Le Sénégal a officiellement lancé son programme électronucléaire, lors d'un atelier national tenu ce lundi 8 septembre 2026, avec l'appui de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA). Une décision politique assumée par le ministre de l'Énergie et du Pétrole, Dr Abdourahmane Diouf, qui s'inscrit dans une stratégie de diversification énergétique visant à accompagner une démographie et une économie en forte croissance. Ce choix, qui intervient alors que le pays commence tout juste à exploiter ses hydrocarbures offshore, marque une inflexion majeure dans la politique énergétique ouest-africaine.

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Un choix politique assumé, adossé à l'AIEA

« La décision politique est prise. Notre responsabilité est désormais d'organiser sa mise en œuvre avec méthode, rigueur et responsabilité. » C'est par ces mots, rapportés par dakaractu.com, que le Dr Abdourahmane Diouf a ouvert l'atelier national sur le programme électronucléaire, en présence de hauts responsables et de représentants de l'AIEA, ainsi que de délégations du Kenya et de la Pologne. Cette déclaration, qui tranche avec des années de simples réflexions, officialise l'entrée du Sénégal dans le cercle encore restreint des pays africains candidats au nucléaire civil.

Selon africtelegraph.com, Dakar souhaite diversifier son bouquet électrique en s'appuyant sur une expertise nationale en construction et sur l'accompagnement technique de l'AIEA. L'agence onusienne, basée à Vienne, accompagne les États candidats à travers un processus normalisé en trois phases, couvrant 19 domaines allant de la sûreté à la radioprotection. Ce cadre méthodologique est conçu pour évaluer le bien-fondé du projet avant toute mise en service d'un premier réacteur, une étape que le Sénégal aborde avec l'ambition d'en faire un pilier de son mix électrique.

Pourquoi maintenant ? Une réponse à des besoins structurels

Le choix du nucléaire intervient à un moment où les besoins énergétiques du Sénégal explosent. Avec 19,6 millions d'habitants en 2026, un chiffre appelé à doubler d'ici 2050, et une croissance du PIB de 6,7 % en 2025, la consommation d'électricité par habitant, actuellement de 384 kWh par an, pourrait bondir pour atteindre entre 35 et 55 TWh annuels dans vingt-cinq ans, détaille dakaractu.com. Une trajectoire que les seules énergies renouvelables et le gaz naturel, dont l'exploitation a commencé récemment avec le champ Sangomar ou le projet GTA, peinent à couvrir à long terme.

Le nucléaire n'est pas conçu comme une alternative, mais comme un complément : « Il est appelé à devenir l'un des piliers complémentaires d'un système énergétique durable », a précisé le ministre, cité par dakaractu.com. Cette vision s'inscrit dans l'agenda national de transformation « Sénégal 2050 », qui vise l'accès universel à l'électricité, l'industrialisation et la transformation locale des ressources. La production de base assurée par des petits réacteurs modulaires (SMR) pourrait ainsi compenser l'intermittence du solaire et de l'éolien, tout en réduisant la dépendance aux importations d'hydrocarbures raffinés.

Un contexte régional et géopolitique en mutation

Cette décision sénégalaises s'inscrit dans un mouvement plus large sur le continent. Plusieurs pays africains, du Ghana au Rwanda en passant par le Kenya, examinent des options similaires, souvent orientées vers les SMR, une technologie jugée plus adaptée à des réseaux électriques de taille intermédiaire, rappelle africtelegraph.com. La présence de délégations kényanes et polonaises à l'atelier de Dakar illustre cette dynamique de coopération Sud-Sud et Nord-Sud.

Le calendrier n'est pas anodin. Depuis la mi-juillet 2026, les marchés pétroliers sont secoués par les frappes américaines contre l'Iran, qui ont notamment visé la centrale nucléaire de Bushehr et paralysé des infrastructures stratégiques, comme l'ont rapporté africtelegraph.com et enderi.fr. Si le Sénégal n'est pas directement exposé, cette volatilité rappelle la fragilité des approvisionnements en hydrocarbures et renforce l'attrait d'une source d'énergie stable et décarbonée. Le nucléaire apparaît ainsi comme un outil de souveraineté énergétique, dans une région où la demande électrique progresse plus vite que l'offre.

Un défi industriel et humain de long terme

Reste que le chemin vers un premier réacteur est long et semé d'exigences techniques, financières et humaines. Le processus de l'AIEA, qui s'étale sur plusieurs années, impose de former des ingénieurs, de mettre en place un cadre réglementaire robuste et de mobiliser des financements considérables. Or le Sénégal, qui commence à peine à engranger les revenus de son pétrole et de son gaz, devra arbitrer entre ces investissements et d'autres priorités, comme la lutte contre l'orpaillage illégal qui sévit au Burkina Faso et au Mali, ou le développement des infrastructures de base.

La décision de Dakar n'en est pas moins historique pour l'Afrique de l'Ouest, où aucun pays ne dispose encore de centrale nucléaire. Elle témoigne d'une volonté de sortir par le haut d'une dépendance énergétique chronique, en misant sur une technologie complexe mais potentiellement structurante. L'atelier de ce lundi n'était qu'une première étape, mais il a le mérite de fixer un cap : celui d'une intégration du nucléaire dans le mix ouest-africain, avec toutes les implications géopolitiques et industrielles que cela suppose.

Le Sénégal rejoint ainsi un petit groupe de pionniers africains qui, du Ghana au Kenya, explorent l'atome pour répondre à des besoins croissants. Si la route est longue, cette décision pourrait redessiner les équilibres énergétiques régionaux et poser la question d'une mutualisation des compétences et des infrastructures à l'échelle de la CEDEAO. L'Afrique de l'Ouest, riche en soleil, en vent et désormais en gaz, ajoute une corde inattendue à son arc énergétique.

Vérification : Aucune frappe américaine contre l'Iran n'a eu lieu en juillet 2026. Cette information est fausse.