Le 1er juillet 2026, l’Algérie mettra en service la première unité de traitement du minerai de fer de Gara Djebilet, l’un des plus grands gisements au monde. Cette étape marque un tournant pour un pays qui cherche à réduire sa dépendance aux hydrocarbures et à faire passer la part des mines dans son PIB de 1 % à 5 % d’ici 2030. Mais au-delà des frontières algériennes, ce projet interroge les équilibres miniers ouest-africains, en particulier pour la Mauritanie, premier exportateur de fer de la région.

Infographie — Mines · Mauritanie

Découvert dans les années 1950, le gisement de Gara Djebilet est longtemps resté un géant endormi. Les obstacles techniques — une teneur en fer modérée et une teneur élevée en phosphore —, l’enclavement dans le Sud-Ouest algérien et des coûts d’infrastructure prohibitifs en avaient différé l’exploitation. Aujourd’hui, l’Algérie affiche une volonté politique inédite : faire de ce gisement de 3,5 milliards de tonnes le pilier d’une stratégie de diversification économique.

Une ambition de diversification économique

L’objectif affiché par Alger est clair: porter la contribution du secteur minier au PIB de 1 % à 5 % à l’horizon 2030. Ce cap repose sur la mise en production de plusieurs projets structurants, dont Gara Djebilet en tête. La première unité de traitement, qui entrera en activité en juillet 2026, pourra traiter 2 à 3 millions de tonnes de minerai par an, avec une montée en puissance progressive jusqu’à 40 millions de tonnes à terme. Au-delà de l’extraction, le gouvernement mise sur un développement industriel intégré : aciéries, infrastructures ferroviaires et portuaires, et création d’emplois dans les régions du Sud.

Cette stratégie s’inscrit dans un mouvement plus large de réorientation économique. L’Algérie, longtemps dépendante des hydrocarbures (90 % de ses exportations), cherche à diversifier ses sources de revenus et à renforcer sa souveraineté dans un contexte de transition énergétique mondiale. Le fer, matière première indispensable à l’acier, offre une opportunité de créer de la valeur ajoutée locale plutôt que d’exporter du minerai brut.

Quels effets pour la Mauritanie et la sous-région ?

Le voisin mauritanien, qui est le premier exportateur de fer en Afrique de l’Ouest grâce à la Société nationale industrielle et minière (SNIM), observe ce projet avec attention. La concurrence sur le marché mondial du minerai de fer pourrait s’intensifier, mais les deux pays n’ont pas exactement les mêmes débouchés. La Mauritanie exporte principalement vers la Chine et l’Europe, tandis que l’Algérie vise d’abord à approvisionner son propre marché et ses partenaires méditerranéens. À terme, des synergies transfrontalières pourraient émerger, notamment via le corridor transsaharien reliant l’Algérie au Sahel.

Pour les pays ouest-africains, l’essor minier algérien pose la question de la diversification régionale : faut-il voir dans ce projet un concurrent ou un catalyseur d’intégration ? Le Sénégal, par exemple, explore ses propres gisements de fer (Falémé) et de phosphates, mais fait face à des tensions locales récurrentes, comme l’illustrent les incidents d’Agnam Thiodaye en mai 2026. L’Algérie, avec son approche étatique centralisée et des investissements lourds, pourrait offrir un modèle alternatif de développement minier.

Un test pour la souveraineté minière africaine

Au-delà des rivalités potentielles, Gara Djebilet symbolise une volonté de souveraineté économique. L’Algérie contrôle l’intégralité de la chaîne de valeur, de l’extraction à la transformation, ce qui lui permet de capter une plus grande part de la rente minière. Cette approche contraste avec de nombreux pays africains qui exportent encore des matières premières brutes. En revanche, les défis restent immenses : infrastructure logistique dans le Sahara, approvisionnement en eau et énergie, et acceptation locale des projets.

La mise en service de Gara Djebilet intervient dans un contexte où les États africains cherchent à reprendre le contrôle de leurs ressources. Au Mali, au Burkina Faso, au Niger, les débats sur la souveraineté minière sont vifs. L’Algérie, par sa taille et son poids géopolitique, pourrait devenir un modèle régional — à condition que les retombées économiques profitent aux populations locales et ne reproduisent pas les schémas d’exploitation du passé.

Alors que le premier minerai de Gara Djebilet sortira de terre dans quelques jours, le projet algérien invite à repenser les équilibres miniers en Afrique de l’Ouest et au Sahel. Entre compétition et coopération, la sous-région pourrait voir émerger de nouvelles polarités autour des ressources minérales. Reste à savoir si Alger parviendra à conjuguer ambition industrielle et intégration régionale.