Alors que les coupures d'électricité s'intensifient en Gambie et au Togo, deux événements récents illustrent les tensions autour de la gouvernance énergétique en Afrique de l'Ouest. Le directeur général de la compagnie gambienne NAWEC a imputé la crise à des problèmes techniques régionaux, tandis que son homologue togolais de la CEET a été limogé. Ces faits, survenus fin mai et début juin 2026, révèlent des fragilités structurelles qui dépassent les simples aléas techniques.

Infographie — Énergie · Électricité

Une crise aux racines régionales

Le 4 juin 2026, M. Galo Saidy, directeur général de la NAWEC gambienne, a exhorté les politiciens à ne pas instrumentaliser les longues coupures d'électricité. Selon lui, la crise actuelle résulte de problèmes techniques « échappant au contrôle de la compagnie », notamment une panne au Sénégal ayant entraîné la perte de plus de 100 mégawatts et des difficultés d'approvisionnement en carburant dans la sous-région. Ces perturbations affectent le réseau de l'Organisation pour la Mise en Valeur du Fleuve Gambie (OMVG), qui dessert plusieurs pays ouest-africains.

Cette déclaration intervient dans un contexte de tensions régionales exacerbées. Les sources historiques mentionnent des inquiétudes sur les répercussions économiques des tensions dans le détroit d'Ormuz, qui impactent les prix du carburant et donc la production électrique. La dépendance aux importations de combustible devient un facteur de vulnérabilité partagée.

Le limogeage comme réponse politique

Parallèlement, le 3 juin 2026, le directeur général de la CEET au Togo, Débo-K’mba Barandao, a été limogé. La compagnie fait face à des coupures récurrentes liées à la vétusté des installations, à la fraude et à une demande croissante. Le Togo dépend fortement des importations via la Communauté électrique du Bénin, amplifiant sa vulnérabilité aux aléas régionaux. Ce limogeage s'inscrit dans une volonté affichée de renforcer la gouvernance, mais pose la question de la continuité des réformes.

Ces deux épisodes, loin d'être isolés, illustrent une tendance plus large en Afrique de l'Ouest : la multiplication des crises électriques dans un contexte de demande en hausse et d'infrastructures vieillissantes. Les gouvernements oscillent entre communication de crise (Gambie) et changements de direction (Togo), sans pour autant s'attaquer aux causes structurelles.

Enjeux de gouvernance et d'investissement

La gestion du secteur électrique reste un défi majeur. Les pertes financières dues aux fraudes et aux branchements illégaux grèvent les capacités d'investissement des compagnies publiques. Par ailleurs, l'intégration régionale via des réseaux comme l'OMVG et la Communauté électrique du Bénin crée une interdépendance qui, en cas de choc, se propage rapidement. Les tensions géopolitiques et les difficultés d'approvisionnement en carburant ajoutent une couche d'incertitude.

Les appels à ne pas politiser les crises, comme celui du directeur gambien, reflètent une tentative de préserver la crédibilité des opérateurs, mais ils masquent parfois l'absence de solutions durables. Le limogeage togolais, quant à lui, souligne la pression politique sur les dirigeants d'entreprises publiques.

Alors que les pays ouest-africains visent un accès universel à l'électricité d'ici 2030, ces crises rappellent que la fiabilité du service dépend autant de la bonne gouvernance que des investissements dans les infrastructures. La réponse régionale aux chocs techniques et géopolitiques reste un défi collectif, dont l'issue déterminera la capacité de la région à attirer les financements nécessaires à sa transition énergétique.