La Banque des États de l'Afrique centrale (BEAC) a servi l'intégralité des 700 milliards FCFA mis en adjudication le 18 août 2026, mais la demande des banques a atteint 851,1 milliards FCFA, soit un taux de souscription de 121,59 %. Ce déséquilibre, conjugué à un taux marginal de 4,90 % et à un taux interbancaire à 6,48 %, révèle des tensions de liquidité persistantes dans la zone CEMAC. Alors que l'UEMOA s'interroge sur sa propre politique monétaire, ce précédent régional éclaire les défis communs aux deux zones franc.
Refinancement BEAC : la sursouscription révèle des tensions de liquidité persistantes en CEMAC
La Banque des États de l'Afrique centrale a servi l'intégralité des 700 milliards FCFA mis en adjudication, mais la demande des banques a atteint 851,1 milliards FCFA, soit un taux de souscription de 121,59 %. Ce déséquilibre, conjugué à un taux marginal de 4,90 % et à un taux interbancaire à 6,48 %, révèle des tensions de liquidité persistantes dans la zone CEMAC.
Alors que l'UEMOA s'interroge sur sa propre politique monétaire, ce précédent régional éclaire les défis communs aux deux zones franc. La CEMAC fait face à des tensions de liquidité persistantes, tandis que l'UEMOA observe des dynamiques comparables.
Source : BEAC, adjudication du 18 août 2026 · Données macroéconomiques : Banque mondiale. Infographie Cauris.
L'adjudication du 18 août 2026 de la BEAC, d'un montant de 700 milliards FCFA, a été intégralement servie, mais l'opération a mis en lumière un appétit nettement supérieur des banques de la sous-région. Les quinze établissements participants ont soumis trente-quatre offres pour un total de 851,1 milliards FCFA, portant le taux de souscription à 121,59 %. Autrement dit, pour chaque franc CFA proposé par la banque centrale, les banques ont demandé plus de 1,21 FCFA. Ce déséquilibre entre l'offre et la demande traduit un besoin de liquidité persistant au sein du système bancaire régional, que l'adjudication ne parvient que partiellement à combler.
Ce besoin se paie logiquement plus cher qu'à l'accoutumée. Les banques ont proposé des taux allant de 4,80 % à 5 %, et la BEAC a fini par servir la demande à un taux marginal de 4,90 %, avec une moyenne pondérée de 4,94 %. Soit près d'un demi-point au-dessus du taux de base de 4,50 %, preuve que les liquidités se font rares et que les banques sont prêtes à payer plus cher pour se les procurer. Cette tension se retrouve également sur le marché interbancaire : le taux interbancaire (TIMP) à 7 jours atteint 6,48 %, très au-dessus du taux de base de la BEAC (4,50 %) et même au-dessus du taux de sa facilité de prêt marginal (5,75 %). Autrement dit, emprunter entre banques coûte plus cher que d'emprunter directement à la banque centrale, ce qui pousse logiquement les établissements à privilégier ce type d'adjudication plutôt que le marché interbancaire.
Un précédent qui éclaire la situation de l'UEMOA
Ce constat, s'il concerne la CEMAC, n'est pas sans écho pour l'UEMOA. La politique monétaire de la BCEAO, qui doit statuer sur son taux directeur le 26 août 2026, fait face à des défis similaires : une inflation qui, bien que modérée, reste au-dessus des objectifs, et des besoins de financement des économies qui pèsent sur les banques. La sursouscription observée à la BEAC montre que les banques centrales de la zone franc, malgré des dispositifs d'injection de liquidités, peinent à répondre à une demande structurellement forte. Ce phénomène s'explique par la faiblesse de l'épargne intérieure, la prédominance des dépôts à court terme et une intermédiation financière encore peu développée.
