Le 29 juillet 2025, Victoria Oil & Gas Plc (VOG) a cédé à Cameroon Holdings Limited (CHL) l'intégralité de ses parts dans Bramlin Limited, maison mère de Gaz du Cameroun (GDC), pour 470 000 livres sterling, soit environ 356 millions de FCFA. Une transaction qui marque le retrait définitif de l'opérateur britannique du champ de Logbaba, à Douala, et qui soulève des questions sur la stratégie énergétique du Cameroun, alors que la sous-région ouest-africaine accélère ses projets gaziers.

Infographie — Gaz naturel

Le désengagement de Victoria Oil & Gas de Gaz du Cameroun n'est pas un simple fait divers financier. Il s'achève par l'encaissement intégral du prix de vente, confirmé dans le sixième rapport des administrateurs déposé en avril 2026. La transaction, qui inclut deux créances de VOG sur Bramlin et GDC, totalisant environ 68,5 milliards de FCFA, a été conclue à un prix dérisoire pour les actions, évaluées à zéro par le cabinet Anderson Anderson & Brown LLP. Ce chiffre traduit la santé fragile de l'opérateur, confronté à des coûts de démantèlement et à des niveaux de production jugés insuffisants.

Ce retrait intervient dans un contexte où le gaz naturel devient un levier stratégique pour les États d'Afrique de l'Ouest. Au Sénégal et en Mauritanie, le projet Grand Tortue Ahmeyim (GTA) a démarré sa production en 2025, ouvrant une nouvelle ère pour la sous-région. Le Cameroun, pionnier du gaz domestique avec le champ de Logbaba, semble pourtant en retrait. La cession de GDC à un holding local, Cameroon Holdings Limited, pourrait être perçue comme une tentative de sauvegarder un actif stratégique, mais elle révèle aussi les difficultés d'un secteur où les petits opérateurs peinent à survivre face aux géants internationaux.

L'identité des repreneurs de CHL reste opaque. Aucune information publique ne permet de connaître les actionnaires de cette société, ni leurs intentions. Cette opacité interroge sur la gouvernance du secteur extractif camerounais, déjà critiqué pour son manque de transparence. Dans un contexte régional marqué par une demande croissante de souveraineté énergétique, le Cameroun pourrait voir dans cette cession une opportunité de renforcer le contrôle local sur ses ressources. Mais sans visibilité sur les capacités financières et techniques de CHL, l'avenir de la distribution du gaz à Douala demeure incertain.

Parallèlement, la région connaît des dynamiques contrastées dans le secteur extractif. Au Sénégal, les revenus pétroliers du champ Sangomar, opérationnel depuis 2024, commencent à alimenter les caisses de l'État, tandis que le gaz de GTA promet des recettes substantielles à partir de 2026. Au Burkina Faso et au Mali, l'orpaillage illégal continue de prospérer, échappant aux contrôle des États et alimentant des économies parallèles. Ces exemples illustrent la diversité des défis auxquels font face les pays ouest-africains pour transformer leurs ressources naturelles en développement durable.

La cession de GDC pourrait aussi être lue comme un signal pour les investisseurs internationaux. Le départ de VOG, après plus de dix ans d'opérations, pourrait dissuader d'autres compagnies juniors de s'implanter dans la région, par crainte de difficultés réglementaires ou de rentabilité. À l'inverse, l'arrivée d'acteurs locaux pourrait favoriser une meilleure intégration des projets énergétiques dans les stratégies nationales. Le Cameroun, qui dispose de réserves de gaz significatives, doit trouver un équilibre entre attractivité pour les investisseurs et contrôle souverain.

Cette transaction s'inscrit enfin dans une tendance plus large de recomposition du paysage énergétique ouest-africain. Les grands projets transfrontaliers, comme le gazoduc Nigéria-Maroc ou l'initiative GTA, redessinent les routes de l'énergie. Le Cameroun, avec son gaz à Douala, pourrait jouer un rôle de hub régional, à condition de moderniser ses infrastructures et de clarifier son cadre juridique. La reprise de GDC par des intérêts locaux, si elle s'accompagne d'une stratégie industrielle claire, pourrait être un premier pas vers cette ambition.

L'avenir dira si cette cession marque un tournant ou une simple transition. Les observateurs suivront de près les décisions de CHL concernant les investissements dans le champ de Logbaba et la maintenance des réseaux de distribution. Dans un contexte où la demande énergétique de la région augmente, chaque acteur du secteur extractif devient un maillon essentiel de la souveraineté énergétique régionale.

Au-delà du cas camerounais, cette cession illustre les fragilités des opérateurs intermédiaires en Afrique de l'Ouest, pris en étau entre les exigences des États et la concurrence des majors. Alors que les projets de gaz naturel se multiplient, la question de la pérennité des infrastructures existantes et de l'implication des capitaux locaux devient cruciale. Le Cameroun, comme d'autres pays, devra composer avec ces réalités pour bâtir une véritable indépendance énergétique.