Le 20 mai 2026, le Gabon a obtenu un siège au capital de CIMAF, imposant un « co-pilotage » stratégique. Cet événement, apparemment sectoriel, cristallise une tendance régionale : les États africains réclament un partage du pouvoir décisionnel dans les industries extractives. En Afrique de l'Ouest, où l'or représente un pilier des économies malienne, burkinabè et ivoirienne, ce modèle pourrait redessiner les relations entre investisseurs et pouvoirs publics.

Infographie — Or · Production

Le deal scellé le 20 mai entre CIMAF et Libreville dépasse la simple extension d’une capacité de production. En échange d’un investissement de 40 millions d’euros, l’État gabonais entre au capital et exige un co-pilotage des orientations stratégiques. Le groupe marocain, en phase de recentrage africain après avoir cédé ses actifs européens, n’a pas eu d’autre choix que d’accepter. Cette configuration illustre un rapport de force en pleine mutation : les gouvernements africains ne se contentent plus de taxes et royalties, ils veulent peser sur les décisions.

Au-delà du ciment, ce précédent interroge directement le secteur aurifère ouest-africain. La région concentre une part croissante de la production mondiale d’or, portée par des géants comme le Mali, le Burkina Faso et la Côte d’Ivoire. Historiquement, les mines y sont détenues majoritairement par des firmes étrangères – canadiennes, australiennes ou britanniques – tandis que les États se limitent à des participations minoritaires (10 à 20 %). Le modèle gabonais de co-pilotage suggère une ambition nouvelle : transformer cette participation en levier de contrôle.

Cette évolution ne surgit pas dans le vide. La montée des cours de l’or depuis 2024 a renforcé l’appétit des États pour une captation plus directe de la valeur. Parallèlement, les programmes de formation technique, comme celui lancé au pied du barrage de Souapiti en Guinée, témoignent d’une volonté de bâtir des compétences locales capables d’assurer un véritable co-pilotage. Le contexte historique livré par les sources de mai 2026 montre que cette dynamique s’inscrit dans un mouvement plus large de souveraineté sur les ressources.

Les implications pour les investisseurs sont majeures. L’or ouest-africain a longtemps attiré les capitaux par sa stabilité contractuelle relative. Un glissement vers le co-pilotage introduirait une incertitude : les États pourraient orienter les exportations, imposer des transformations locales ou conditionner les bénéfices. Mais il pourrait aussi stabiliser les relations en réduisant les risques de nationalisation brutale, comme celle observée au Mali en 2023 avec le rachat forcé de participations.

À Lomé, le port continue d’acheminer des intrants miniers et de l’or brut vers les marchés mondiaux. Le hub logistique est un maillon essentiel de la chaîne de valeur. Si le co-pilotage s’étend, les États pourraient exiger davantage de raffinage local ou de transparence sur les flux. Le Togo, déjà actif dans la réexportation d’or, devra adapter son modèle.

Enfin, le recentrage de CIMAF sur l’Afrique révèle une géopolitique en recomposition. Le Maroc, par ses investissements, tisse des liens qui dépassent le cadre des affaires. Libreville utilise cette dépendance pour imposer ses conditions. En Afrique de l’Ouest, les pays producteurs d’or – notamment le Burkina Faso en proie à l’insécurité – pourraient, dans un contexte de besoin de légitimité, adopter des exigences similaires pour renforcer leur souveraineté économique.

Le co-pilotage imposé par le Gabon à CIMAF n’est pas un cas isolé : il cristallise une aspiration régionale à un contrôle plus étroit des ressources extractives. En Afrique de l’Ouest, où l’or constitue une rente vitale, ce modèle pourrait à la fois sécuriser les revenus des États et rebattre les cartes de l’investissement étranger. Reste à savoir si les compagnies minières accepteront ce partage du pouvoir, ou si elles redirigeront leurs capitaux vers des cieux plus cléments.