La Gambie est privée d'électricité depuis des semaines, selon Jeune Afrique, qui rapporte que la National Water and Electricity Company (Nawec) ne parvient plus à alimenter le pays et que les autorités se tournent vers le Sénégal et la Guinée pour obtenir davantage de volumes. Cette crise illustre les fragilités d'un réseau ouest-africain sous tension, alors que le Sénégal mise sur son gaz et que la Côte d'Ivoire diversifie son secteur minier. En toile de fond, la transition énergétique de la région oscille entre dépendance aux voisins et essor des renouvelables.

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La Gambie est plongée dans le noir. Dépendante de ses voisins sénégalais et guinéen dont les livraisons se tarissent, et privée de Karpowership, la Nawec ne parvient plus à alimenter le pays, écrit Jeune Afrique. Des habitants manifestent contre les coupures d'eau et d'électricité à Banjul, le 8 septembre 2026. Face à la pénurie, les autorités se tournent vers le Sénégal et la Guinée pour obtenir une augmentation des volumes livrés, la compagnie nationale peinant à compenser la demande croissante par sa propre production. Le Sénégal approvisionne principalement les zones rurales de la Gambie depuis un accord dont les détails restent à préciser. Cette crise n'est pas isolée : elle révèle la dépendance structurelle de plusieurs pays de la sous-région à des infrastructures électriques fragiles et à des voisins eux-mêmes sous pression.

Une dépendance régionale qui exacerbe les vulnérabilités

L'épisode gambien intervient dans un contexte où les échanges d'électricité entre pays voisins sont présentés comme une solution, mais se heurtent à des limites. Le Sénégal, qui alimente la Gambie, doit lui-même faire face à une demande croissante. Selon Jeune Afrique, la Gambie a connu des puits secs dans ses propres recherches pétrolières, alors que le boom pétrolier de son voisin sénégalais attire les convoitises. Cette asymétrie énergétique entre les deux pays souligne que l'intégration régionale, souvent vantée, peut devenir un facteur de fragilité lorsque les capacités de production ne suivent pas. La crise gambienne montre que la solidarité électrique régionale reste vulnérable aux chocs de production et aux aléas des contrats, comme l'illustre la suspension du contrat de distribution d'électricité au Congo par le groupe sénégalais, mentionnée par Jeune Afrique.

Le gaz comme réponse, mais à quel horizon ?

Le Sénégal mise sur ses ressources gazières pour renforcer son autonomie et potentiellement exporter. Le projet Grand Tortue Ahmeyim (GTA), partagé avec la Mauritanie, est présenté comme une opportunité majeure pour la production de gaz naturel et la génération électrique. Selon les informations disponibles, le gaz naturel GTA Sénégal Mauritanie production doit permettre d'alimenter des centrales et de réduire la dépendance aux combustibles importés. Cependant, les délais de mise en service et les investissements nécessaires retardent les bénéfices attendus. En parallèle, la production pétrolière de Sangomar, au Sénégal, atteint des niveaux significatifs, mais elle est principalement destinée à l'exportation, sans garantie de retombées directes sur le marché intérieur de l'électricité. La Gambie, elle, reste dépendante de ses voisins pour son approvisionnement, illustrant le décalage entre les promesses des ressources fossiles et la réalité des besoins immédiats.

La diversification minière, un levier indirect pour l'énergie

En Côte d'Ivoire, le nickel émerge progressivement comme l'une des principales filières minières aux côtés d'un secteur aurifère en plein essor, selon l'Agence Ecofin. Le projet Samapleu-Grata pourrait devenir un pilier de cette diversification. Si cette dynamique minière ne concerne pas directement l'électricité, elle contribue à la croissance économique et à la demande énergétique, tout en fournissant des revenus fiscaux qui pourraient financer des infrastructures. Toutefois, l'exploitation minière, notamment l'orpaillage illégal au Burkina Faso et au Mali, pose des défis environnementaux et sociaux qui détournent parfois les investissements des secteurs prioritaires comme l'énergie. L'essor du nickel ivoirien s'inscrit dans une tendance régionale de valorisation des ressources, mais il ne résout pas la question de l'accès à l'électricité pour les populations.

Les renouvelables, une alternative en construction

Le Togo entend diversifier ses sources de production d'électricité et gagner en autonomie, rapporte Republicoftogo.com. Premier axe : encourager la production d'électricité solaire, hydroélectrique et éolienne, en ouvrant davantage le secteur aux investisseurs privés. Cette stratégie reflète une tendance plus large en Afrique de l'Ouest, où plusieurs pays cherchent à exploiter leur potentiel solaire et hydraulique pour réduire leur dépendance aux combustibles fossiles et aux importations. Cependant, le financement de ces projets reste un obstacle majeur, et les capacités installées demeurent limitées face à une demande en forte croissance. L'exemple togolais montre que la transition énergétique est en marche, mais à un rythme qui ne comble pas encore les déficits structurels.

Une transition sous contraintes multiples

La crise gambienne, les projets gaziers sénégalais, la diversification minière ivoirienne et les ambitions renouvelables togolaises dessinent une région en pleine mutation énergétique, mais confrontée à des défis persistants. La dépendance aux voisins, la lenteur des grands projets et le manque d'investissements dans les réseaux de distribution entravent l'accès universel à l'électricité. Dans ce contexte, la mobilité électrique en Afrique de l'Est, avec des financements récents comme celui d'ARC Ride (33,3 millions de dollars), montre que des solutions innovantes peuvent émerger, mais elles restent concentrées sur des marchés spécifiques et ne répondent pas aux besoins de base des populations ouest-africaines. La transition énergétique en Afrique de l'Ouest se joue donc à plusieurs vitesses, entre urgences immédiates et stratégies de long terme.

La Gambie, en proie à une crise électrique aiguë, incarne les contradictions d'une région riche en ressources mais pauvre en infrastructures. Alors que le Sénégal mise sur le gaz et que la Côte d'Ivoire développe ses mines, la question de la solidarité régionale et du financement des réseaux reste entière. L'avenir énergétique de l'Afrique de l'Ouest dépendra de la capacité des États à transformer leurs promesses en électricité accessible pour tous.