Le 8 juillet 2026, le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov a rencontré à Niamey le président Abdourahamane Tchiani, dans le cadre de la seconde réunion ministérielle Russie-Confédération des États du Sahel. Cette visite, qui coïncide avec la réouverture de l'ambassade russe dans la capitale nigérienne, intervient dans un contexte de tensions persistantes avec la France sur les conditions d'exploitation de l'uranium et de reports d'investissements étrangers. Elle marque une étape supplémentaire dans la recomposition des alliances extractives au Sahel.

Infographie — Uranium · Niger

La visite de Sergueï Lavrov à Niamey, la première d'un chef de la diplomatie russe depuis le coup d'État de juillet 2023, officialise un rapprochement amorcé dès les premières semaines du nouveau régime. Les discussions ont porté sur le renforcement de la coopération bilatérale dans les domaines du commerce, de l'investissement et du minier, secteur clé d'une économie nigérienne qui repose à 5 % sur la production mondiale d'uranium. L'accent mis sur la souveraineté et la dénonciation des « pratiques néocoloniales » vise directement le modèle d'exploitation français historique, que Niamey juge déséquilibré.

Un contexte minier sous pression

Le rendez-vous diplomatique s'inscrit dans un environnement minier tendu. Depuis plusieurs mois, les projets d'extension et de nouveaux développements peinent à se concrétiser. La société canadienne Global Atomic a ainsi annoncé en mai 2026 le report à 2028 des premières livraisons de son projet Dasa, dans la région d'Agadez, invoquant des difficultés de financement et des incertitudes réglementaires. Parallèlement, des mouvements sociaux ont émergé, comme la marche du 14 mai à Tillabéri, où les « Forces vives de la région du fleuve » ont exprimé leurs inquiétudes quant à la répartition des retombées minières et à la dégradation environnementale.

L'ombre de la France et la quête de nouveaux partenaires

La visite de Lavrov intervient aussi au moment où les contentieux avec la France s'aggravent. Niamey accuse Paris d'avoir conclu des accords d'approvisionnement en uranium à des conditions défavorables sous l'ancien président Mohamed Bazoum. Orano, héritière d'Areva, continue d'exploiter les mines d'Arlit et d'Imouraren, mais le climat des affaires s'est dégradé. La Russie, via Rosatom, se présente comme une alternative crédible, forte de son expérience dans le nucléaire civil et militaire. Les deux parties ont également évoqué la préparation du 3e sommet Russie-Afrique prévu fin octobre à Moscou, qui pourrait consacrer un nouvel agenda extractif.

Dynamiques régionales et multipolarité

Les discussions n'ont pas seulement concerné le bilatéral. En marge de la réunion, Lavrov et Tchiani ont réaffirmé leur soutien à une architecture de sécurité régionale pilotée par la Confédération des États du Sahel (CES), alliance qui regroupe le Mali, le Burkina Faso et le Niger. Cette coordination sécuritaire est présentée comme le pendant nécessaire de la souveraineté économique. La Russie, déjà engagée militairement via Africa Corps (ex-Wagner), étend désormais son offre politique et économique, offrant aux régimes sahéliens une voie de rupture avec les anciennes puissances coloniales.

Enjeux de revenus et de souveraineté énergétique

Pour le Niger, la transformation de l'uranium en levier de développement reste un défi. Le pays exporte quasi exclusivement du minerai brut, ne captant qu'une faible part de la valeur ajoutée. La coopération avec Moscou pourrait inclure des projets de conversion locale, voire de construction de centrales nucléaires, comme l'a évoqué Rosatom dans le passé. Mais les besoins en capitaux et en technologies sont immenses. La visite de Lavrov n'a pas donné de détails concrets sur de nouveaux investissements ; elle consacre surtout un alignement politique. La Russie, de son côté, sécurise un accès à une ressource stratégique dans un marché mondial de l'uranium marqué par une demande croissante liée à la relance du nucléaire en Asie et en Europe.

L'évolution temporelle : des promesses à la réalité

En mai 2026, les informations disponibles suggéraient une montée des tensions sociales et des incertitudes sur les projets miniers. Trois mois plus tard, la visite de Lavrov semble vouloir répondre à ces fragilités en offrant une alternative politique et économique. Toutefois, l'histoire récente des partenariats russes en Afrique montre que les annonces diplomatiques ne se traduisent pas toujours par des investissements tangibles. Le report du projet Dasa par Global Atomic illustre les difficultés d'attirer des financements dans un contexte de sanctions et d'instabilité sécuritaire. Le véritable test pour le Niger sera de transformer cette solidarité affichée en contrats d'exploitation concrets, tout en répondant aux attentes de sa population.

Au-delà du seul dossier nigérien, la visite de Lavrov illustre une recomposition plus large des relations extractives dans le Sahel. La multipolarité promise par la Russie et ses alliés de la CES se heurte à la réalité des marchés financiers et des exigences de rentabilité. L'issue de ce bras de force entre anciens et nouveaux partenaires déterminera en grande partie la capacité des États sahéliens à faire de leurs ressources souterraines un levier de développement durable et souverain.