Le 1er juin 2026, la Côte d'Ivoire a bouclé le financement d'une centrale à cycle combiné de 372 MW dans la commune de Songon, près d'Abidjan. L'investissement total s'élève à 423,166 milliards de FCFA (environ 751,5 millions de dollars). Ce projet s'inscrit dans une stratégie nationale visant à faire du pays un pôle énergétique régional, alors que la demande d'électricité croît de 10 à 15 % par an et que les coupures de courant persistent. Il traduit aussi une évolution marquante : la capacité installée ivoirienne a bondi de 117 % entre 2011 et 2024, passant de 1 391 à 3 019 MW.

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Un financement bouclé dans un contexte de tension sur le réseau

Le gouvernement ivoirien a annoncé le 1er juin la signature des accords financiers pour la construction d'une centrale à cycle combiné de 372 MW à Songon, en banlieue d'Abidjan. Le projet, porté par l'énergéticien chinois Energy China International, représente un investissement de 423,166 milliards de FCFA, dont 342,129 milliards (plus de 80 %) pour le génie civil et les équipements. La centrale devrait produire environ 2,8 milliards de kWh par an, de quoi alimenter l'équivalent de 31 millions d'habitants.

Ce financement intervient alors que la Côte d'Ivoire fait face à une demande électrique en forte hausse, estimée entre 10 % et 15 % par an. Des perturbations du réseau ont été signalées en début d'année 2026, rappelant la fragilité de l'approvisionnement malgré les progrès réalisés. Le gouvernement s'est fixé pour objectif d'atteindre un taux d'accès de 100 % à l'électricité d'ici 2030, contre environ 85 % aujourd'hui, et de réduire la durée moyenne des coupures à moins de 15 heures par an, contre 16 heures 24 minutes en 2020.

Un maillon de la stratégie de hub régional

Au-delà de la satisfaction de la demande intérieure, ce projet sert une ambition plus large : faire de la Côte d'Ivoire le hub énergétique de l'Afrique de l'Ouest. Le pays exporte déjà de l'électricité vers ses voisins – Mali, Burkina Faso, Ghana, Bénin, Togo – et entend accroître ces volumes. La centrale de Songon, par sa taille et sa technologie à cycle combiné (plus efficace que les simples turbines à gaz), renforce la capacité de production flexible nécessaire pour équilibrer le réseau régional.

Cette dynamique s'inscrit dans un mouvement plus vaste en Afrique de l'Ouest. Quelques semaines plus tôt, en mai 2026, la Guinée a lancé un programme de formation d'ingénieurs autour du barrage de Souapiti, tandis que la CEDEAO dévoilait un « Pacte d'avenir » en six piliers pour consolider l'intégration. Le secteur énergétique reste un levier clé de cette intégration, comme en témoigne aussi l'approbation par la Guinée équatoriale d'un accord sur le bloc gazier EG-08, illustrant l'accélération des transactions dans la région.

Le rôle de la Chine et les enjeux de souveraineté

L'implication d'Energy China International, filiale de China Energy Engineering Corporation, n'est pas anodine. La Chine est devenue le premier partenaire d'infrastructures en Afrique, et la Côte d'Ivoire n'échappe pas à la règle. Le financement, dont les modalités précises n'ont pas été divulguées, repose très probablement sur un prêt concessionnel ou une ligne de crédit liée à des entreprises chinoises. Cela pose la question de la dépendance technologique et financière, même si le gouvernement ivoirien assure que le projet respecte les normes environnementales et intègre les exigences de la transition énergétique.

La centrale de Songon utilise du gaz naturel, une énergie fossile moins carbonée que le charbon ou le fioul lourd, mais qui reste une source d'émissions. À long terme, la Côte d'Ivoire envisage de diversifier son mix avec des énergies renouvelables (solaire, hydroélectricité), mais le gaz apparaît comme une solution de transition pour soutenir la croissance rapide de la demande. Le plan national d'investissement, qui court jusqu'en 2040, prévoit d'ailleurs d'intégrer les avancées technologiques et les objectifs climatiques.

Une capacité en forte hausse mais des défis de distribution

Le parc de production ivoirien est passé de 1 391 MW en 2011 à 3 019 MW en 2024, soit une augmentation de 117 %. Avec l'ajout des 372 MW de Songon, la capacité dépassera les 3 400 MW, sans compter d'autres projets en cours (notamment des centrales solaires). Pourtant, la fiabilité des réseaux de distribution reste un défi majeur. Les coupures en début d'année 2026 ont rappelé que la production ne fait pas tout : il faut aussi investir dans le transport et la distribution, surtout dans une métropole comme Abidjan où la concentration urbaine crée des pics de consommation.

Le gouvernement mise sur ce nouveau moyen de production pour alléger la pression sur le réseau existant et fournir une base stable aux activités économiques – développement des talents, zones industrielles, PME. Le président de Energy China International a souligné que la centrale « soulagerait la pression énergétique sur la métropole d'Abidjan », offrant ainsi un socle fiable pour la croissance.

La Côte d'Ivoire avance à grands pas vers son objectif de devenir le hub électrique de l'Afrique de l'Ouest. Mais cette ambition pose des questions plus larges : comment concilier la croissance rapide de la demande avec les impératifs climatiques ? Jusqu'où accepter la dépendance aux financements et technologies étrangers ? Et comment garantir que l'électricité produite parvienne effectivement aux populations, en particulier rurales ? La centrale de Songon est un jalon, pas une fin. Le chemin vers la souveraineté énergétique régionale reste semé d'embûches, mais l'élan est là.