Le Burkina Faso a produit 1,65 milliard de kWh d'électricité en 2025, soit une hausse de 17,13 % par rapport à 2024, selon le rapport d'activités de l'Autorité de régulation du secteur de l'énergie (ARSE) remis le 27 juillet 2026 au Premier ministre. Cette progression, l'une des plus fortes de la décennie, traduit les efforts consentis pour renforcer la sécurité énergétique du pays, alors que la demande intérieure est tirée par la démographie et l'urbanisation. Elle intervient dans un contexte régional où les États sahéliens cherchent à réduire leur dépendance aux importations et à consolider leur souveraineté énergétique, enjeu d'autant plus crucial que l'instabilité sécuritaire fragilise les approvisionnements.

Infographie — Énergie · Électricité

Le bond de la production électrique burkinabè en 2025 n'est pas un accident. Il résulte d'une stratégie volontariste de l'État, qui a multiplié les investissements dans les centrales thermiques et les énergies renouvelables. En 2024, le pays avait déjà enregistré une hausse de 8 %, mais le rythme s'accélère. Selon l'ARSE, le mix énergétique reste dominé par le thermique (fioul et gaz), mais la part du solaire progresse, soutenue par des projets comme la centrale de Zagtouli (33 MWc) et de nouvelles installations à Pâ et Kaya. Par ailleurs, des barrages hydroélectriques comme Kompienga et Bagré contribuent à la production, bien que leur rendement dépende des aléas climatiques.

Une dépendance régionale en voie de résorption

Le Burkina Faso importait encore environ 50 % de son électricité en 2020, principalement du Ghana et de la Côte d'Ivoire. Les récentes tensions politiques au sein de la CEDEAO, notamment la menace de sanctions contre le Niger, ont accru l'incertitude sur les flux transfrontaliers. La hausse de la production nationale permet de réduire cette vulnérabilité : en 2025, le pays a couvert 50 % de ses besoins par sa propre production, contre 43 % en 2024, selon des données officielles. Cette tendance est renforcée par le développement des infrastructures de transport, comme le projet de ligne à haute tension avec le Mali, dans le cadre de l'Alliance des États du Sahel (AES).

Des réformes pour soutenir le secteur

Au-delà des investissements physiques, le gouvernement a engagé des réformes juridiques et institutionnelles. La loi sur le secteur de l'énergie, votée en 2023, a créé un cadre propice aux partenariats public-privé et à l'installation d'opérateurs privés dans la production. L'ARSE a par ailleurs renforcé ses contrôles sur la qualité de service, ce qui se traduit par une réduction des délestages dans les grandes villes. Le rapport remis au Premier ministre souligne que ces réformes ont amélioré la transparence du secteur et la confiance des investisseurs.

Un contexte géopolitique porteur d'opportunités et de risques

La dynamique énergétique burkinabè s'inscrit dans un environnement régional en recomposition. L'AES, lancée avec le Mali et le Niger, vise à mutualiser les ressources énergétiques et à développer des projets communs. Le Burkina Faso, bien que moins doté en hydrocarbures que ses voisins, mise sur son potentiel solaire pour devenir un hub régional. Parallèlement, la stabilité politique reste une condition clé : le nouveau gouvernement de Mouhamadou Al Amine Lô, nommé au Sénégal en juin 2026, pourrait ouvrir des perspectives de coopération énergétique avec Dakar, longtemps partenaire historique.

Les limites d'une croissance encore fragile

Malgré ces progrès, la production nationale reste insuffisante face à une demande qui croît de 8 à 10 % par an. Le taux d'électrification rurale n'atteint que 25 %, et les entreprises industrielles continuent de subir des coupures. Par ailleurs, le coût de production électrique au Burkina Faso est parmi les plus élevés de la zone UEMOA, en raison de la dépendance aux importations de combustible. Sans une baisse significative des coûts, la compétitivité des industries locales en pâtit. Les pouvoirs publics tablent sur le développement des renouvelables pour inverser cette tendance, mais le financement des projets reste un défi.

La hausse de 17 % de la production électrique burkinabè en 2025 illustre une volonté politique de reprendre le contrôle de sa souveraineté énergétique dans un Sahel en pleine recomposition. Mais ce succès ne doit pas occulter les fragilités structurelles : une demande galopante, des coûts élevés et une dépendance persistante aux importations de combustibles fossiles. Alors que le rapport de l'ARSE est remis dans un contexte de mutation géopolitique régionale, l'enjeu pour Ouagadougou est de bâtir un mix durable et résilient, capable de soutenir à la fois les ambitions industrielles et la transition écologique.