Le gouvernement ghanéen a présenté le 15 juillet une révision du code minier de 2006 qui subordonne l'exploitation d'une mine à la conclusion d'un accord de développement avec les communautés d'accueil. Cette innovation législative fait entrer dans le droit le concept de permis social d'opérer, jusqu'ici laissé aux bonnes volontés des compagnies minières. Le texte intervient dans un contexte de tensions sociales récurrentes dans les régions aurifères et alors que le Ghana, premier producteur africain d'or, tente de maximiser les retombées de ses ressources pour soutenir sa sortie de la restructuration de sa dette.

Infographie — Or · Gouvernance

Le Ghana vient de franchir un cap dans la gouvernance de son secteur minier. Le projet de révision du code minier, déposé au Parlement le 15 juillet, impose à tout titulaire d'un bail minier de négocier un accord de développement avec les communautés locales avant de pouvoir ouvrir une mine. Cette disposition transforme une pratique volontaire en obligation légale et pourrait redéfinir les relations entre l'État, les opérateurs et les populations.

Le permis social d'opérer, notion née dans les années 1990 dans l'industrie extractive, désigne l'acceptation durable d'un projet par les communautés qui en subissent les impacts. Jusqu'alors, son obtention relevait de stratégies discrétionnaires des entreprises, via des fondations ou des projets sociaux. Le texte ghanéen en fait une condition suspensive du bail minier, avec des comités miniers de district chargés de superviser le processus dès l'octroi des titres.

Cette évolution répond à un paradoxe structurel. Le Ghana extrait environ 140 tonnes d'or par an, mais les régions minières cumulent des griefs : dégradations environnementales, indemnisations insuffisantes, emplois précaires. Les tensions ont émaillé l'exploitation de mines comme Obuasi ou Tarkwa, et plusieurs contentieux ont opposé des compagnies à des communautés. L'État cherche ainsi à canaliser les revendications dans un cadre formel, tout en renforçant son rôle d'arbitre.

Le timing n'est pas neutre. Le Ghana sort d'une grave crise macroéconomique qui l'a contraint à restructurer sa dette souveraine en 2024-2025. Le FMI, qui supervise le programme de redressement, insiste sur la maximisation des recettes extractives. En haussant les exigences sociales, le gouvernement entend à la fois sécuriser les revenus miniers (environ 10 % du PIB et 40 % des recettes d'exportation) et apaiser un mécontentement qui pourrait menacer la production.

Du côté des compagnies, la réaction est mitigée. Les grands groupes comme AngloGold Ashanti ou Newmont voient leurs pratiques déjà alignées, mais redoutent une rigidification des calendriers et des coûts additionnels de négociation. Les juniors, moins dotées en ressources, pourraient être freinées. Le risque d'une inflation des exigences communautaires existe, d'autant que l'accord doit être renégocié périodiquement.

Une contagion régionale en vue ?

Le Ghana n'est pas le premier pays ouest-africain à légiférer sur le permis social. Le Mali, le Burkina Faso et la Côte d'Ivoire ont déjà introduit des clauses de contenu local ou de partage des bénéfices dans leurs codes miniers, mais rarement avec une obligation aussi contraignante. L'approche ghanéenne pourrait faire école dans une région où l'exploitation aurifère suscite de plus en plus de critiques.

Le texte prévoit aussi une meilleure transparence sur les paiements et une participation accrue des districts miniers aux décisions d'octroi. Ces mécanismes visent à corriger une asymétrie d'information historique entre l'administration centrale, les opérateurs et les communautés, souvent tenues à l'écart.

Reste à voir comment ce dispositif sera mis en œuvre. Les capacités administratives des comités de district, le pouvoir de sanction en cas de non-respect, et l'absence de définition précise de l'« équité » des avantages laissent des zones d'ombre. Le Ghana, qui ambitionne de doubler la production d'ici 2030, joue une partie délicate : concilier attractivité des investissements et justice sociale.

En transformant le permis social d'opérer en norme juridique, le Ghana ouvre une voie que d'autres pays miniers d'Afrique de l'Ouest pourraient emprunter. La région, qui assure près du quart de la production mondiale d'or, est confrontée à une équation commune : comment faire du sous-sol un levier de développement partagé sans décourager les capitaux étrangers ? La réponse ghanéenne, encore inachevée, sera scrutée de près.

Données de référence : Croissance du PIB réel : 6.0% (FMI) · Croissance du PIB réel : 6.0% (FMI)