Les trois pays sahéliens dirigés par des régimes militaires – Burkina Faso, Mali, Niger – viennent d'obtenir un important financement concessionnel de la part d'une institution de développement pour leurs secteurs électriques, comme le rapporte Africa Energy début juillet 2026. Cette bouffée d'oxygène intervient dans un contexte où leurs capacités d'attraction d'investissements privés restent limitées, et où les enjeux de souveraineté énergétique se mêlent aux dynamiques politiques régionales. L'annonce s'inscrit dans une séquence marquée, côté burkinabè, par la préparation d'un nouveau Document de stratégie pays avec la Banque africaine de développement et par un contentieux minier retentissant contre Franco-Nevada.

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Un contexte de fragilité énergétique et financière

Les trois États sahéliens partagent un paradoxe : riches en ressources minières et solaires, ils peinent à assurer un approvisionnement électrique stable à leurs populations et industries. Le taux d'électrification au Burkina Faso stagne autour de 20 %, tandis que le Mali et le Niger connaissent des déficits chroniques, aggravés par l'insécurité et la crise politique. Les régimes militaires en place depuis les coups d'État de 2020-2023 ont accentué la méfiance des investisseurs étrangers, historiquement réticents à s'engager dans des zones à risque sécuritaire et institutionnel élevé. Le financement concessionnel, bien que non détaillé, représente donc une bouffée d'oxygène : il permet de contourner les exigences de rentabilité immédiate des marchés financiers et d'initier des projets structurants, notamment dans les énergies renouvelables et les interconnexions.

Les leçons du contentieux minier burkinabè

La récente décision du tribunal de commerce de Ouagadougou annulant l'accord d'achat d'or entre Franco-Nevada et Riverstone Karma illustre un resserrement du contrôle étatique sur les ressources extractives. En ordonnant le paiement de 5,2 milliards de francs CFA, la justice burkinabè envoie un signal fort aux compagnies minières – souvent perçues comme bénéficiant de conditions trop favorables. Ce jugement pourrait indirectement renforcer la capacité de l'État à financer son développement énergétique, en récupérant une part plus importante des revenus miniers. Cependant, il risque aussi de décourager de nouveaux investissements dans le secteur aurifère, pilier des exportations et des recettes fiscales. La tension entre souveraineté juridique et attractivité économique reste au cœur des défis sahéliens.

Le rôle des institutions multilatérales

La préparation du Document de stratégie pays 2027-2031 du Burkina Faso avec la Banque africaine de développement, évoquée en juin 2026, suggère que cet appui financier s'inscrit dans un cadre plus large de coopération. Les institutions de développement, moins sensibles aux risques politiques que les investisseurs privés, apparaissent comme des partenaires privilégiés pour les régimes militaires. Le financement concessionnel pour l'électricité pourrait transiter par la BAD, la Banque mondiale ou d'autres fonds verts, avec des conditionnalités probablement liées à la gouvernance et à la transition énergétique. Cette dépendance aux bailleurs multilatéraux interroge pourtant la souveraineté énergétique revendiquée par les juntes, qui avaient promis de rompre avec les chaînes de la dépendance.

Vers une intégration régionale sous tension

L'initiative intervient alors que les trois pays tentent de renforcer leur coopération au sein de l'Alliance des États du Sahel (AES), créée en 2023. Une mutualisation des infrastructures électriques – lignes haute tension, centrales solaires – pourrait optimiser les coûts et réduire la vulnérabilité aux chocs. Toutefois, le financement extérieur, surtout s'il provient d'une institution comme la BAD (basée à Abidjan), ravive les suspicions de néocolonialisme économique. Le Mali et le Niger ont multiplié les discours anti-occidentaux ; accepter des fonds conditionnés par des réformes pourrait affaiblir leur crédibilité politique. Le pari est donc délicat : saisir l'opportunité sans paraître renoncer à l'indépendance.

Des dividendes énergétiques pour la paix ?

Au-delà des aspects économiques, l'électrification des zones rurales et périurbaines est un enjeu de stabilité. Les régions du Sahel, fortement touchées par les groupes armés, souffrent d'un déficit de services publics. Améliorer l'accès à l'électricité pourrait contribuer à restaurer la confiance dans l'État et à offrir des alternatives aux populations vulnérables. Les projets solaires décentralisés, moins coûteux et plus rapides à déployer que les grands barrages, pourraient devenir des vecteurs de résilience. Le financement concessionnel, s'il est bien ciblé, aurait donc un impact sécuritaire indirect, en réduisant les inégalités territoriales.

Les ambiguïtés d'un succès annoncé

Néanmoins, la transparence sur l'origine et les modalités du financement reste cruciale. Les régimes militaires ont souvent une gestion opaque des ressources, comme l'ont montré les détournements présumés dans les filières aurifères. Les bailleurs de fonds devront exiger des mécanismes de contrôle robustes pour éviter que cette manne ne soit détournée. Par ailleurs, le choix des priorités d'investissement – centrales thermiques coûteuses en devises ou renouvelables locales – déterminera la soutenabilité à long terme. Le risque d'une dépendance aux hydrocarbures importés n'est pas écarté, surtout si les régimes privilégient des solutions rapides au détriment de la transition énergétique.

Au-delà des trois pays, cette initiative pourrait inspirer d'autres États ouest-africains confrontés à des difficultés similaires de financement de l'électricité. Elle révèle surtout un nouveau paradigme : dans un Sahel fragmenté et sous sanctions, les institutions multilatérales restent les seuls acteurs capables d'insuffler des capitaux à long terme, mais au prix d'un équilibre délicat entre ingérence et assistance. La souveraineté énergétique des juntes se joue moins dans les discours que dans leur capacité à transformer cet argent en électricité pour les citoyens, sans hypothéquer leur indépendance politique.