Le 5 juin 2026, la Banque africaine de développement (BAD) a débloqué 103,14 millions d’euros (67,65 milliards FCFA) pour financer la deuxième phase du Projet de renforcement des ouvrages du système électrique et d’accès à l’électricité (PROSER II) en Côte d’Ivoire. Ce concours vise à raccorder plus de 107 000 ménages et à installer 74 010 lampadaires LED, dans une logique d’infrastructures résilientes face aux changements climatiques. L’opération survient alors que la région affiche un déficit d’infrastructures de 118 milliards de dollars et que les initiatives de financement innovant se multiplient.
BAD : 67,6 milliards FCFA pour les ouvrages ivoiriens
Un pari sur la durabilité et la résilience climatique
Impacts attendus
Lecture : 118 milliards $ de déficit d’investissement. Le projet PROSER II contribue à réduire cette fracture.
Chronologie
Sources : Banque africaine de développement (BAD), Infrastructure Consortium for Africa, Banque mondiale.
Un projet inscrit dans une stratégie de résilience
Le PROSER II n’est pas un simple programme d’électrification. Sa deuxième phase, d’un coût total de 234,56 millions d’euros, met l’accent sur l’efficacité énergétique et l’adaptation aux aléas climatiques. Les 74 010 lampadaires LED, par exemple, réduisent la consommation électrique tout en améliorant l’éclairage public dans les zones vulnérables. L’extension du réseau à 244 localités rurales, réparties dans 18 régions, vise à corriger les disparités urbaines-rurales qui freinent le développement agricole et industriel. Au-delà de l’accès à l’électricité, le projet intègre le renforcement des ouvrages dans le Grand Abidjan et douze chefs-lieux de département, anticipant une demande en hausse de 10 % par an.
Ce financement s’inscrit dans un contexte régional tendu. Un récent rapport de l’Infrastructure Consortium for Africa, évoqué le 15 mai, chiffrait à 118 milliards de dollars le gap d’investissement en Afrique de l’Ouest. La Côte d’Ivoire, qui ambitionne de devenir un hub régional, ne peut ignorer cette contrainte. Le PROSER II apporte une réponse partielle mais ciblée : en combinant renforcement des réseaux existants et extension rurale, il réduit les pertes techniques et améliore la fiabilité, condition essentielle pour attirer les investissements privés.
Un défi de financement et de coordination régionale
L’opération illustre aussi la complexité du montage financier dans la région. Sur les 234,56 millions d’euros, la BAD apporte 44 %, la Banque islamique de développement (BID) 35,8 % et l’État ivoirien 20,2 %. Ce schéma de cofinancement est récurrent en Afrique de l’Ouest : il était déjà à l’œuvre dans l’accord BOAD-SFI de 600 millions d’euros pour le financement en devise locale, signé le 16 mai, ou dans le prêt de 84 millions d’euros de la BIDC à Afriland First Bank le 21 mai. Chacun de ces outils répond à un maillon de la chaîne – infrastructures publiques, financement privé, devises locales – mais leur efficacité dépend de la coordination.
La Côte d’Ivoire, justement, cherche à devenir un « néo-Singapour africain », comme le rappelait un article du 17 mai sur le Bénin voisin. Ce volontarisme d’État se heurte à un secteur privé encore timide, comme le soulignait le même rapport de mai. Le PROSER II, bien que public, crée des conditions favorables : en stabilisant la desserte électrique, il réduit le coût des affaires et ouvre la voie à des investissements privés dans les zones rurales. L’éclairage public LED, par exemple, peut faciliter le déploiement de commerces ou d’activités nocturnes.
La temporalité d’un pari climatique
Ce projet intervient aussi dans une séquence où la question climatique devient centrale. Un rapport des Africa CDC et de l’Équipe Europe, le 20 mai, soulignait l’urgence d’investir dans la R&D en santé, mais des infrastructures électriques résilientes sont tout aussi cruciales pour faire face aux sécheresses ou aux inondations qui perturbent les réseaux. La Côte d’Ivoire, dont le nord est exposé à l’avancée du désert, mise sur des équipements moins gourmands en énergie et mieux adaptés. Les lampadaires LED réduisent les émissions tout en améliorant la sécurité – un double bénéfice.
L’évolution depuis les précédentes phases du PROSER est notable. La première phase, lancée en 2022, avait déjà permis d’électrifier 150 localités, mais les retours d’expérience ont conduit à intégrer la dimension climatique dans la seconde. Le choix du LED n’est pas anodin : il permet une maintenance réduite et une meilleure résistance aux températures extrêmes. De même, le raccordement de 107 000 ménages, couplé à des réseaux renforcés, répond à une pression démographique qui ne fait que croître.
Au-delà de la Côte d’Ivoire, le PROSER II préfigure une tendance lourde en Afrique de l’Ouest : celle d’infrastructures publiques pensées pour la durabilité climatique, et non plus seulement pour la croissance immédiate. Le financement de la BAD, bien que substantiel, n’est qu’une pièce d’un puzzle régional où les besoins restent colossaux. La question qui se pose désormais est celle de la reproduction de ce modèle à l’échelle de la CEDEAO, dans un contexte de fragmentation des sources de financement et de concurrence entre priorités nationales.