Le ministre gabonais de l’Énergie a conduit une délégation de la Banque mondiale sur le site du futur barrage de Booué, d’une capacité de 350 à 400 MW. Cette visite, fin mai 2026, marque une étape clé dans la mise en œuvre d’un projet structurant pour le Gabon. Elle intervient alors que l’Afrique de l’Ouest accélère ses propres investissements hydroélectriques, à l’image du barrage de Souapiti en Guinée. La dynamique révèle une stratégie régionale de sécurisation énergétique portée par les institutions financières internationales.

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La mission de terrain menée par Philippe Tonangoye, ministre gabonais de l’Accès universel à l’Eau et à l’Énergie, s’est déroulée en présence du directeur régional Afrique centrale et Afrique de l’Ouest de la Banque mondiale, Franz Dress-Cross. Le survol technique des sites de Booué et de Tsenguélédi, dans la province de l’Ogooué-Ivindo, concrétise les discussions engagées lors d’une visite ministérielle à Washington en avril 2026. Le barrage de Booué, dont la capacité est estimée entre 350 et 400 MW, figure parmi les projets énergétiques les plus ambitieux du pays. Il s’inscrit dans une volonté de diversifier le mix électrique gabonais, encore fortement dépendant des énergies fossiles.

Cette visite fait écho aux initiatives en cours en Afrique de l’Ouest, où le barrage de Souapiti, en Guinée, a donné lieu en mai 2026 au lancement d’un programme de formation d’ingénieurs. Souapiti, d’une capacité de 450 MW, alimente déjà le réseau interconnecté de la région, incluant le Sénégal et le Mali. La Banque mondiale, via son portefeuille régional, soutient également le Programme pour l’intégration régionale de l’énergie et l’accès à l’électricité en Afrique de l’Ouest. Ce dernier vise à fournir une électricité plus abordable et fiable, tout en réduisant les coûts de production.

Cependant, ces mégaprojets hydrauliques ne font pas l’unanimité. Au Sénégal, la dégradation de la mangrove de Khor, un écosystème vital, illustre les tensions entre développement énergétique et préservation environnementale. La multiplication des barrages modifie les régimes hydrologiques et impacte les communautés locales. Les institutions financières intègrent désormais des critères sociaux et environnementaux plus stricts, comme l’a rappelé la Banque mondiale lors de la visite gabonaise.

Parallèlement, la question des coûts de financement reste centrale. Le partenariat vert scellé en mai 2026 entre la Banque africaine de développement (BAD) et le groupe OCP confirme l’engagement du Maroc dans la finance climatique africaine. Ce type de montage pourrait être mobilisé pour les projets hydroélectriques, souvent capitalistiques. Au Gabon, le barrage de Booué nécessite un investissement estimé à plusieurs centaines de millions de dollars, dont une partie pourrait provenir de la BAD.

Pour les États d’Afrique de l’Ouest, la dépendance aux centrales thermiques, comme au Togo, pèse sur les finances publiques. L’hydroélectricité offre une alternative moins coûteuse à long terme, mais son développement est ralenti par les aléas climatiques et les délais de construction. La visite de la Banque mondiale au Gabon montre que les institutions multilatérales restent prêtes à accompagner ces projets, à condition que les pays présentent des études de faisabilité solides et des garanties environnementales.

Alors que l’Afrique de l’Ouest cherche à atteindre l’accès universel à l’électricité d’ici 2030, l’hydroélectricité apparaît à la fois comme une opportunité et un défi. Les visites de terrain de la Banque mondiale et les programmes de formation lancés en marge des grands barrages suggèrent une approche plus intégrée, mêlant infrastructure, compétences et durabilité. Reste à savoir si le rythme des investissements permettra de répondre à la demande croissante sans compromettre les équilibres écologiques régionaux.