L’Africa Finance Corporation (AFC) a octroyé un premier financement de 60 millions de dollars pour la construction de la plus grande centrale électrique du Burkina Faso, un projet de 119 MW porté par le turc Aksa Enerji. Alors que 60 % de l’électricité consommée dans le pays provient de l’importation et que seulement 20 % de la population a accès au réseau, cette infrastructure vise à inverser une dépendance énergétique lourde de conséquences économiques et politiques. Le projet, dont la mise en service est attendue en 2027, s’inscrit dans une dynamique régionale où plusieurs États ouest-africains cherchent à réduire leur vulnérabilité énergétique, souvent exploitée comme levier géopolitique.

Infographie — Énergie · Électricité

L’annonce faite par l’AFC le 13 juillet 2026 constitue une étape majeure pour le Burkina Faso, pays sahélien confronté à une crise sécuritaire et économique persistante. La centrale de 119 MW, développée par l’énergéticien turc Aksa Enerji, devrait entrer en service en 2027 et permettra de réduire de plus de moitié les importations d’électricité, selon l’institution financière. Ce chiffre est crucial : aujourd’hui, près de 60 % de l’électricité burkinabè est importée des pays voisins – principalement du Ghana et de la Côte d’Ivoire – ce qui expose le pays à des ruptures d’approvisionnement et à des coûts élevés, particulièrement préjudiciables pour les entreprises et les ménages.

Le financement total de 300 millions de dollars, dont la première tranche de 60 millions vient d’être débloquée, marque le premier investissement de l’AFC au Burkina Faso. Créée en 2007, l’institution panafricaine a déjà investi plus de 19 milliards de dollars dans 36 pays, avec un focus sur les infrastructures énergétiques, de transport et de télécommunications. Son engagement aux côtés d’Aksa Enerji n’est pas isolé : en 2025, l’AFC avait déjà financé des projets du même opérateur au Sénégal et au Ghana, consolidant un partenariat stratégique dans le secteur électrique ouest-africain.

Au-delà de l’aspect technique, ce projet soulève des enjeux de souveraineté. La dépendance aux importations d’électricité place le Burkina Faso dans une position de vulnérabilité, d’autant plus que les tensions géopolitiques dans la région – notamment avec le retrait du Mali, du Burkina et du Niger de la CEDEAO – pourraient compliquer les accords d’échange d’énergie. En réduisant sa dépendance, Ouagadougou cherche à sécuriser son approvisionnement et à atténuer l’impact des fluctuations régionales. La centrale, qui utilisera vraisemblablement du gaz ou du fioul (Aksa Enerji est spécialiste du thermique), offre également une flexibilité opérationnelle dans un contexte où les énergies renouvelables, bien que promues, peinent encore à assurer une base stable.

Ce projet intervient alors que le taux d’électrification du Burkina Faso reste l’un des plus faibles d’Afrique de l’Ouest, avec seulement 20 % de la population connectée. L’accès à l’électricité est un frein majeur au développement industriel et à la création d’emplois, surtout dans un pays qui mise sur l’exploitation aurifère pour ses revenus. L’or représente environ 70 % des exportations du Burkina, mais l’extraction minière nécessite une énergie fiable et abordable. La centrale pourrait donc avoir un effet catalyseur sur le secteur minier, tout en améliorant les conditions de vie des populations urbaines et périurbaines.

La présence d’Aksa Enerji, une entreprise turque, illustre également l’évolution des partenariats énergétiques en Afrique de l’Ouest. Alors que les financements chinois et occidentaux se font parfois plus sélectifs, des acteurs comme la Turquie ou les institutions panafricaines (AFC, BAD) gagnent du terrain. Ce glissement reflète une recherche de diversification des sources de financement et d’expertise, mais aussi une volonté des États africains de s’affranchir des conditionnalités traditionnelles.

Enfin, ce projet s’inscrit dans une tendance plus large de montée en puissance des producteurs indépendants d’électricité (IPP) en Afrique de l’Ouest. Le modèle IPP, porté par des entreprises comme Aksa Enerji, permet de mobiliser des capitaux privés pour des infrastructures publiques, tout en transférant une partie des risques techniques et financiers. Pour le Burkina Faso, qui peine à attirer les investissements directs étrangers en raison de l’insécurité, ce schéma offre une voie pragmatique pour accélérer l’accès à l’énergie.

L’impact à long terme dépendra toutefois de la capacité du pays à entretenir et à exploiter cette infrastructure dans un environnement instable. La centrale, prévue pour 2027, devra aussi s’intégrer dans un réseau électrique vieillissant et souvent sujet à des coupures. L’AFC mise sur un effet d’entraînement : une électricité plus abondante et moins chère devrait stimuler l’investissement privé, créer des emplois et, in fine, renforcer la résilience économique du Burkina Faso.

Ce projet illustre une dynamique régionale où la souveraineté énergétique devient un impératif stratégique, face à une demande croissante et à des dépendances héritées de la colonisation. Mais au-delà du Burkina, c’est tout le Sahel qui cherche à sécuriser son approvisionnement électrique, souvent entravé par l’insécurité et le sous-investissement. L’AFC, en jouant le rôle de catalyseur, pose une question centrale : les modèles de financement actuels permettront-ils d’atteindre l’électrification universelle d’ici 2030, ou ne feront-ils que colmater les brèches d’un système encore fragile ?