La Banque islamique de développement (BID) a approuvé le 16 juin 2026 un prêt de 86,55 millions d'euros pour la deuxième phase du Projet de renforcement des infrastructures du réseau électrique et d'accès à l'électricité (PROSER II) en Côte d'Ivoire. Ce financement, qui s'ajoute aux 103,14 millions d'euros de la Banque africaine de développement (BAD), porte l'enveloppe totale à plus de 234 millions d'euros. L'objectif : électrifier 244 localités et connecter 107 000 ménages, dans un contexte où Abidjan cherche à consolider son rôle de hub énergétique régional.

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Le conseil d'administration de la BID a acté ce financement alors que la Côte d'Ivoire multiplie les initiatives pour rattraper son retard d'électrification rurale et soutenir une demande urbaine en forte croissance. Selon les données du ministère des Mines, du Pétrole et de l'Énergie, le taux d'accès à l'électricité atteignait 73 % en 2025, contre 33 % en 2011, mais avec de fortes disparités : plus de 90 % dans le Grand Abidjan contre moins de 50 % dans certaines régions du nord et de l'ouest. PROSER II cible précisément ces zones, avec 244 localités réparties dans 18 régions, dont plusieurs frontalières du Mali, du Burkina Faso et du Ghana.

Une stratégie d’attractivité énergétique

Ce projet s'inscrit dans une vision plus large de souveraineté énergétique et de compétitivité régionale. La Côte d'Ivoire dispose déjà d'une capacité installée de près de 2 800 MW, dont environ 70 % proviennent du gaz naturel, et ambitionne de devenir un exportateur net d'électricité vers ses voisins. L'extension du réseau est donc autant un enjeu domestique qu'un levier géopolitique. En mai 2026, le Premier ministre Beugré Mambé invitait les opérateurs économiques à faire de la Côte d'Ivoire une « destination privilégiée » lors de l'Africa CEO Forum à Kigali. Un discours qui prend tout son sens alors que le Ghana, principal concurrent, vient de sortir du programme de Facilité élargie de crédit du FMI, signe d'une stabilisation mais aussi d'une fragilité passée qui refroidit certains investisseurs.

Le calendrier n'est pas anodin : dans un contexte de raréfaction des financements concessionnels et de hausse des taux d'intérêt internationaux, la mobilisation de 234 millions d'euros – dont plus de la moitié sous forme de prêts à conditions avantageuses – démontre la confiance des bailleurs multilatéraux dans la trajectoire ivoirienne. La BID et la BAD ne se contentent pas de financer des kilomètres de lignes : elles parrainent un modèle de développement où l'électricité est pensée comme un intrant de l'industrialisation et de l'attraction des capitaux.

Des retombées rurales et industrielles

Sur le terrain, les effets attendus sont concrets. Au-delà des 107 000 ménages raccordés, ce sont des centres de santé, des écoles et des petites unités de transformation qui bénéficieront d'une alimentation stable. Dans le nord du pays, où l'activité minière – notamment l'or – se développe, l'électrification pourrait réduire la dépendance aux groupes électrogènes au diesel, coûteux et polluants. Le secteur du numérique mobile, en pleine expansion comme l'a montré le salon d'Abidjan en mai 2026, trouvera aussi dans un réseau fiable un accélérateur de croissance.

Les chiffres parlent : le coût global de PROSER II, 234 millions d'euros, représente environ 0,4 % du PIB ivoirien de 2025. C'est un investissement lourd mais cohérent avec une stratégie de long terme. Le gouvernement table sur une croissance de la demande électrique de 7 à 8 % par an jusqu'en 2030, portée par l'urbanisation et l'émergence d'une classe moyenne. Sans ces extensions, le risque de goulots d'étranglement serait élevé, comme l'a montré le délestage de 2023 dans plusieurs quartiers d'Abidjan.

Un signal pour la souveraineté régionale

Au-delà du cas ivoirien, ce projet illustre une tendance lourde en Afrique de l'Ouest : le rattrapage des infrastructures énergétiques devient un impératif de souveraineté. La zone compte toujours plus de 200 millions de personnes sans accès à l'électricité, et les coupures freinent l'industrialisation. En parallèle, les pays producteurs de gaz comme le Sénégal (avec le GTA) et la Côte d'Ivoire cherchent à valoriser leurs ressources pour alimenter leurs propres réseaux avant d'exporter. Le PROSER II participe de cette logique : mieux distribuer l'électricité, c'est aussi sécuriser la demande intérieure et justifier les investissements dans les centrales à gaz.

Le choix de la BID, banque islamique de développement, est lui aussi porteur de sens : il traduit une diversification des sources de financement, loin des seuls bailleurs traditionnels. Alors que le Ghana négocie sa sortie du FMI et que le Sénégal affine sa stratégie pétrolière, la Côte d'Ivoire capitalise sur sa stabilité politique et son attractivité pour attirer des capitaux long terme. Le PROSER II n'est pas qu'un projet d'électrification : c'est une pièce du puzzle de la puissance régionale.

Cette nouvelle injection de fonds dans le réseau électrique ivoirien intervient alors que la compétition pour l'attraction des investissements s'intensifie en Afrique de l'Ouest. Entre la sortie du Ghana du programme FMI, les ambitions gazières du Sénégal et les besoins criants du Sahel, l'électrification devient un marqueur de crédibilité pour les États. La Côte d'Ivoire, avec ce PROSER II, envoie un signal clair : elle entend transformer son avantage énergétique en levier de développement et d'influence régionale. Reste à observer si les autres pays de la zone sauront suivre le rythme.