Le 20 juillet 2026, les chefs d'État de la CEDEAO ont signé à Freetown l'Accord intergouvernemental du Gazoduc Africain Atlantique, projet phare de 6 800 km reliant le Nigeria au Maroc. Cette signature intervient alors que le modèle historique d'approvisionnement gazier régional montre ses limites, avec la fragilisation du West African Gas Pipeline et l'émergence de projets alternatifs comme PRIME-GAS, soutenu par la Banque mondiale. Au-delà de l'infrastructure, c'est une nouvelle architecture énergétique qui se dessine pour l'Afrique de l'Ouest.
Un tournant pour l’intégration énergétique régionale
Le 20 juillet 2026, les chefs d’État de la CEDEAO ont signé à Freetown l’Accord intergouvernemental du Gazoduc Africain Atlantique. Ce projet de 6 800 km relie le Nigeria au Maroc et redessine l’architecture gazière ouest-africaine.
- 🔻 Fragilité opérationnelle
- 🔻 Vandalisme & maintenance
- 🔻 Demande intérieure croissante
- 🔻 Approvisionnement limité
- ✅ 30 milliards de m³/an
- ✅ 13 pays interconnectés
- ✅ Diversification GNL
- ✅ 40 M$ (Banque mondiale) pour PRIME-GAS
Chronologie du projet
Tracé du corridor gazier
Projet soutenu par la Banque mondiale (40 M$ pour le Togo), PRIME-GAS repose sur le GNL et la mutualisation des infrastructures. Il figure dans le cadre de partenariat 2027‑2036 du Bénin et complète le Gazoduc Atlantique.
Depuis plus d'une décennie, l'intégration gazière ouest-africaine reposait sur le West African Gas Pipeline (WAGP), reliant le Nigeria au Ghana, Bénin et Togo. Mais les contraintes opérationnelles nigérianes – vandalisme, maintenance, demande intérieure croissante – ont exposé la fragilité de ce modèle, poussant les États à rechercher une nouvelle architecture. C'est dans ce contexte que le projet PRIME-GAS, fondé sur le GNL et la mutualisation des infrastructures, a reçu un financement de 40 millions de dollars de la Banque mondiale pour le Togo, et figure dans le cadre de partenariat 2027-2036 du Bénin. Ce soutien traduit une volonté de diversification des sources d'approvisionnement, tout en conservant une approche régionale.
Le Gazoduc Atlantique : un projet d'intégration sans précédent
La signature de l'Accord intergouvernemental (IGA) à Freetown le 20 juillet 2026 marque un saut qualitatif. Long de 6 800 km, le gazoduc traversera treize pays, avec une capacité de 30 milliards de mètres cubes par an et un coût estimé à 25 milliards de dollars. Porté par l'ONHYM marocain et la NNPC nigériane, il vise non seulement à approvisionner l'Europe via le gazoduc Maghreb-Europe, mais aussi à renforcer l'accès à l'énergie et l'industrialisation des pays traversés. L'adhésion collective de la CEDEAO consacre une vision d'intégration régionale qui dépasse la simple logique bilatérale.
Ce projet s'inscrit dans une recomposition géopolitique plus large. Les sources historiques indiquent un intérêt américain croissant pour le corridor atlantique, tandis que l'Algérie, longtemps rivale du Maroc sur le gazoduc transsaharien (TSGP), semble adopter une posture plus conciliante vis-à-vis du Sahara occidental. Par ailleurs, le forum économique Mali-Maroc prévu en juillet 2026 illustre la dynamique d'ouverture des pays du Sahel vers Rabat, malgré les tensions sécuritaires.
Cependant, des défis persistent. Le financement de 25 milliards de dollars reste à sécuriser, et la concurrence avec d'autres projets – comme le TSGP algérien-nigérian – n'est pas totalement écartée. De plus, la signature de l'IGA intervient alors que le WAGP continue de fonctionner en deçà de son potentiel, et que des projets comme PRIME-GAS offrent une alternative plus flexible à court terme.
Un équilibre entre souveraineté et interdépendance
La multiplication des initiatives gazières en Afrique de l'Ouest reflète une quête d'autonomie énergétique, mais aussi une prise de conscience des interdépendances. La Banque mondiale, en soutenant à la fois PRIME-GAS et en encourageant une approche régionale, joue un rôle clé de coordinateur. Pour les pays comme le Bénin et le Togo, l'enjeu est de ne pas reproduire la dépendance au gaz nigérian à travers un seul tuyau, mais de construire un réseau multi-sources et multi-acteurs.
L'accord de Freetown pose les bases d'une nouvelle carte énergétique ouest-africaine, mais sa concrétisation dépendra de la capacité des États à surmonter les rivalités géopolitiques et à attirer les financements nécessaires. Au-delà du gaz, c'est la vision d'une Afrique de l'Ouest intégrée qui se joue, entre souveraineté nationale et solidarité régionale.