Le ministre de l'Énergie et du Pétrole du Sénégal a récemment évoqué une orientation plus souple dans les négociations avec les compagnies pétrolières. Une déclaration qui a provoqué une réponse ferme d'Alioune Guèye, ancien directeur général de Petrosen, dans une tribune. Ce débat intervient alors que le Sénégal a obtenu en avril 2026 le retrait de plus de 20 Tcf de gaz récupérable sans indemnisation, un succès attribué à la fermeté passée. La controverse met en lumière les tensions entre deux approches stratégiques au sein de l'État, aux implications directes sur la souveraineté énergétique du pays.

Infographie — Gaz naturel

Un débat stratégique au sommet de l'État

La déclaration du ministre de l’Énergie et du Pétrole, qui a exprimé une volonté d’adopter une orientation plus conciliante dans les négociations avec les groupes pétroliers, a immédiatement suscité une réaction de l’ancien directeur général de Petrosen, Alioune Guèye. Dans une tribune publiée par Xalima, ce dernier estime que ce changement de ton pourrait affaiblir la position du Sénégal dans ses discussions stratégiques. Il met en garde contre le signal envoyé aux partenaires internationaux, celui d’une possible divergence au sein de l’État sur la conduite des négociations. Selon lui, deux approches s’opposent : d’un côté, les partisans d’une ligne ferme, de l’autre, les défenseurs d’une posture plus conciliante. Une situation qui, à ses yeux, pourrait être exploitée par les compagnies étrangères.

Alioune Guèye rappelle que la fermeté adoptée ces dernières années a permis d’obtenir des résultats significatifs. Il cite notamment le retrait de plus de 20 000 milliards de pieds cubes (Tcf) de gaz récupérable obtenu en avril 2026 par les autorités et Petrosen, sans indemnisation financière ni procédure judiciaire. Pour l’ancien dirigeant, cette avancée démontre que la défense des intérêts nationaux peut produire des résultats concrets sans nécessairement conduire à un conflit juridique. Il affirme que si la stratégie avait été contestable, le Sénégal aurait déjà été confronté à des procédures d’arbitrage international.

Les enjeux de la souveraineté énergétique en Afrique de l’Ouest

Cette controverse s’inscrit dans un contexte plus large où les autorités sénégalaises avaient annoncé, dès 2024, leur volonté de procéder à des audits dans les secteurs minier et pétrolier afin de vérifier les conditions d’exploitation des ressources nationales. Plusieurs responsables avaient également évoqué la possibilité de recours juridiques contre certains opérateurs internationaux, notamment BP et Woodside. La déclaration du ministre, perçue comme un changement de cap, interroge sur la cohérence de la stratégie nationale à long terme.

Parallèlement, le Sénégal et la Mauritanie exploitent le projet gazier Greater Tortue Ahmeyim (GTA), dont la production a dépassé les attentes au premier trimestre 2026, selon des sources récentes. En mai 2026, le Sénégal a également expédié trois cargaisons de pétrole brut depuis le champ de Sangomar, pour un volume total de 2,93 millions de barils. Ces succès opérationnels renforcent l’importance d’une stratégie de négociation cohérente pour maximiser les retombées économiques pour les deux États.

Le débat public entre le ministre et l’ancien directeur de Petrosen révèle des fractures internes qui pourraient affecter la crédibilité du Sénégal face aux multinationales pétrolières. Alors que le pays s’apprête à négocier de nouveaux contrats dans le cadre de l’extension des champs gaziers et pétroliers, la clarification de la position officielle devient cruciale. La question centrale reste de savoir comment concilier la défense des intérêts nationaux avec la nécessité d’attirer les investissements étrangers dans un secteur hautement compétitif.

Ce débat sénégalais fait écho à des tensions similaires dans d’autres pays producteurs d’Afrique de l’Ouest, où la souveraineté énergétique est au cœur des préoccupations. Entre fermeté affichée et pragmatisme économique, la voie est étroite pour les États qui cherchent à maximiser leurs revenus sans décourager les investisseurs. La décision du Sénégal pourrait bien servir de test pour l’ensemble de la région.