Alors que près de 10 milliards de dollars de transactions échappent chaque année aux circuits formels en Afrique de l'Ouest, la CEDEAO et ses États membres cherchent des alternatives de financement structurantes. Du 6 au 10 juillet 2026, l'Unité PPP du Togo a participé à Abidjan à un atelier régional de renforcement des capacités et au 5ᵉ Forum régional sur les partenariats public-privé (PPP). Un rendez-vous qui intervient dans un contexte de tension budgétaire et de besoin colossal d'infrastructures : le plan directeur de la CEDEAO recense 201 projets, dont 115 dans l'énergie et 56 dans les transports, pour un coût estimé à 131 milliards de dollars sur 25 ans.
Le gap d’infrastructures ouest-africain
en 3 chiffres clés
Face au déficit de financement, la CEDEAO et le Togo misent sur les PPP pour attirer les capitaux privés. Le plan directeur régional recense 201 projets, dont 115 dans l’énergie et 56 dans les transports.
Plan directeur CEDEAO : 201 projets
Contexte budgétaire du Togo
Ces indicateurs expliquent la recherche de financements alternatifs via les PPP, dans un contexte de tension budgétaire.
Temps forts — juillet 2026
Un gap d'infrastructures qui appelle des financements innovants
Le déficit d'infrastructures en Afrique de l'Ouest est un frein majeur à l'intégration économique et à la compétitivité. Les routes, les ports, les réseaux électriques et les lignes ferroviaires restent insuffisants ou obsolètes, entravant le commerce intra-régional. Pourtant, l'espace CEDEAO représente un marché de plus de 400 millions de consommateurs, mais les échanges formels entre pays membres plafonnent à moins de 10 % du total. Le commerce informel, lui, prospère : selon des estimations régionales, près de 10 milliards de dollars transitent chaque année en dehors des circuits officiels, privant les États de recettes fiscales et de données économiques fiables. Ce constat, déjà soulevé lors du 51ᵉ anniversaire de la CEDEAO en mai 2026, nourrit la réflexion sur des mécanismes de financement plus robustes.
Dans ce cadre, les partenariats public-privé (PPP) apparaissent comme un outil privilégié pour combler le gap sans alourdir la dette publique. La logique est simple : faire appel à l'expertise et aux capitaux privés pour construire, exploiter et entretenir des infrastructures, en contrepartie d'un revenu garanti par l'État ou les usagers. Mais pour que ce modèle fonctionne, il faut un environnement juridique, institutionnel et technique solide. C'est précisément l'objet de l'atelier d'Abidjan, qui visait à valider un plan de renforcement des capacités des unités nationales de préparation de projets PPP, et à jeter les bases d'un référentiel commun et d'une base de données régionale des transactions.
Le Togo muscle son dispositif national
Le Togo s'est positionné en élève appliqué de cette dynamique. Le Conseil des ministres du 26 juin 2026 a créé trois nouvelles structures : l'AGEROUTE TOGO (agence de maîtrise d'ouvrage routière), la SONAFIR (société nationale de financement des routes) et le BEIT (bureau d'ingénierie publique). Ces entités sont conçues pour « servir de puissants catalyseurs de transactions exécutées en PPP », selon Gildas Eyadete Batchassi, représentant de l'Unité PPP togolaise à Abidjan. En séparant les fonctions de maîtrise d'ouvrage, de financement et d'ingénierie, Lomé espère professionnaliser la préparation des projets et rassurer les investisseurs privés sur la qualité des dossiers.
Le gouvernement togolais ne s'arrête pas là. Le 8 juillet 2026, le Conseil des ministres a autorisé l'organisation d'une conférence de haut niveau sur les PPP, prévue le 3 septembre à Lomé, en partenariat avec le Club PPP MedAfrique. Cette rencontre devrait rassembler des investisseurs, des banques de développement et des experts pour discuter des opportunités concrètes dans le pays. Parallèlement, le projet de loi créant la Caisse des dépôts et consignations (CDC) du Togo a été adopté. Ce nouvel instrument financier, calqué sur des modèles éprouvés (Caisse des Dépôts française, CDC marocaine, etc.), est destiné à collecter l'épargne longue et à financer des projets structurants. Il pourrait devenir un levier majeur pour mobiliser des ressources locales et co-investir dans les PPP.
Une stratégie qui s'inscrit dans une tendance régionale
Ces réformes togolaises ne sont pas isolées. Toute la région ouest-africaine cherche à renforcer ses capacités en matière de PPP, souvent sous l'impulsion de la CEDEAO et de la Banque africaine de développement. Le 5ᵉ Forum régional a insisté sur la nécessité de créer un référentiel commun pour harmoniser les cadres juridiques et faciliter les transactions transfrontalières. Une base de données régionale des projets PPP est en gestation, afin de partager les bonnes pratiques et d'éviter les écueils qui ont parfois émaillé les premiers essais (renégociations de contrats, risques de capture réglementaire).
L'enjeu est de taille : capter une partie des 10 milliards de dollars du commerce informel et les orienter vers des investissements productifs. Les PPP, en offrant des rendements stables et sécurisés, pourraient attirer l'épargne privée aujourd'hui thésaurisée ou placée dans des circuits non officiels. Mais le chemin est long. La confiance des investisseurs dépend de la stabilité politique, de la transparence des procédures et de la capacité des États à honorer leurs engagements. Le Togo, qui s'est distingué dans les réformes de climat des affaires (1er en Afrique et 15e mondial pour la création d'entreprises selon le Doing Business 2020), a des atouts. Mais il devra aussi surmonter les faiblesses persistantes dans l'exécution des contrats, rappelées par le même classement.
Vers une intégration par les infrastructures ?
Au-delà des aspects financiers, le développement des PPP en Afrique de l'Ouest pose la question de l'intégration régionale. Les projets d'infrastructures transfrontaliers (routes corridors, interconnexions électriques, chemins de fer) sont les plus complexes à monter, car ils impliquent plusieurs États, des cadres juridiques différents et des schémas de partage des coûts et des bénéfices. Pourtant, ce sont ceux qui ont le plus d'impact sur le commerce et la mobilité. Le plan directeur de la CEDEAO, avec ses 201 projets, en est l'illustration.
La CEDEAO célébrait ses 51 ans en mai 2026, avec un bilan contrasté : des progrès sur la libre circulation des personnes et des biens, mais encore des obstacles aux échanges. L'adoption d'un tarif extérieur commun et la création d'une zone de libre-échange continentale (ZLECAf) poussent à accélérer les chantiers d'infrastructures. Les PPP, s'ils sont bien encadrés, peuvent être un accélérateur. Mais ils ne sauraient remplacer l'effort budgétaire des États ni la coopération politique. La conférence de Lomé en septembre sera un test de la crédibilité du Togo comme hub régional des PPP.
La multiplication des initiatives autour des PPP en Afrique de l'Ouest reflète une prise de conscience : sans infrastructures modernes, l'intégration régionale restera un vœu pieux. Le Togo, avec ses nouvelles institutions et son ancrage dans les forums régionaux, tente de se positionner comme un pionnier. Mais la réussite dépendra de la capacité à transformer les bonnes intentions en projets bancables, et à convaincre des investisseurs souvent échaudés par les risques africains. Dans une région où 10 milliards de dollars s'évaporent chaque année dans l'informel, le pari des PPP est aussi un pari sur la formalisation de l'économie.