Le 19 juillet 2026, les chefs d'État de la CEDEAO ont signé à Freetown l'accord intergouvernemental du Gazoduc Africain Atlantique (AAGP), infrastructure de près de 6 800 km reliant le Nigeria au Maroc. Deux jours plus tôt, le Togo, le Bénin et la Côte d'Ivoire entamaient des discussions sur une mutualisation de leurs importations de GNL. Ces deux mouvements, distincts mais complémentaires, signalent une volonté collective de sortir de la dépendance énergétique par une intégration physique et commerciale inédite en Afrique de l'Ouest.

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Un projet phare pour l'intégration régionale

L'accord intergouvernemental du Gazoduc Africain Atlantique, paraphé à Lungi en Sierra Leone, concrétise une vision portée depuis plusieurs années par le roi Mohammed VI et l'ancien président nigérian Muhammadu Buhari. Amina Benkhadra, directrice générale de l'ONHYM, a souligné que ce projet a fait l'objet d'une évaluation chiffrée à l'horizon 2050, prenant en compte les retombées sociales et le contenu local. Ce pipeline de 6 800 km traversera onze pays ouest-africains avant d'atteindre le Maroc, d'où il pourra alimenter l'Europe. Pour la région, l'enjeu est double : accélérer l'accès à l'énergie et soutenir le développement des industries minières, très gourmandes en électricité.

La signature de cet IGA marque un saut qualitatif : après des années d'études et de négociations, le projet entre dans une phase d'engagement contraignant. Le ministre gambien des Affaires étrangères, Mamadou Njie, a salué une initiative « très importante » qui profitera à tous les pays de la CEDEAO. L'implication de la Mauritanie, évoquée par Mme Benkhadra, élargit encore le périmètre de cette coopération énergétique.

La mutualisation du GNL, complément stratégique

Parallèlement, le Togo a participé le 17 juillet à une table ronde ministérielle avec le Bénin et la Côte d'Ivoire, appuyée par la Banque mondiale, visant à mutualiser les achats de GNL. Cette initiative, qui prolonge le Sommet régional sur le gaz d'Abidjan de décembre 2025, part d'un constat simple : le gaz assure 70 % de l'électricité togolaise, mais chaque pays négocie seul ses cargaisons, ce qui affaiblit son pouvoir de marché. En s'alliant, Lomé, Cotonou et Abidjan espèrent obtenir des conditions plus avantageuses.

Ce mouvement de mutualisation est complémentaire du grand pipeline. Là où l'AAGP offrira à terme une infrastructure physique commune, la coopération GNL répond à un besoin immédiat de rationalisation des achats. Les deux démarches traduisent une même philosophie : mettre en commun les moyens pour peser davantage sur les marchés internationaux et sécuriser l'approvisionnement des centrales électriques.

Une dynamique historique qui s'accélère

L'année 2026 marque un tournant après plusieurs mois de préparation. Les alertes de juin et juillet 2026 faisaient état de la multiplication d'initiatives marocaines en Afrique de l'Ouest, du raffinage ivoirien jusqu'au gazoduc. La signature à Freetown confirme que le Maroc, malgré son éloignement géographique de la façade atlantique ouest-africaine, s'impose comme un hub énergétique régional. Le Nigeria, de son côté, trouve un débouché pour ses vastes réserves de gaz, jusqu'ici sous-exploitées faute d'infrastructures.

Pour la CEDEAO, ces avancées interviennent alors que les besoins énergétiques explosent, portés par la croissance démographique et le développement industriel. L'enjeu dépasse la simple fourniture d'électricité : il s'agit de créer les conditions d'une souveraineté énergétique durable, capable de résister aux chocs des prix internationaux.

La signature de l'accord du Gazoduc Africain Atlantique et l'amorce d'une mutualisation des achats de GNL dessinent les contours d'une nouvelle architecture énergétique en Afrique de l'Ouest. Ces deux initiatives, bien qu'à des stades différents, révèlent une prise de conscience collective : la sécurité énergétique ne passera plus par des solutions nationales isolées, mais par une intégration régionale poussée. Reste à savoir si les États parviendront à maintenir cette dynamique face aux défis de financement et de gouvernance, et si l'hydrogène vert, autre chantier émergent, viendra compléter ce tableau.