Le Premier ministre sénégalais Ousmane Sonko a révélé, le 22 mai 2026 devant l’Assemblée nationale, que des négociations sont en cours avec BP pour permettre au Sénégal de bénéficier prioritairement d’une partie de la production du projet gazier Grand Tortue Ahmeyim (GTA). Un paradoxe persiste : le pays importe du gaz alors qu’il est coproducteur de l’un des plus grands gisements offshore d’Afrique de l’Ouest. La clause 15 du contrat, censée garantir l’approvisionnement du marché domestique avant l’exportation, est au cœur des divergences.
GTA : le paradoxe du gaz sénégalais
Le Sénégal coproduit l’un des plus grands gisements offshore d’Afrique de l’Ouest… mais importe encore du gaz pour son électricité et son industrie.
« Nous, nous importons le gaz. Dieu a fait que nous avons le gaz en partage avec la Mauritanie. »
— Ousmane Sonko, Premier ministre sénégalais, 22 mai 2026
🔍 Le Sénégal cherche à activer la clause 15 du contrat GTA pour prioriser son marché domestique avant l’exportation. Les négociations avec BP sont en cours.
Le projet GTA, situé à la frontière maritime entre le Sénégal et la Mauritanie, est entré en phase de production en janvier 2025 après des années de retards. Avec des réserves estimées à près de 500 milliards de mètres cubes, il est considéré comme un tournant énergétique pour la sous-région. Pourtant, depuis le début de l’exploitation, le Sénégal n’a pas vu sa facture énergétique diminuer. Les premières exportations de gaz naturel liquéfié (GNL) ont eu lieu en avril 2026, confirmant la mise sur le marché international du gaz sénégalo-mauritanien.
Un paradoxe persistant Devant les députés, Ousmane Sonko a rappelé ce paradoxe : « Nous, nous importons le gaz. Dieu a fait que nous avons le gaz en partage avec la Mauritanie. » En effet, malgré sa position de producteur, le Sénégal continue d’importer du gaz pour ses besoins domestiques, notamment pour la production d’électricité et l’industrie. Le gouvernement cherche à inverser cette situation en activant une disposition contractuelle souvent négligée pendant la phase de développement du projet.
L’enjeu d’une clause contractuelle Au cœur des échanges avec BP figure l’application de l’article 15 du contrat de partage de production, qui stipule que chaque partie a le droit de lister ses besoins en gaz avant que le reste ne soit exporté. « C’est un point de désaccord entre nous et BP », a reconnu Sonko, tout en affirmant que les discussions avancent. L’enjeu est de taille : il s’agit de réserver un volume significatif de la production pour le marché sénégalais, ce qui pourrait modifier l’équilibre économique du projet, initialement conçu pour l’exportation.
L’évolution depuis le début de la production en 2025 montre une prise de conscience croissante de l’importance de la souveraineté énergétique. Alors que le GNL sénégalais commence à arriver sur les marchés asiatiques et européens, le gouvernement de Dakar insiste désormais sur une priorisation nationale. Cette position s’inscrit dans une tendance régionale : plusieurs pays producteurs ouest-africains cherchent à renégocier les termes des contrats avec les majors pétrolières pour mieux capter les retombées locales.
La question se pose également pour la Mauritanie, copropriétaire du gisement. Les deux pays doivent coordonner leurs demandes face à BP et à son partenaire Kosmos Energy. Le précédent du Ghana avec le champ Jubilee ou du Nigeria avec les clauses de contenu local montre que ces négociations sont souvent longues et complexes.
L’issue des discussions aura des implications au-delà du Sénégal. Elle pourrait servir de référence pour d’autres pays africains qui souhaitent rééquilibrer leurs contrats gaziers. Elle testera aussi la capacité des compagnies pétrolières internationales à s’adapter aux nouvelles exigences de souveraineté, dans un contexte où la demande mondiale de GNL reste soutenue mais où les projets doivent composer avec des partenaires étatiques plus affirmés.
La volonté du Sénégal d’activer la clause domestique du GTA illustre une tendance plus large en Afrique de l’Ouest : les États producteurs cherchent à convertir leurs ressources en bénéfices concrets pour leur population, quitte à renégocier des accords établis. Reste à savoir si BP acceptera de réduire ses volumes exportables pour alimenter un marché intérieur encore peu solvable, ou si un compromis commercial pourra équilibrer les intérêts. Cette affaire pourrait redéfinir les relations entre les gouvernements de la région et les majors pétrolières.