Barrick Mining et Endeavour Mining discutent d'une alliance autour des actifs africains du premier, selon des sources proches du dossier. Le projet prévoit une nouvelle entité valorisée à environ 30 milliards de dollars, qui pourrait être cotée à Londres. Pour l'Afrique de l'Ouest, cette consolidation industrielle intervient après une année 2025 marquée par les tensions entre Bamako et Barrick, et dans un contexte d'intégration accélérée de l'Alliance des États du Sahel (AES).

Infographie — Or · Production

Un recentrage stratégique chez Barrick

Depuis novembre 2025, Barrick Mining a réorienté sa croissance vers ses actifs nord-américains, plaçant ses opérations africaines dans une situation incertaine. Cette décision, prise par le directeur général par intérim Mark Hill, intervient après des mois de bras de fer avec les autorités maliennes autour de la mine Loulo-Gounkoto, dont les activités ont été suspendues pendant la majeure partie de l'année 2025. Un accord signé en décembre a permis une reprise, mais la confiance reste fragile. Le portefeuille africain de Barrick comprend également les mines tanzaniennes North Mara et Bulyanhulu, la congolaise Kibali et la zambienne Lumwana (cuivre).

Les contours d'une alliance inédite

Selon des informations rapportées par Reuters le 1er juin, Barrick et Endeavour exploreraient la création d'une coentreprise détenue à parts égales, regroupant l'ensemble des actifs africains du premier. L'entité serait valorisée autour de 30 milliards de dollars et pourrait être introduite à la Bourse de Londres. Si les discussions restent préliminaires et sans confirmation officielle, l'ampleur du projet signale une évolution majeure dans le paysage minier ouest-africain. Endeavour, déjà fortement implanté au Burkina Faso, en Côte d'Ivoire et au Sénégal, verrait sa production et sa base de réserves considérablement renforcées.

Une consolidation portée par la pression politique

Ce projet de fusion répond à une double dynamique. D'une part, Barrick cherche à se désengager partiellement d'un continent jugé plus risqué, en particulier après l'épisode malien. D'autre part, Endeavour, qui a recentré ses opérations sur l'Afrique de l'Ouest, y voit une opportunité d'atteindre une taille critique face à des États de plus en plus exigeants. La région connaît une vague de renégociation des codes miniers : le Mali, le Burkina Faso et le Niger, tous membres de l'AES, ont accru leurs exigences en matière de participation locale et de retombées fiscales. La nouvelle entité, plus concentrée, pourrait mieux négocier ces contraintes.

Les enjeux pour le Mali et la région

Loulo-Gounkoto, l'un des plus importants complexes aurifères d'Afrique de l'Ouest, serait au cœur de la transaction. Sa reprise d'activité après l'accord de décembre 2025 reste conditionnée à un partage des bénéfices révisé. Pour Bamako, l'arrivée d'Endeavour comme opérateur majoritaire pourrait offrir une stabilité à long terme, l'entreprise ayant déjà démontré sa capacité à travailler avec des régimes souverains. Cependant, la volonté affichée de l'AES de renforcer l'intégration régionale — comme en témoignent les récentes annonces de coordination économique — pourrait compliquer les négociations si la nouvelle entité est perçue comme un vecteur d'influence étrangère.

Un signal pour l'industrie minière africaine

Au-delà du cas particulier, ces discussions illustrent une tendance plus large : la consolidation des opérateurs miniers en Afrique, poussée par la hausse des coûts d'exploration et la nécessité de répondre aux exigences de durabilité et de gouvernance. Les grandes compagnies cotées à Londres ou Toronto cherchent à mutualiser les risques, tandis que les États africains tentent de capter une part plus importante de la valeur. Le modèle de la coentreprise, avec une cotation internationale mais une gestion locale, pourrait s'imposer comme un compromis.

Entre promesses de croissance et incertitudes

Reste à savoir si le deal aboutira. Les discussions en sont au stade préliminaire, et les obstacles réglementaires, fiscaux et politiques sont nombreux. La transparence du processus et l'adhésion des gouvernements hôtes seront déterminantes. Par ailleurs, la valorisation de 30 milliards de dollars suppose un cours de l'or soutenu, ce qui n'est pas garanti dans un contexte de resserrement monétaire global. Pour l'Afrique de l'Ouest, cette mégafusion potentielle incarne à la fois l'attractivité persistante de son sous-sol et la fragilité des équilibres entre investisseurs et États.

Alors que l'AES accélère son intégration et que les pays miniers durcissent leurs conditions, l'issue de ces négociations entre Barrick et Endeavour sera scrutée de près. Elle pourrait préfigurer le futur visage de l'industrie aurifère ouest-africaine, entre consolidation capitaliste et souveraineté régionale.