Les chefs d'État ouest-africains ont approuvé, le 26 juillet 2026, le cadre juridique du gazoduc Nigeria-Maroc, projet de 6 000 km discuté depuis 2016. Parallèlement, le Nigeria a clôturé son round de licences pétrolières 2025 avec 200 offres pour 37 blocs, visant 500 millions de barils de réserves supplémentaires en trois ans. Ces deux jalons révèlent une volonté de structurer une offre énergétique régionale cohérente, dans un contexte de demande européenne accrue et d'impératifs de sécurisation des actifs.

Infographie — Gaz naturel

Un cadre juridique pour un projet phare

L'approbation par la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO) du cadre juridique du gazoduc Nigeria-Maroc constitue une avancée politique majeure pour ce mégaprojet. Signé lors du sommet de Freetown, l'accord harmonise les règles de gouvernance, de fiscalité, de stabilité réglementaire et de protection des investissements entre tous les pays traversés. Avec une capacité projetée de 30 milliards de mètres cubes par an, dont la moitié destinée au Maroc puis à l'Europe via le gazoduc Maghreb-Europe, l'infrastructure vise à transformer les flux gaziers ouest-africains. Amina Benkhadra, directrice de l'Office national des hydrocarbures et des mines (ONHYM), a salué la transformation d'un soutien politique de longue date en un instrument juridique commun. Le début des travaux est espéré en 2028.

Une relance de l'upstream nigérian

Parallèlement à cette dynamique gazière, le Nigeria confirme sa volonté de revitaliser sa production pétrolière. Le round de licences 2025 mené par la Nigerian Upstream Petroleum Regulatory Commission (NUPRC) a attiré 143 entreprises soumettant 200 offres pour 37 blocs. L'objectif affiché est ambitieux : ajouter 500 millions de barils de réserves et 300 000 barils par jour de production d'ici trois ans. Cet engouement témoigne d'une confiance renouvelée des investisseurs dans le potentiel nigérian, malgré les défis historiques du secteur.

Mais cette confiance est conditionnée à la résolution de problèmes structurels. La protection des pipelines et la lutte contre le vol de pétrole restent des prérequis pour atteindre ces cibles. Le gouvernement de Bola Tinubu a confié un rôle clé à Tantita Security Services Nigeria Ltd (TSSNL), dirigée par Government Ekpemupolo, alias Tompolo, pour sécuriser les actifs dans le delta du Niger. Cette collaboration avec les forces de sécurité officielles vise à stabiliser une région longtemps instable, condition sine qua non pour transformer les promesses de production en réalités industrielles.

Une dynamique régionale en accélération

Ces deux initiatives nigérianes s'inscrivent dans un mouvement plus large d'exploitation des hydrocarbures en Afrique de l'Ouest. Le Sénégal, avec le champ Sangomar, a enregistré une croissance de 7,9 % en 2025, tirée par ses premières exportations pétrolières. Le Niger, de son côté, a mis en service son pipeline vers le Bénin, ouvrant une voie d'exportation pour son brut. Le Nigeria, qui dispose des plus vastes réserves de gaz de la région, cherche à capitaliser sur cet élan pour s'imposer comme le hub énergétique ouest-africain.

Le volet gazier revêt une dimension géopolitique particulière. L'Europe, en quête de diversification de ses approvisionnements après la crise ukrainienne, regarde avec intérêt le potentiel du gaz naturel liquéfié (GNL) ouest-africain. Le gazoduc Nigeria-Maroc, en reliant directement l'Afrique de l'Ouest au réseau européen via le Maroc, pourrait offrir une alternative compétitive au gaz russe. Il renforcerait également l'intégration régionale, en permettant à des pays côtiers comme la Côte d'Ivoire, le Ghana ou le Bénin d'accéder à une source d'énergie stable.

Cependant, des obstacles demeurent. Le financement du gazoduc, estimé à plusieurs milliards de dollars, n'est pas encore bouclé. La sécurité dans le delta du Niger reste précaire, et le vol de brut continue de saper les recettes. Par ailleurs, la transition énergétique mondiale pourrait à terme réduire la demande d'hydrocarbures. Mais à court et moyen terme, le Nigeria et ses voisins misent sur une fenêtre d'opportunité favorable, portée par les besoins européens et la croissance démographique régionale.

Le double mouvement du Nigeria – relance de l'upstream et lancement du gazoduc vers le Maroc – marque une étape dans la stratégie d'industrialisation énergétique de l'Afrique de l'Ouest. Il pose la question de la capacité des États à transformer leurs ressources en leviers de développement durable, dans un environnement sécuritaire et géopolitique mouvant. La réussite de ces projets dépendra autant de la coopération régionale que de la résolution des fragilités internes, dessinant un avenir énergétique ouest-africain encore incertain, mais résolument en mouvement.

Données de référence : Croissance du PIB réel : 4.0% (FMI)