Le 16 mai 2026, l’Égypte et l’Érythrée ont signé un accord de coopération maritime affirmant que la sécurité de la mer Rouge relève des seuls États riverains. Couplé au rapprochement militaire entre Le Caire et Mogadiscio et au contentieux persistant du Nil, ce texte renforce un dispositif de pression régional qui, vue d’Éthiopie, se referme. Si le théâtre est la Corne de l’Afrique, les répercussions s'étendent jusqu'aux filières minières ouest-africaines, fortement dépendantes des importations de biens d'équipement et de l'accès aux marchés internationaux.

Infographie — Or · Production

Tensions hydrauliques et recomposition régionale

Le Grand barrage de la Renaissance éthiopienne (GERD), inauguré le 9 septembre 2025, reste le point focal. Pour Addis-Abeba, il incarne la souveraineté énergétique ; pour Le Caire, une menace existentielle sur ses ressources en eau. L’absence d’accord juridiquement contraignant sur son remplissage et son exploitation maintient une pression permanente. Le Soudan, troisième riverain, est paralysé par sa guerre civile, laissant le face-à-face Égypte-Éthiopie se déplacer sur le terrain de l’influence régionale.

Le différend somalien exacerbe cette dynamique. L’accord de janvier 2024 entre l’Éthiopie et le Somaliland, offrant à Addis-Abeba un accès maritime en échange d’une éventuelle reconnaissance du Somaliland, a poussé Mogadiscio vers Le Caire. En août 2024, un pacte de sécurité a été signé, suivi de livraisons d’armements égyptiens à la Somalie. La récente signature de l’accord Égypte-Érythrée à Asmara parachève un dispositif de verrouillage des frontières éthiopiennes.

Conséquences pour l'Afrique de l'Ouest minière

À première vue, la scène est lointaine. Pourtant, les routes maritimes de la mer Rouge sont cruciales pour le commerce mondial, notamment pour les équipements lourds destinés aux mines ouest-africaines et pour l’exportation de l’or vers les raffineries asiatiques et européennes. Toute escalade qui perturberait le détroit de Bab el-Mandeb aurait un impact direct sur les coûts logistiques et les délais d’approvisionnement des sites miniers au Burkina Faso, au Mali, au Niger ou en Côte d’Ivoire.

Par ailleurs, la compétition pour les ressources hydrauliques et énergétiques dans la Corne influence les prix de l’énergie sur les marchés internationaux. Le GERD, en doublant la capacité électrique éthiopienne, pourrait à terme exporter de l’électricité vers les pays voisins, modifiant les équilibres énergétiques régionaux. Pour les mines ouest-africaines, grandes consommatrices d’énergie, une hausse des coûts de l’électricité importée ou des carburants pourrait comprimer les marges. Les projets hydroélectriques en Afrique de l’Ouest, comme le barrage de Souapiti en Guinée, prennent alors une importance stratégique pour sécuriser l’approvisionnement local.

Opportunités d'investissement et régionalisation

Le contexte de tensions dans la Corne pourrait, paradoxalement, renforcer l’attractivité de l’Afrique de l’Ouest pour les investisseurs miniers. La région offre une relative stabilité politique comparée à la Corne, et les initiatives d’intégration régionale comme le « Pacte d'avenir » de la CEDEAO, dévoilé en mai 2026, visent à consolider la coopération économique. Le port de Lomé, hub logistique ayant traité plus de 30,6 millions de tonnes de marchandises en 2024, illustre cette polarisation ouest-africaine des flux.

Cependant, la souveraineté énergétique reste un défi. Au Togo, les centrales thermiques continuent de dominer malgré l’accélération des renouvelables. La disponibilité et le coût de l’énergie demeurent des facteurs critiques pour les projets miniers. Les investissements dans l’hydroélectricité, comme le barrage de Souapiti en Guinée, pourraient offrir une alternative, mais ils nécessitent des financements longs et une coopération régionale renforcée.

Évolution temporelle et perspectives

Depuis l'inauguration du GERD en septembre 2025, la dynamique régionale s'est accélérée. L’accord Égypte-Érythrée de mai 2026 marque une nouvelle étape dans la stratégie du Caire pour contenir l’influence éthiopienne. Parallèlement, la CEDEAO tente de renforcer son intégration, mais les rivalités entre grandes puissances (Égypte, Éthiopie, Turquie, Émirats) dans la Corne pourraient distraire l’attention et les ressources de la communauté internationale, laissant l’Afrique de l’Ouest gérer ses propres défis de développement minier et énergétique avec moins de soutien extérieur.

Les tensions sur le Nil et en mer Rouge ne sont pas un simple épisode lointain ; elles rappellent combien la géopolitique des ressources (eau, énergie) et des routes maritimes est interconnectée. Pour l’Afrique de l’Ouest minière, l’enjeu est de bâtir une résilience logistique et énergétique qui réduise la dépendance aux flux extérieurs, tout en tirant parti de la stabilité relative de la région pour attirer les capitaux. La question reste ouverte : dans un contexte global de compétition croissante pour les ressources, les États ouest-africains parviendront-ils à transformer leurs atouts miniers en leviers de développement durable ?