Le gouvernement équato-guinéen et Chevron ont validé une décision finale d’investissement de 690 millions de dollars (386 milliards FCFA) pour monétiser le gaz du champ offshore Aseng. Ce projet, couplé à l’attribution de cinq nouveaux blocs, vise à enrayer le déclin de la production d’hydrocarbures du pays. Il illustre une tendance régionale : les États africains cherchent à maximiser leurs réserves gazières dans un contexte de transition énergétique, tout en renforçant leur contrôle sur les actifs stratégiques.

Infographie — Gaz naturel

L’investissement de Chevron en Guinée Équatoriale n’est pas un simple projet d’extension. Il s’inscrit dans une stratégie de relance énergétique où l’optimisation des infrastructures existantes prime sur les nouvelles constructions lourdes. En raccordant Aseng au réseau d’Alen, Malabo réduit les coûts et les délais, tout en sécurisant l’approvisionnement de son usine de liquéfaction EG LNG jusqu’au milieu des années 2030. Cette approche « infrastructure-led », qui consiste à explorer à proximité des hubs de production, permet de transformer des découvertes en cash-flow en quelques années, un atout majeur dans un marché où les capex sont scrutés.

L’attribution de cinq nouveaux blocs, dont les prometteurs EG-06 et EG-11, confirme la volonté de Chevron de consolider sa présence dans le golfe de Guinée. Pour Malabo, l’enjeu dépasse la simple relance de sa production : il s’agit de faire de l’île de Bioko un méga hub gazier régional, capable de traiter le gaz des pays voisins comme le Cameroun et le Nigeria. Une ambition qui rappelle les projets de hubs en cours au Sénégal et en Mauritanie autour du Grand Tortue Ahmeyim (GTA), où la coopération transfrontalière et les investissements internationaux sont également clés.

L’implication de la compagnie nationale GEPetrol dans ces blocs témoigne d’une montée en compétence des États dans la gestion des actifs énergétiques. En Afrique de l’Ouest, cette tendance se retrouve avec la Société des Pétroles du Sénégal (Petrosen) et la Société Mauritanienne des Hydrocarbures (SMH), qui cherchent à jouer un rôle plus actif dans les projets gaziers. La souveraineté énergétique passe par une meilleure maîtrise des ressources, mais aussi par des partenariats équilibrés avec les majors.

Ce FID intervient alors que le débat sur la transition énergétique s’intensifie. Les majors pétrolières, sous pression des actionnaires pour réduire leurs émissions, privilégient les projets à faible coût et à courte durée de vie – ce que permet Aseng. Pour les États africains, le gaz est présenté comme un combustible de transition. Mais cette fenêtre se referme : les projets doivent être lancés rapidement pour être rentables avant que la demande mondiale ne décroisse. La Guinée Équatoriale, en donnant son feu vert à Chevron, envoie un signal aux investisseurs : le golfe de Guinée reste un terrain d’opportunités, à condition d’adopter des modèles d’exploration agiles.

Au-delà de l’aspect financier, ce projet soulève des questions sur la redistribution des revenus. Avec des recettes pétrolières en baisse depuis 2015, Malabo espère que cette nouvelle phase d’investissement relancera les entrées fiscales. Mais l’expérience montre que les contrats pétroliers doivent être transparents pour éviter les fuites. L’opacité qui a longtemps entouré le secteur en Guinée Équatoriale pourrait freiner l’impact attendu sur le développement.

Alors que le Sénégal et la Mauritanie s’apprêtent à produire leurs premières molécules de GNL, l’exemple équato-guinéen leur offre une feuille de route : miser sur les infrastructures existantes, associer les compagnies nationales, et sécuriser des partenaires de long terme. Mais il rappelle aussi les risques d’une dépendance aux hydrocarbures dans un monde qui se décarbone. La véritable question n’est pas seulement de produire plus de gaz, mais de savoir comment transformer cette manne en développement durable pour les populations.