Le 31 juillet 2026, le Hilli Episeyo quittera les eaux camerounaises, mettant fin à huit années d'exportations de gaz naturel liquéfié. Ce départ coïncide avec la montée en régime espérée du champ sénégalais de Sangomar, mais dans un climat politique et contractuel tendu. La région ouest-africaine voit ainsi ses ambitions énergétiques confrontées à des réalités économiques et géopolitiques complexes.
Le Cameroun s'apprête à perdre un actif structurant de son économie. L'unité flottante de liquéfaction Hilli Episeyo, propriété de Golar LNG, quittera Kribi à la fin du mois de juillet 2026, à l'échéance du contrat qui la liait à la Société nationale des hydrocarbures (SNH). Selon le Comité national économique et financier (CNEF), ce retrait pèsera lourdement sur la croissance : le PIB pétrolier devrait chuter de 16,1 % en 2026 et de 18 % en 2027, tandis que la croissance globale du pays passerait de 3,5 % à 3,2 % puis 3,1 %. En 2025, les recettes d'exportation de GNL s'élevaient à 350,2 milliards de FCFA, contre 381 milliards en 2024 et un pic de 622 milliards en 2022. La tendance baissière, amorcée avant même le départ du navire, s'est accentuée au premier trimestre 2026 : les exportations de GNL ont chuté de 28,4 % sur un an, et celles de pétrole brut de 14,4 %. Le secteur extractif, qui contribuait encore à hauteur de 11,4 % des recettes d'exportation en 2025, devient un frein à l'activité.
Un contexte régional sous tension
Ce choc camerounais intervient alors que le Sénégal traverse une période d'incertitude politique et contractuelle. Le limogeage d'Ousmane Sonko par le président Bassirou Diomaye Faye, en mai 2026, a envoyé un signal négatif aux investisseurs. Parallèlement, Dakar n'exclut pas un recours arbitral contre Woodside et BP pour renégocier les contrats du champ de Sangomar et du projet GNL Grand Tortue Ahmeyim. Ces tensions s'ajoutent à un contexte géopolitique mondial marqué par la guerre au Moyen-Orient et le quasi-blocage du détroit d'Ormuz, qui maintient le baril de Brent au-dessus de 100 dollars depuis trois mois. Les pays ouest-africains producteurs d'hydrocarbures voient leurs marges de manœuvre se réduire, alors même que leurs besoins de financement augmentent.
Le pari gazier sénégalais à l'épreuve
Le Sénégal misait sur le gaz pour transformer son économie et renforcer sa souveraineté énergétique. Les premiers barils de pétrole de Sangomar ont été extraits en 2024, et le mégaprojet GNL Grand Tortue Ahmeyim, en coopération avec la Mauritanie, devait démarrer sa production cette année. Mais les retards et les contentieux contractuels ont freiné la montée en puissance. Le départ du Hilli Episeyo rappelle aux décideurs sénégalais la volatilité des infrastructures gazières offshore : une fois que les partenaires étrangers retirent leurs actifs, les revenus espérés s'envolent. La SNH camerounaise n'a pas réussi à trouver un repreneur pour le navire, faute de prix attractifs et de garanties sur les volumes. La leçon pour Dakar est claire : la renégociation des contrats avec les majors ne doit pas compromettre la mise en exploitation rapide des gisements, sous peine de voir les investissements se déplacer vers d'autres régions.
Une souveraineté énergétique régionale en question
Au-delà des cas nationaux, le retrait du Hilli Episeyo révèle la fragilité de la stratégie énergétique ouest-africaine. Les pays de la région, souvent dépendants des technologies et des capitaux étrangers pour valoriser leurs hydrocarbures, peinent à contrôler leur calendrier de production. La Côte d'Ivoire, le Ghana et le Nigeria sont également confrontés à des défis similaires : vieillissement des champs, insécurité juridique, et volatilité des prix. Pendant ce temps, la transition énergétique mondiale pousse les investisseurs à exiger des rendements rapides, rendant les négociations prolongées risquées. La souveraineté énergétique passe donc moins par la renégociation des contrats que par la diversification des partenariats et la construction d'infrastructures nationales de raffinage et de liquéfaction. Le Cameroun, avec le départ du Hilli Episeyo, illustre une dépendance mal maîtrisée ; le Sénégal pourrait en tirer les enseignements.
Alors que le Cameroun voit disparaître son navire-usine sans solution de remplacement, le Sénégal tente de sécuriser ses contrats sans faire fuir les investisseurs. Cette équation, commune à de nombreux pays ouest-africains, pose la question centrale de la souveraineté dans un secteur où les infrastructures clés restent aux mains des multinationales. L'avenir de la région en tant que fournisseur d'hydrocarbures dépendra de sa capacité à concilier ambition nationale et pragmatisme économique.
Données de référence : Croissance du PIB réel : 6.5% (FMI) · Croissance du PIB réel : 6.5% (FMI) · Croissance du PIB réel : 6.5% (FMI)