’ingénieurs au barrage de Souapiti en Guinée, développement du port de Lomé comme hub logistique, ou encore le « Pacte d’avenir » de la CEDEAO pour renforcer l’intégration régionale. Ces signaux contrastent avec le réengagement d’Eni en Guinée équatoriale, illustrant une divergence entre des pays qui misent sur la transition énergétique et d’autres qui cherchent à prolonger l’exploitation de leurs ressources fossiles. Cette dichotomie reflète des réalités économiques et géopolitiques différentes, mais aussi des trajectoires qui ne sont pas nécessairement exclusives: le développement d’infrastructures gazières peut, à court terme, soutenir la croissance et financer la transition.
Quelles perspectives pour la souveraineté énergétique régionale ?
L’étude d’Eni intervient alors que l’Afrique de l’Ouest et du Centre cherchent à diversifier leurs sources d’énergie pour assurer leur indépendance énergétique. La Guinée équatoriale, bien que dotée de ressources gazières, reste vulnérable aux fluctuations des marchés et à la dépendance technologique. Le succès du projet EG-27 pourrait renforcer sa position, mais il nécessitera des investissements lourds, estimés à plusieurs milliards de dollars. Par ailleurs, l’exemple du barrage de Souapiti montre que l’hydroélectricité peut offrir une alternative durable, mais elle requiert des capacités techniques locales que les programmes de formation tentent de développer.
L’évaluation des blocs par Eni pose une question centrale pour l’Afrique centrale: comment concilier l’exploitation des hydrocarbures, source immédiate de revenus, avec les impératifs de la transition énergétique et de la souveraineté à long terme? La décision d’investir dans EG-27 sera scrutée comme un indicateur de la confiance des majors dans le potentiel gazier de la région, mais aussi comme un test de la capacité des États à négocier des partenariats équilibrés.