Le marché mondial du gaz naturel liquéfié (GNL) a franchi un record historique en 2025, avec 437 millions de tonnes échangées, porté par la demande européenne et l'offre américaine. Cette dynamique coïncide avec l'entrée en production du projet Greater Tortue Ahmeyim (GTA), premier grand projet gazier offshore en Afrique de l'Ouest, que le Sénégal et la Mauritanie espèrent mettre à profit pour renforcer leur souveraineté énergétique. Alors que les discussions sur le financement endogène se multiplient à Dakar, les expériences du Mozambique et de l'Angola offrent un cadre d'analyse pour maximiser les retombées économiques sans répéter les erreurs du passé.
GNL : le monde bat un record, l’Afrique de l’Ouest entre en jeu
437 Mt échangées en 2025 — une fenêtre historique pour le Sénégal et la Mauritanie avec le projet GTA.
Nouveaux flux atlantiques
La demande européenne et l’offre américaine redessinent la carte du GNL — une fenêtre pour l’Afrique de l’Ouest.
Sénégal : les clés de la souveraineté
Le Sénégal mise sur le gaz pour financer sa transformation structurelle — les leçons du Mozambique et de l’Angola éclairent le débat à Dakar.
Chronologie GNL
Un marché mondial en pleine recomposition
Selon le World LNG Report 2026 de l'Union internationale du gaz (IGU), les échanges de GNL ont progressé de 6,3 % en 2025, la croissance la plus rapide depuis 2022. Les États-Unis confirment leur statut de premier exportateur mondial avec 110,74 millions de tonnes, tandis que l'Europe a augmenté ses importations de 26,1 millions de tonnes pour atteindre 126,2 millions de tonnes, compensant la baisse des livraisons de gaz russe après le conflit en Ukraine. À l'opposé, l'Asie-Pacifique, bien que restant la première zone importatrice avec 168,7 millions de tonnes, a vu ses achats reculer de 9,2 millions de tonnes, la Chine réduisant ses importations de 8,9 millions de tonnes grâce à une production domestique accrue et à des livraisons par pipeline depuis la Russie. Cette divergence entre marchés atlantique et pacifique redessine la géographie du GNL, créant une fenêtre pour les nouveaux exportateurs africains.
L'Afrique de l'Ouest entre dans le jeu
2025 a également vu l'élargissement du cercle des exportateurs. Le Canada a expédié ses premières cargaisons depuis son terminal Pacifique, mais pour l'Afrique de l'Ouest, l'événement majeur est la montée en puissance du projet Greater Tortue Ahmeyim (GTA), développé conjointement par la Mauritanie et le Sénégal. Bien que le rapport de l'IGU ne détaille pas les volumes de GTA, la mise en production de ce projet, ainsi que le démarrage du champ pétrolier Sangomar au Sénégal, marque l'entrée de la région dans le cercle des producteurs d'hydrocarbures. Les autorités sénégalaises, sous la houlette du Premier ministre Ousmane Sonko, accélèrent la valorisation des ressources, insistant sur la nécessité de transformer cette manne en bénéfices durables pour les populations.
Leçons du Mozambique et de l'Angola
Les expériences de l'Angola et du Mozambique offrent des enseignements précieux. L'Angola a opéré un virage stratégique à partir de 2018 avec la Loi de monétisation du gaz, qui a ouvert l'exploration et la vente du gaz aux investissements privés, tandis que le Plano Diretor do Gás a fourni un cadre réglementaire stable. Cette approche coordonnée a permis de lancer le premier projet de gaz non associé du pays en 2025. Pour le Sénégal et la Mauritanie, cela souligne l'importance d'une sécurité juridique pour attirer les capitaux, tout en conservant un contrôle sur les calendriers de production. Le Mozambique, de son côté, possède l'une des plus grandes réserves de gaz d'Afrique (100 à 150 billions de pieds cubes). Après des années de retards liés à l'insécurité dans la province de Cabo Delgado, les mégaprojets de GNL accélèrent, montrant que la persévérance peut surmonter des obstacles sécuritaires. Cependant, le pays doit encore relever le défi de la redistribution locale des richesses, une préoccupation qui résonne fortement en Afrique de l'Ouest.
Quelles perspectives pour la façade atlantique ouest-africaine ?
Pour le Sénégal et la Mauritanie, l'enjeu n'est pas seulement de produire, mais de transformer cette production en levier de souveraineté énergétique. Les deux pays doivent naviguer entre l'urgence de tirer parti du marché mondial favorable et la nécessité de mettre en place des mécanismes de gouvernance transparents. La mise en production de GTA intervient à un moment où l'Europe cherche à diversifier ses approvisionnements, offrant un débouché immédiat. Toutefois, les leçons du Mozambique rappellent que l'afflux de revenus gaziers peut exacerber les tensions locales si les communautés ne sont pas associées. La réflexion sur le financement endogène, notamment via des fonds souverains et des participations locales, gagne du terrain à Dakar.
Alors que le Sénégal et la Mauritanie s'apprêtent à toucher les premières redevances du GNL, la question centrale demeure : comment concilier insertion rapide dans le marché mondial et construction d'une souveraineté énergétique durable ? Les réponses apportées dans les prochaines années pourraient influencer l'ensemble du bassin ouest-africain, où d'autres pays comme la Côte d'Ivoire ou le Ghana observent avec attention.