Alors que le stress hydrique s'aggrave en Afrique de l'Ouest, le dessalement de l'eau de mer s'impose comme une solution stratégique. L'Algérie, avec sa station de Cap Blanc à Oran, atteint son régime maximal de 300 000 m³ par jour, illustrant une tendance régionale. Cette évolution, couplée aux dynamiques pétrolières et gazières au Sénégal et en Mauritanie, redéfinit les enjeux de souveraineté énergétique et hydrique dans la région.
Dessalement : le nouveau pilier de la souveraineté ouest-africaine
Alors que le stress hydrique s'aggrave en Afrique de l'Ouest, le dessalement s'impose comme une réponse stratégique. L'Algérie, avec sa station de Cap Blanc, illustre une tendance régionale qui redéfinit les enjeux de souveraineté énergétique et hydrique.
Le dessalement est énergivore. La production d'eau potable nécessite une électricité abondante et stable, un défi pour les réseaux ouest-africains.
Couplé aux dynamiques pétrolières et gazières au Sénégal et en Mauritanie, le dessalement devient un levier de souveraineté.
Chronologie d'une montée en puissance
Les programmes nationaux de dessalement algériens servent de référence pour les pays ouest-africains.
Le Sénégal et la Mauritanie explorent le couplage énergie-eau grâce à leurs ressources gazières.
La station atteint son régime maximal de 300 000 m³/jour — un jalon pour toute la région.
Dynamiques régionales
En bref — Les défis à surmonter
Infrastructures — Investissements lourds nécessaires pour les stations et les réseaux de distribution.
Financement — Le coût du dessalement reste un obstacle pour les économies émergentes.
Énergie — La production d'eau potable dépend d'une électricité stable et abordable.
« Le dessalement n'est plus une option, c'est une nécessité stratégique pour la souveraineté hydrique et énergétique de la région. »
Le 20 août 2026, la station de dessalement de Cap Blanc, près d'Oran, a atteint sa pleine capacité de production, soit 300 000 mètres cubes d'eau potable par jour. Ce jalon, rapporté par Africa24 TV, dépasse le simple exploit technique : il incarne une réponse structurelle à la pénurie d'eau qui touche de nombreux pays africains. En Afrique de l'Ouest, où les ressources en eau douce sont de plus en plus menacées par les changements climatiques et la pression démographique, le dessalement émerge comme une option crédible, même si son coût énergétique reste un défi majeur.
L'expérience algérienne, avec ses programmes nationaux de dessalement, offre un précédent pour les pays ouest-africains. Ceux-ci observent avec attention les avancées dans le Maghreb, car elles pourraient inspirer des politiques similaires. Cependant, la transposition de ce modèle à l'Afrique de l'Ouest soulève des questions d'infrastructure, de financement et surtout d'énergie. Le dessalement est énergivore, et la région doit concilier ses besoins en eau avec sa dépendance aux hydrocarbures et ses ambitions de transition énergétique.
Dans le même temps, le Sénégal et la Mauritanie poursuivent l'exploitation de leurs ressources en gaz naturel, avec le projet GTA (Grand Tortue Ahmeyim) qui a commencé sa production en 2025. Ce gaz, destiné en partie à l'exportation, pourrait également alimenter des usines de dessalement à grande échelle, créant ainsi une synergie entre les secteurs de l'énergie et de l'eau. Cette interconnexion est d'autant plus pertinente que le pétrole sénégalais, extrait à Sangomar depuis 2024, génère des revenus qui pourraient être réinvestis dans des infrastructures hydriques.
L'enjeu de la souveraineté énergétique régionale se double donc d'une question hydrique. Les États ouest-africains, conscients de la nécessité de sécuriser l'approvisionnement en eau pour leurs populations et leurs économies, pourraient être tentés de suivre la voie algérienne. Mais ils doivent aussi composer avec les défis liés à l'orpaillage illégal, notamment au Burkina Faso et au Mali, qui fragilise les écosystèmes et exacerbe les tensions sur les ressources en eau. La gestion de ces ressources devient un enjeu de stabilité politique et sociale.
Le contexte géopolitique régional, marqué par la présence de multinationales et des rivalités d'influence, ajoute une couche de complexité. Les partenariats énergétiques avec des acteurs extérieurs, comme ceux conclus pour le GTA, conditionnent en partie la capacité des États à développer des projets de dessalement. La question est de savoir si ces revenus seront utilisés pour renforcer la résilience hydrique ou s'ils resteront captés par des intérêts particuliers.
L'évolution récente, depuis les alertes de juin 2026 sur la production minière et les cours de l'or, montre que les gouvernements cherchent à capter davantage de valeur de leurs ressources naturelles. Le Ghana, par exemple, envisage de transférer le contrôle de la mine d'or de Tarkwa à des entreprises locales, signe d'une volonté de souveraineté économique. Dans ce contexte, le dessalement pourrait devenir un symbole de cette souveraineté, à condition de maîtriser son coût énergétique et de l'intégrer dans une stratégie globale de développement durable.
Ainsi, le dessalement ne se limite pas à une question technique : il interroge la capacité des États ouest-africains à planifier leur avenir face aux défis climatiques et énergétiques. Les choix faits aujourd'hui en matière d'infrastructures hydriques et énergétiques détermineront leur résilience à long terme.
L'atteinte du régime maximal de la station de Cap Blanc est un signal fort pour l'Afrique de l'Ouest : le dessalement est une option viable pour sécuriser l'accès à l'eau, mais il exige des ressources énergétiques abondantes et une volonté politique claire. Alors que la région s'engage dans une course à la valorisation de ses ressources extractives, la question de l'eau devient un prisme pour repenser les priorités de développement. Les prochaines années montreront si les États sauront transformer ces défis en opportunités pour une souveraineté véritablement intégrée.