Avec un encours de 15 416 milliards de FCFA fin mars 2026, le Cameroun affiche un ratio dette/PIB de 44,3 %, bien en deçà du plafond communautaire de 70 %. Pourtant, la Caisse autonome d'amortissement qualifie le risque de surendettement d'« élevé », en raison de la pression du service de la dette extérieure sur les recettes d'exportation. Ce paradoxe, loin d'être isolé, met en lumière les tensions auxquelles sont confrontés plusieurs États de l'Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA) et de la CEMAC, entre contrainte de liquidité externe et resserrement monétaire régional.

Infographie — Obligations souveraines

Le chiffre avancé par la Caisse autonome d'amortissement (CAA) du Cameroun interpelle par sa double lecture. D'un côté, un ratio dette/PIB de 44,3 % place le pays loin du seuil d'alerte de 70 %, une performance apparente qui pourrait rassurer les investisseurs. De l'autre, la même institution alerte sur un risque de surendettement élevé, car le service de la dette extérieure dépasse durablement le seuil de viabilité par rapport aux recettes d'exportation. Cette contradiction apparente est le signe d'une réalité plus complexe : la soutenabilité de la dette ne se résume pas à un ratio brut, mais dépend de la capacité d'un pays à générer des devises pour honorer ses échéances. Le Cameroun, comme plusieurs de ses voisins, subit une contrainte de liquidité externe qui limite sa marge de manœuvre, même avec un endettement global modéré.

Cette analyse trouve un écho direct dans les dynamiques observées en Afrique de l'Ouest. Le Sénégal, par exemple, a vu son accès aux euro-obligations se tarir après la révision de ses données budgétaires en 2024. Pour compenser, il s'est tourné massivement vers le marché régional de l'UEMOA, absorbant une part croissante de l'épargne locale. Cette stratégie expose le pays à un risque de refinancement en cas de resserrement des conditions monétaires au sein de la zone. De son côté, le Ghana vient de conclure officiellement son programme de facilité élargie de crédit du FMI, mais son ratio dette/PIB reste supérieur à 80 %, illustrant la diversité des trajectoires dans la région.

Le cas camerounais s'inscrit dans un contexte régional de hausse des besoins de financement. Dans l'UEMOA, les gouvernements augmentent leurs dépenses d'infrastructure et sociales, ce qui accroît la demande de crédit. Parallèlement, l'inflation régionale a atteint 15,7 % en avril 2026, intensifiant la pression sur la Banque centrale des États de l'Afrique de l'Ouest (BCEAO) pour qu'elle resserre sa politique monétaire. Son taux directeur, actuellement à 3,5 %, pourrait devoir être relevé si l'inflation persiste. Une telle mesure augmenterait le coût du service de la dette pour tous les États membres, ralentirait l'activité économique et compliquerait l'accès au crédit pour le secteur privé.

L'effet d'éviction sur le crédit privé Au Cameroun, la part de l'État dans les prêts bancaires domestiques a augmenté, réduisant les fonds disponibles pour les entreprises. Ce phénomène d'éviction se reproduit dans plusieurs pays de l'UEMOA, où la demande de titres publics absorbe une part croissante de l'épargne locale. Or, le déficit d'infrastructures de 118 milliards de dollars en Afrique de l'Ouest, souligné par le Consortium pour les infrastructures en Afrique, montre que les besoins de financement resteront élevés. La BCEAO doit donc arbitrer entre le soutien à la croissance et la maîtrise de l'inflation, dans un environnement où les marges de manœuvre sont réduites par la défense de la parité du franc CFA avec l'euro.

Le paradoxe de la dette camerounaise révèle ainsi une fragilité systémique au sein de la zone CFA. La soutenabilité apparente des ratios d'endettement masque des vulnérabilités de liquidité externe et des contraintes monétaires qui pourraient se cumuler en cas de choc. Alors que le Sénégal et la Côte d'Ivoire creusent leurs déficits, la question de la coordination budgétaire dans une union monétaire devient centrale.

Ce faisceau de tensions pose une question stratégique pour les autorités monétaires et budgétaires de la zone : comment concilier la nécessaire discipline monétaire commune avec des situations nationales hétérogènes, où la marge d'endettement théorique ne reflète pas la réalité des contraintes de change ?

Données de référence : Croissance du PIB réel : 6.5% (FMI) · Croissance du PIB réel : 6.5% (FMI) · Croissance du PIB réel : 6.5% (FMI) · Inflation : 0.1% (FMI)