Le président gabonais Brice Clotaire Oligui Nguema a reçu une délégation du groupe guinéen SONOCO pour un projet agroalimentaire d'envergure. Cette initiative s'inscrit dans une stratégie de diversification économique visant à réduire la dépendance du pays aux revenus pétroliers. Au-delà d'un simple investissement, elle illustre une dynamique de coopération Sud-Sud et de souveraineté productive qui gagne du terrain en Afrique de l'Ouest et centrale.

Infographie — Or · Production

Le Gabon, traditionnellement associé à l'exploitation du pétrole et du manganèse, cherche à écrire un nouveau chapitre de son développement. La rencontre entre le chef de l'État et le patron de SONOCO, l'un des plus importants conglomérats privés d'Afrique de l'Ouest, n'est pas un simple geste diplomatique. Elle concrétise un appel aux investisseurs africains lancé lors du Forum de Kigali et traduit une urgence : sortir d'une économie de rente fragilisée par la volatilité des cours des matières premières.

Le projet agroalimentaire porté par SONOCO vise à reproduire au Gabon un modèle intégré déjà éprouvé dans plusieurs pays africains. L'objectif est de maîtriser l'ensemble de la chaîne de valeur, de la production locale de matières premières à la transformation et à la distribution. Pour le Gabon, qui importe une part significative de sa consommation avicole et d'autres produits de base, l'enjeu est double : alléger la facture des importations et créer des emplois dans un secteur à forte intensité de main-d'œuvre.

Cette offensive s'inscrit dans un contexte régional où la sécurité alimentaire devient un impératif géopolitique. La CEDEAO, dans son « Pacte d'avenir » récemment dévoilé, fait de la souveraineté productive l'un de ses six piliers. Parallèlement, des pays comme le Ghana, le Nigeria ou la Côte d'Ivoire multiplient les initiatives pour réduire leur dépendance aux importations. Le Gabon, bien que situé en Afrique centrale, s'aligne sur cette tendance, renforçant les liens avec l'Ouest du continent via des partenaires comme SONOCO (Guinée).

L'initiative a également une dimension géopolitique. En s'appuyant sur un groupe privé ouest-africain, le Gabon diversifie ses partenaires et réduit sa dépendance historique aux investisseurs français ou chinois. C'est une forme d'émancipation économique qui reflète une montée en puissance des entreprises africaines, capables d'exporter leur savoir-faire à l'échelle continentale. Le groupe SONOCO, déjà implanté dans plusieurs pays, apporte une expertise éprouvée dans l'agroalimentaire intégré.

Reste à savoir si ce partenariat pourra surmonter les obstacles structurels : accès au foncier, coût de l'énergie, logistique. Le Gabon a certes un potentiel agricole immense, mais les infrastructures de transport et de stockage restent insuffisantes. De plus, la concurrence avec les importations subventionnées – notamment en provenance de l'Union européenne – pourrait freiner le développement de la production locale. Le port de Lomé, hub logistique majeur pour la région, pourrait jouer un rôle clé dans l'exportation des futures productions gabonaises.

Ce projet illustre une prise de conscience plus large : la richesse tirée du sous-sol ne peut être durable sans une base productive diversifiée. En misant sur l'agroalimentaire, le Gabon cherche à créer des boucles de valeur locales et à réduire sa vulnérabilité aux chocs extérieurs. C'est un pari sur le long terme, dont la réussite dépendra de la capacité à conjuguer investissement privé, volonté politique et réformes structurelles.

L'initiative gabonaise reflète une tendance émergente en Afrique : la quête de souveraineté alimentaire comme vecteur de transformation structurelle. Alors que la région ouest-africaine s'interroge sur son modèle extractif, les partenariats entre groupes privés africains offrent une voie alternative crédible, dépassant les logiques de simple exploitation des ressources.