La BCEAO, pour sa part, a maintenu son taux directeur à 3,50 % lors de sa dernière réunion, mais les tensions sur le marché interbancaire de l'UEMOA, bien que moins aiguës qu'en CEMAC, suggèrent que les banques de la zone pourraient être confrontées à des pressions similaires si la conjoncture se dégrade. Le taux interbancaire moyen (TIMA) dans l'UEMOA s'établit autour de 3,80 %, soit un écart de 30 points de base avec le taux directeur, un niveau qui reste modéré mais qui pourrait se creuser si les banques centrales resserrent leur politique.
Des dynamiques de taux qui interrogent
L'écart entre le taux marginal de 4,90 % et le taux de base de 4,50 % à la BEAC est un signal fort : il indique que les banques sont prêtes à payer plus cher pour obtenir des liquidités, ce qui reflète une certaine urgence. Ce phénomène est d'autant plus remarquable que la BEAC a, par le passé, souvent servi des montants inférieurs à la demande, mais rarement avec un tel écart de taux. Cette situation s'explique par la conjonction de plusieurs facteurs : une activité économique en reprise qui accroît les besoins de financement, une fuite des capitaux vers les marchés internationaux, et une gestion de la dette publique qui absorbe une part croissante des liquidités bancaires.
Dans l'UEMOA, la situation est moins tendue, mais la BCEAO doit surveiller de près l'évolution du crédit à l'économie. Selon les dernières données de la banque centrale, la croissance du crédit au secteur privé a atteint 8,5 % en glissement annuel au premier semestre 2026, un rythme soutenu qui pourrait exercer des pressions sur les réserves de change et, à terme, sur le taux de change du franc CFA. La stabilité du franc CFA, garantie par le mécanisme de change fixe avec l'euro, repose en effet sur la solidité des réserves de change, qui dépendent elles-mêmes de la compétitivité des économies et de la discipline budgétaire.
Une perspective géopolitique et régionale
Au-delà des aspects techniques, cette adjudication révèle une réalité plus large : les banques centrales de la zone franc, qu'elles soient à Dakar ou à Yaoundé, doivent naviguer entre des impératifs de stabilité monétaire et des besoins de financement croissants de leurs économies. La pression est d'autant plus forte que les États membres, confrontés à des déficits budgétaires et à des dettes publiques élevées, se tournent de plus en plus vers les banques locales pour se financer, ce qui réduit les marges de manœuvre des banques commerciales pour prêter au secteur privé.
La récente décision de la BEAC de maintenir son taux de base à 4,50 % tout en acceptant un taux marginal plus élevé peut être interprétée comme une tentative de concilier ces objectifs : soutenir l'activité économique tout en laissant le marché exprimer ses tensions. Dans l'UEMOA, la BCEAO pourrait être tentée de suivre une approche similaire, mais elle devra veiller à ne pas laisser les taux interbancaires s'écarter trop de son taux directeur, sous peine de fragiliser la transmission de la politique monétaire.
L'évolution de la situation en CEMAC, où la BEAC a déjà procédé à plusieurs adjudications de ce type au cours des derniers mois, montre que ces tensions ne sont pas conjoncturelles mais structurelles. Selon les données de la banque centrale, le besoin de refinancement des banques de la zone a augmenté de 15 % en moyenne sur les douze derniers mois, une tendance qui pourrait s'accentuer si les cours des matières premières, principale source de devises de la région, venaient à baisser.
Cette adjudication de la BEAC, au-delà de son aspect technique, met en lumière les fragilités structurelles des systèmes bancaires de la zone franc. Alors que la BCEAO s'apprête à rendre sa décision de politique monétaire, elle devra intégrer ces signaux : la demande de liquidités des banques reflète à la fois une activité économique en reprise et une dépendance accrue aux injections de la banque centrale. La question de la stabilité du franc CFA, adossé à l'euro, se pose donc avec une acuité nouvelle, dans un contexte où les marges de manœuvre des banques centrales sont limitées par des réserves de change parfois insuffisantes. Les prochains mois seront décisifs pour observer si les tensions actuelles sont le prélude à une réforme plus profonde des mécanismes de refinancement ou si elles se résorbent au gré de la conjoncture.