Le Sénégal a décidé d'exclure ses obligations en euro et en dollar du Programme de traitement de sa dette, une décision qui inquiète les détenteurs de titres et fragilise un peu plus la signature du pays sur les marchés. En parallèle, la Côte d'Ivoire et la Banque ouest-africaine de développement (BOAD) poursuivent leurs émissions obligataires durables, illustrant une divergence croissante des trajectoires de financement en Afrique de l'Ouest. Cette recomposition intervient alors que la transition énergétique exige des capitaux massifs et que les contraintes budgétaires se resserrent.

Infographie — Obligations souveraines

Un bras de fer entre le Sénégal et ses créanciers

Selon Senenews, qui relaie des informations de Reuters, le Sénégal a écarté ses obligations libellées en euro et en dollar du Programme de traitement de la dette (PTDS), une décision qui a poussé les détenteurs de ces titres à se constituer en comité pour défendre leurs intérêts. Déjà fortement dépréciées, ces obligations pourraient chuter sous les 50 centimes pour un dollar, contre une fourchette actuelle de 50 à 55 cents, d'après Sergei Strigo, responsable de la gestion des obligations des marchés émergents chez Amundi, cité par Reuters. Ce traitement préférentiel accordé aux créanciers multilatéraux et concessionnels, au détriment des créanciers privés, suscite l'inquiétude des investisseurs, qui redoutent de supporter l'essentiel de l'ajustement.

La situation est d'autant plus délicate que l'accord conclu avec le Fonds monétaire international (FMI) n'a pas permis, pour l'heure, de régler la question de la dette. D'après Senenews, le Premier ministre avait lui-même reconnu devant l'Assemblée nationale que le pays faisait face à une situation « particulièrement difficile ». Les marchés financiers semblent confirmer cette appréciation, les obligations sénégalaises étant désormais considérées comme particulièrement fragilisées. La restructuration souhaitée par l'État pourrait ne pas se dérouler conformément à ses attentes, selon plusieurs analystes.

Les appels à la clarification avant la visite à Washington

À l'approche du déplacement du président Bassirou Diomaye Faye à Washington les 14 et 15 septembre, la question de la dette sénégalaise revient au cœur du débat économique. Dans une tribune, l'ancien ministre de l'Économie Abdourahmane Sarr appelle l'Exécutif et l'Assemblée nationale à se concerter pour clarifier la stratégie du pays face au FMI, rapporte Senenews. Selon lui, les déclarations de la directrice de la communication de l'institution de Bretton Woods nécessitent des éclaircissements avant toute décision engageant durablement le pays.

Abdourahmane Sarr estime que l'évocation par le FMI de la nécessité de restaurer la soutenabilité des finances publiques ne signifie pas automatiquement que la dette sénégalaise serait insoutenable. Il rappelle que le FMI évoque un besoin de financement qui devrait être couvert avec la contribution des créanciers, tout en précisant que « le choix du traitement de la dette appartient au Sénégal et à ses créanciers ». Il relève par ailleurs que le cadre d'analyse de la soutenabilité de la dette est actuellement en cours de réforme au sein du FMI, un élément qui pourrait modifier les paramètres de l'équation.

Une embellie contrastée sur les marchés régionaux

Cette tension contraste avec la dynamique observée dans d'autres segments du marché ouest-africain. Selon Financial Afrik, la Côte d'Ivoire a fait le choix d'une voie différente de celle des discours souverainistes, en continuant d'accéder aux marchés internationaux de capitaux. Le pays a maintenu sa présence sur les marchés, une stratégie qui tranche avec la prudence imposée au Sénégal.

La Banque ouest-africaine de développement (BOAD) a également franchi une nouvelle étape dans son accès aux marchés internationaux. D'après Financial Afrik, l'institution financière de l'UEMOA a réalisé avec succès une émission obligataire. Selon Africtelegraph, la BOAD a réussi sa première émission publique d'obligations Samurai durables sur la place de Tokyo, levant 25 milliards de yens, soit environ 170 millions de dollars. Cette opération illustre la capacité de certaines institutions régionales à diversifier leurs sources de financement, y compris sur des marchés non traditionnels.

Le financement de la transition énergétique en question

Ces évolutions interviennent alors que les besoins de financement liés à la transition énergétique se font pressants. Selon RTS, la Société nationale d'électricité du Sénégal (Senelec) a célébré le 10 juillet 2026 la cotation de ses obligations durables indexées sur la performance, une étape majeure dans son financement. Cette opération témoigne de la volonté des acteurs énergétiques de mobiliser des capitaux sur les marchés financiers régionaux.

D'après AllAfrica, face aux contraintes du crédit bancaire classique, les acteurs de l'agriculture sénégalaise se tournent également vers le marché financier régional, entre titrisation de créances et émissions d'obligations vertes. Ces initiatives montrent que la recherche de financements alternatifs ne se limite pas aux États, mais s'étend aux entreprises publiques et au secteur privé.

Un mur de financement aux multiples facettes

La situation sénégalaise met en lumière la tension entre la nécessité de financer la transition énergétique et les contraintes budgétaires qui pèsent sur les États. Alors que le pays tente de restructurer sa dette, les besoins d'investissement dans les infrastructures énergétiques restent considérables. La décision d'exclure les eurobonds du PTDS pourrait compliquer l'accès futur du Sénégal aux marchés, au moment où les capitaux sont les plus nécessaires.

À l'inverse, la Côte d'Ivoire et la BOAD semblent tirer leur épingle du jeu en maintenant une présence active sur les marchés internationaux, y compris via des instruments durables. Cette divergence soulève des questions sur la soutenabilité des trajectoires de financement dans la région. Les taux directeur de la BCEAO et la politique monétaire de l'UEMOA, ainsi que l'inflation dans l'Union, constituent des paramètres déterminants pour l'ensemble des émetteurs souverains et régionaux.

La restructuration de la dette sénégalaise, si elle se confirme, pourrait avoir des répercussions au-delà des frontières du pays, en affectant la perception du risque souverain dans toute la zone. Les investisseurs pourraient devenir plus sélectifs, creusant l'écart entre les émetteurs les plus solides et ceux dont les fondamentaux se dégradent. Dans ce contexte, la capacité des États à financer leur transition énergétique dépendra étroitement de leur accès aux capitaux extérieurs et de la confiance des marchés.

La trajectoire du Sénégal illustre les limites d'un modèle de financement fondé sur l'endettement extérieur dans un contexte de contraintes budgétaires accrues. Alors que la transition énergétique exige des investissements massifs, la question de la soutenabilité de la dette reste posée pour de nombreux pays de la région. L'issue des négociations entre Dakar et ses créanciers, ainsi que la capacité de la Côte d'Ivoire et de la BOAD à maintenir leur accès aux marchés, dessineront les contours d'un paysage financier ouest-africain en pleine recomposition.