Le sommet de la CEDEAO en Sierra Leone a donné son feu vert au Gazoduc Atlantique Africain, un projet de 7 000 kilomètres devant relier le Nigeria au Maroc via onze pays. L'approbation s'accompagne de la perspective imminente d'un accord entre Rabat et Nouakchott, dernière étape physique avant le débouché à Tanger. Cette décision intervient alors que le projet GTA dépasse déjà les attentes de production et que le Sénégal accélère ses exportations pétrolières, redessinant les équilibres énergétiques régionaux.

Infographie — Gaz naturel

Une validation stratégique pour l'intégration énergétique

La décision des chefs d'État de la CEDEAO n'est pas une simple formalité administrative. Elle acte la volonté politique de faire du gazoduc un vecteur d'intégration régionale, reliant les gisements nigérians aux marchés marocain et européen. Le tracé de 7 000 kilomètres, qui traversera des pays comme le Bénin, le Togo, le Ghana, la Côte d'Ivoire, le Liberia, la Sierra Leone, la Guinée, la Gambie, la Guinée-Bissau, la Mauritanie et le Maroc, représente une infrastructure sans précédent par son ampleur et ses implications géopolitiques.

La Mauritanie, pivot entre Afrique de l'Ouest et Maghreb

L'accord « imminent » entre le Maroc et la Mauritanie cristallise l'attention. Nouakchott, qui a déjà donné son accord de principe, devient le dernier maillon physique avant l'arrivée au port de Tanger. Ce positionnement n'est pas neutre : la Mauritanie capitalise sur ses récentes découvertes de ressources fossiles et renouvelables. Le projet GTA, développé avec le Sénégal, a déjà dépassé les prévisions de production au premier trimestre 2026, comme le rapportaient des sources en juin dernier. Parallèlement, l'accord de 34 milliards de dollars pour l'hydrogène vert avec les Émirats, l'Allemagne et l'Égypte confirme sa stratégie de diversification énergétique.

Un contexte de production déjà en forte croissance

Les récentes expéditions de pétrole brut du champ sénégalais de Sangomar – trois cargaisons totalisant 2,93 millions de barils en mai 2026 – illustrent la montée en puissance de la production régionale. Le gaz de GTA, qui alimentera potentiellement le gazoduc, renforce la crédibilité du projet. La Banque africaine de développement projette une croissance de 4,4 % en 2026 et 4,7 % en 2027 pour la région, portée en partie par ces nouveaux flux énergétiques.

Sécurité et stabilité : l'atout mauritanien

La Mauritanie bénéficie d'une réputation de stabilité dans un Sahel en crise. Le gazoduc pourrait renforcer son rôle de hub sécuritaire et économique. En offrant une voie d'exportation pour le gaz nigérian et mauritanien vers l'Europe, l'infrastructure crée une interdépendance qui pourrait dissuader les menaces terroristes et stabiliser la région. Cependant, la viabilité du projet dépendra de la sécurisation des tronçons traversant des zones à risque, notamment au Niger et au Mali, même si ces pays ne sont pas directement sur le tracé.

Implications pour la souveraineté énergétique régionale

Le gazoduc promet de transformer la CEDEAO en un fournisseur de gaz majeur pour l'Europe, concurrençant la Russie et le Qatar. Mais il pose aussi la question de la souveraineté des États : pourront-ils prélever une part suffisante pour leurs besoins domestiques ? La moitié des 30 milliards de mètres cubes annuels prévue pour les marchés marocain et européen laisse l'autre moitié aux pays de transit. Reste à savoir comment ces volumes seront répartis et à quel prix. Les leçons du GTA, où la production est largement captée par les majors, incitent à la vigilance.

Le feu vert de la CEDEAO au Gazoduc Atlantique Africain et l'accord imminent Maroc-Mauritanie s'inscrivent dans une dynamique plus large de recomposition des routes énergétiques mondiales. L'Afrique de l'Ouest, avec ses ressources et sa position géographique, devient un acteur clé de la transition vers des approvisionnements alternatifs pour l'Europe. Mais la réussite du projet dépendra de la capacité des États à négocier des termes équitables et à gérer les risques sécuritaires. Le chemin vers un marché intégré du gaz ouest-africain est encore long.