Le 19 juillet, les chefs d'État de la CEDEAO ont signé un accord intergouvernemental pour le gazoduc Nigeria-Maroc, ouvrant la voie à un corridor gazier de 26 milliards de dollars. Alors que Rabat sollicite la Banque mondiale et l'Exim Bank américaine, le projet entre dans sa phase la plus délicate : celle du financement. Cette avancée intervient dans un contexte où plusieurs projets gaziers africains, du Mozambique à la Côte d'Ivoire, cherchent à attirer des investisseurs internationaux, redessinant la carte énergétique du continent.
Gazoduc Nigeria-Maroc : le financement, dernier verrou
Un corridor gazier de 5 600 km pour relier l’Afrique de l’Ouest au Maroc et à l’Europe. Coût estimé : 26 milliards $. La phase de financement commence.
Projet structurant pour la CEDEAO, porté par le Nigeria et le Maroc. Première livraison de gaz espérée en 2031.
Corridor gazier ouest-africain
Les acteurs du financement
Calendrier du projet
🌍 Le projet s’inscrit dans une dynamique gazière africaine : Mozambique, Côte d’Ivoire, Sénégal… plusieurs pays cherchent à attirer des investisseurs internationaux.
En bref
Un projet XXL entre ambitions régionales et contraintes financières
Le gazoduc Nigeria-Maroc, long de plus de 5 600 kilomètres, ambitionne de transporter le gaz nigérian vers le Maroc, avec une extension possible vers l'Europe. Soutenu par la CEDEAO, il a obtenu un cadre politique régional solide. Mais le véritable obstacle reste son coût : 26 milliards de dollars, selon Bloomberg. Les discussions avec la Banque d'import-export des États-Unis et la Banque mondiale en sont à un stade préliminaire, et aucun engagement chiffré n'a été pris. L'ambassadeur marocain Youssef Amrani le présente comme « l'un des projets d'infrastructure les plus ambitieux actuellement en développement en Afrique ». Pourtant, le chemin vers la première goutte de gaz – espérée en 2031 – est semé de négociations techniques sur les tarifs de transport, la sécurité et la répartition des responsabilités entre les États traversés.
Une dynamique gazière africaine en pleine accélération
Ce projet n'est pas isolé. À l'est du continent, le Mozambique prépare le démarrage de Rovuma LNG, mené par ExxonMobil, avec une décision finale d'investissement attendue en 2026. En octobre 2025, Eni a approuvé Coral Norte, un second terminal flottant de 7,2 milliards de dollars qui doublera la production de GNL à 7 millions de tonnes par an dès 2028. En Afrique de l'Ouest, le gisement ivoirien Baleine, découvert en 2021, monte en puissance. Parallèlement, le Sénégal et la Mauritanie peinent à finaliser les investissements sur le champ GTA, dont les volumes devraient alimenter le marché européen. La compétition pour attirer les financements internationaux s'intensifie, chaque projet mettant en avant sa capacité à structurer les économies locales.
Les enjeux économiques pour l'Afrique de l'Ouest
Le gazoduc Nigeria-Maroc ne se limite pas à une infrastructure énergétique : il est un levier d'intégration régionale. En reliant seize pays, il pourrait catalyser l'industrialisation, l'électrification et la création d'emplois. Cependant, les expériences passées – comme le West African Gas Pipeline – montrent que les retards et les litiges commerciaux peuvent compromettre les bénéfices attendus. Le soutien politique de la CEDEAO, acquis le 19 juillet, offre une base plus solide, mais ne garantit pas l'harmonisation des cadres réglementaires encore disparates. Par ailleurs, la montée des projets gaziers en Afrique de l'Est et australe redistribue les cartes : le gaz mozambicain, déjà en production via Coral Sul, pourrait entrer en compétition directe avec les futures exportations nigérianes vers l'Asie.
Une fenêtre de tir à ne pas manquer
La demande mondiale de GNL reste soutenue, notamment en Europe qui cherche à diversifier ses approvisionnements après la crise ukrainienne. Mais les délais de réalisation – 2028 pour le début des travaux, 2031 pour les premières livraisons – exposent le projet aux aléas géopolitiques et à l'évolution des politiques climatiques. Si le Maroc obtient le feu vert de la Banque mondiale et de l'Exim Bank américaine, cela pourrait accélérer la bancabilité de l'ensemble. En revanche, un échec risquerait de renforcer les doutes sur la capacité de l'Afrique de l'Ouest à mener des mégaprojets transfrontaliers. Le dossier illustre un paradoxe : la région regorge de ressources, mais leur monétisation dépend d'une ingénierie financière et diplomatique encore en rodage.
Le gazoduc Nigeria-Maroc est le symbole des ambitions énergétiques africaines, mais aussi de leurs fragilités. La réussite de son financement déterminera si l'Afrique de l'Ouest parvient à transformer ses atouts gaziers en moteur de développement régional, ou si elle reste tributaire de promesses non tenues. Les prochains mois seront décisifs pour juger de la crédibilité du projet face à la concurrence mondiale.