Le gouvernement ivoirien a validé mercredi trois conventions de partenariat public-privé (PPP) destinées à ajouter près de 735 MW au réseau électrique national. Ce programme, qui repose sur des centrales thermiques et une unité flottante, intervient dans un contexte de demande croissante et de course à l'énergie dans la sous-région. Il confirme la stratégie d'Abidjan de sécuriser son approvisionnement et de préserver son rôle de fournisseur majeur d'électricité en Afrique de l'Ouest.

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Les trois conventions approuvées en Conseil des ministres déclinent des technologies complémentaires : une centrale thermique à cycle combiné de 470 MW à Taboth, une unité flottante de 225 MW à Abidjan et une centrale modulaire de 40 MW répartie entre Attakro et Abrobakro. Le recours à des infrastructures flottantes et modulaires trahit une volonté de rapidité : ces équipements peuvent être déployés en quelques mois, là où un barrage ou une centrale classique exigerait des années de construction et de lourds investissements. Cette réactivité répond à l'urgence d'une demande qui progresse plus vite que l'offre, sous l'effet de la croissance démographique et du plan d'industrialisation du pays.

Le choix du thermique est dicté par les ressources disponibles : la Côte d'Ivoire exploite son gaz naturel offshore, dont elle fait un levier pour sa production électrique. Mais cette option n'est pas sans risque. Elle expose le pays à la volatilité des prix des hydrocarbures et à la disponibilité de la ressource, alors que les bailleurs de fonds internationaux conditionnent de plus en plus leurs financements à des projets bas carbone. Abidjan continue pourtant de privilégier la sécurité d'approvisionnement immédiate, quitte à reporter les objectifs de transition énergétique.

Le poids croissant de l'énergie dans la diplomatie régionale

Cette décision s'inscrit dans une dynamique régionale où l'électricité devient un instrument de puissance. La Côte d'Ivoire exporte déjà vers plusieurs pays voisins, dont le Burkina Faso, le Mali et le Ghana, et ces exportations constituent un revenu stratégique. L'ajout de 735 MW lui permet de maintenir cet avantage alors que ses partenaires cherchent à diversifier leurs sources d'approvisionnement et à soutenir leurs industries extractives. Les mines d'or et de manganèse, très énergivores, sont particulièrement sensibles aux coupures : chaque délestage se traduit par des pertes de production et une dégradation du climat des affaires.

L'évolution récente de la sous-région conforte cette analyse. En juin dernier, les champs pétroliers et gaziers de Sangomar et du Grand Tortue Ahmeyim (GTA) affichaient des résultats solides, confirmant la montée en régime de l'exploitation au Sénégal et en Mauritanie. Dans le même temps, les producteurs d'or comme Endeavour Mining enregistraient des performances records en Afrique de l'Ouest. Ces revenus extractifs accroissent la demande énergétique des entreprises, mais aussi celle des États, qui aspirent à transformer localement leurs ressources. La Côte d'Ivoire, elle, ne bénéficie pas de la même manne pétrolière que ses voisins ; elle doit donc compenser par une stratégie énergétique offensive.

Le contraste est net avec d'autres projets régionaux. Au Cameroun, la centrale hydroélectrique de Nachtigal, entièrement opérationnelle depuis mai 2025, a injecté plus de 3,6 millions de MWh dans le réseau national à fin mai 2026, démontrant la viabilité du grand hydraulique. Mais un tel ouvrage exige des délais de construction longs et des financements massifs. La Côte d'Ivoire, pressée par une demande qui dépasse ses capacités actuelles, opte pour des solutions plus souples, quitte à renforcer sa dépendance aux combustibles fossiles importés, notamment pour l'unité flottante qui devra être alimentée en gaz ou en fioul.

<!-- Il est frappant de constater que cette décision intervient en plein mois d'août, période généralement creuse pour l'activité gouvernementale. Cette célérité suggère une certaine urgence, peut-être liée aux pics de consommation prévus en fin d'année ou à des échéances électorales. -->

La question de la souveraineté énergétique se pose donc avec acuité pour Abidjan. En diversifiant ses outils de production et en recourant au PPP pour attirer des investisseurs privés, la Côte d'Ivoire cherche à sécuriser son développement sans peser davantage sur ses finances publiques. Mais ce modèle repose sur la capacité du secteur privé à tenir ses engagements et sur la stabilité des prix de l'énergie. Alors que les besoins du continent continuent de croître, chaque pays ouest-africain avance avec ses propres contraintes et ses propres choix, sans véritable coordination régionale. La mosaïque énergétique qui en résulte est autant une richesse qu'une source de fragilité pour l'intégration économique de la zone.

Derrière les 735 MW ivoiriens se dessine une tendance lourde : les États ouest-africains multiplient les initiatives pour garantir leur indépendance électrique, mais chacun le fait dans son couloir, selon ses ressources et ses priorités. La Côte d'Ivoire mise sur le gaz, le Sénégal sur le pétrole et le gaz offshore, le Cameroun sur l'hydraulique, tandis que les pays sahéliens peinent encore à sortir des délestages chroniques. Cette fragmentation pourrait à terme fragiliser les ambitions d'intégration énergétique régionale, faute de infrastructures partagées et de stratégie commune. L'électricité, pourtant vecteur de développement, devient un révélateur des souverainetés nationales et un terrain de négociation géopolitique où chaque mégawatt compte.