Le président mozambicain Daniel Chapo a demandé au Portugal, le 20 juillet 2026, d'appuyer la prolongation de la mission militaire européenne EUMAM MOZ à Cabo Delgado pour deux ans supplémentaires. Cette région abrite les plus grands projets gaziers du pays, dont Mozambique LNG de TotalEnergies, mais aussi une insurrection islamiste qui dure depuis 2017. La demande intervient alors que la mission a déjà formé 1200 soldats mozambicains, et que les organisations de la société civile s'inquiétaient en mai 2026 des conséquences de ces investissements. Ce faisant, le Mozambique met en lumière un dilemme récurrent pour les États africains riches en hydrocarbures : comment concilier attractivité des investisseurs et souveraineté sécuritaire ?
Sécurité des mégaprojets gaziers : un test pour la souveraineté
Le président Daniel Chapo sollicite le Portugal pour prolonger la mission militaire européenne EUMAM MOZ à Cabo Delgado. Entre insurrection et investissements colossaux, le Mozambique cherche son équilibre.
La mission EUMAM MOZ a formé 1 200 soldats mozambicains. Les consortiums gaziers (TotalEnergies, Eni, ExxonMobil) représentent des investissements de plusieurs dizaines de milliards de dollars. La stabilité de Cabo Delgado est jugée cruciale.
La dépendance à une mission militaire européenne interroge. La société civile dénonce les impacts sociaux et environnementaux des projets. Le dilemme : attirer les investisseurs sans céder sur la souveraineté sécuritaire.
Comment concilier attractivité des investisseurs et souveraineté sécuritaire ? Le Mozambique illustre une tension commune aux États africains riches en gaz et pétrole. La prolongation de l’EUMAM MOZ jusqu’en 2028 pose la question du contrôle national sur la sécurité des mégaprojets.
Un calme précaire aux portes des mégaprojets
Cabo Delgado est l'épicentre d'une insurrection qui a fait plus de 6000 morts et un million de déplacés. Dans cette même province, les consortiums gaziers – Coral Sul d'Eni, Mozambique LNG de TotalEnergies et Rovuma LNG d'ExxonMobil – représentent des investissements de plusieurs dizaines de milliards de dollars. La présence de l'EUMAM MOZ, qui a déjà mené 40 cycles d'entraînement, est présentée comme cruciale pour stabiliser la zone. Mais le renouvellement demandé pour deux ans supplémentaires, au-delà de l'échéance actuelle du 31 décembre 2026, souligne que la menace reste vive. En mai 2026, des alertes d'organisations de la société civile dénonçaient déjà les impacts sociaux et environnementaux des projets gaziers, tandis que l'insurrection continue de freiner leur développement.
Le prix de la sécurité extérieure
La dépendance à une mission militaire européenne interroge la souveraineté du Mozambique. Certes, le gouvernement de Daniel Chapo insiste sur l'importance de ce partenariat, mais il ouvre la voie à une influence étrangère sur la gestion sécuritaire et, par ricochet, sur les choix énergétiques. Le président a d'ailleurs lié cette demande au renforcement des relations bilatérales avec le Portugal, au dialogue national et à la consolidation de la CPLP. Ce faisant, Maputo troque une partie de son autonomie contre une protection des investissements gaziers, dont les revenus sont censés financer le développement. Mais ce calcul est risqué : si l'UE conditionne son aide à des réformes ou à un accès privilégié aux ressources, la marge de manœuvre du pays s'amenuise.
Un précédent pour l'Afrique de l'Ouest ?
Bien que situé en Afrique australe, le cas mozambicain fait écho aux défis que rencontrent des pays ouest-africains comme le Sénégal ou la Mauritanie, en pleine phase d'exploitation de leurs champs gaziers (Grand Tortue Ahmeyim, Yakaar-Teranga). Dans ces États, la sécurité des infrastructures offshore est moins exposée, mais les tensions sociales liées à la redistribution des revenus ou aux déplacements de populations pourraient nécessiter un renforcement sécuritaire. Les annonces de TotalEnergies au Mozambique ont déjà suscité des critiques similaires à celles entendues au Sénégal. Le modèle mozambicain – où l'extraction gazière s'accompagne d'une militarisation du territoire – pourrait donc inspirer, ou au contraire effrayer, les décideurs ouest-africains.
L'évolution temporelle : de l'alerte citoyenne à la demande militaire
Il y a à peine deux mois, les organisations de la société civile intensifiaient leurs alertes sur les conséquences des investissements français à Mozambique, à l'approche des assemblées générales de TotalEnergies. Aujourd'hui, le président Chapo demande une extension de la mission militaire pour protéger ces mêmes investissements. Ce glissement révèle une contradiction croissante entre les aspirations à un développement inclusif et la réalité sécuritaire. Le gaz, présenté comme un moteur de croissance, nécessite désormais une présence militaire étrangère pour être exploité. Cette dynamique pourrait, à terme, renforcer les critiques sur le coût humain et politique de la rente gazière.
Des chiffres qui pèsent
Selon les officiels, EUMAM MOZ a formé 1200 militaires mozambicains. Mais ce nombre reste modeste face aux quelque 1000 kilomètres de côtes et aux vastes zones insurrectionnelles. Le coût total de la mission n'est pas public, mais sa prolongation implique des financements européens supplémentaires. Parallèlement, le projet Mozambique LNG de TotalEnergies, initialement prévu pour démarrer en 2024, reste suspendu en raison de l'insécurité. Chaque mois de retard coûte des millions de dollars au pays. La demande de prolongation traduit une urgence économique : sans sécurité, pas de production ; sans production, pas de revenus.
Un enjeu géopolitique régional
La reconfiguration de la présence étrangère dans le nord du Mozambique ne concerne pas seulement l'UE. Le Portugal, ancienne puissance coloniale, conserve une influence via la mission, tandis que la Russie et la Chine observent avec intérêt ce corridor gazier. En demandant au Portugal de soutenir le renouvellement, Chapo choisit un partenaire historique, mais il s'expose à des critiques sur un néocolonialisme sécuritaire. À l'inverse, une gestion purement nationale des risques aurait pu rassurer sur la souveraineté, mais aurait peut-être compromis la confiance des investisseurs.
L'affaire mozambicaine illustre une tendance plus large : dans les régions riches en gaz, la sécurité devient une composante essentielle du modèle extractif, au risque de subordonner les États à des logiques étrangères. Alors que le Sénégal et la Mauritanie s'apprêtent à lancer leurs propres projets, ils suivent de près l'évolution de Cabo Delgado. La question reste ouverte : l'exploitation gazière peut-elle être un levier de développement sans créer une dépendance militaire ?