Dans une note diffusée fin avril, S&P Global Ratings classe le Cameroun parmi les souverains africains les moins exposés au conflit au Moyen-Orient. Pourtant, le véritable risque pour Yaoundé – et par extension pour les États de la zone CFA – réside dans la transmission indirecte via le renchérissement du crédit et la volatilité des marchés. Cette situation révèle les limites du système de change fixe face à des chocs globaux qui contraignent la politique monétaire et fragilisent les équilibres budgétaires.

Le diagnostic de S&P sur le Cameroun met en lumière un paradoxe propre aux économies pétrolières de la zone CFA. Si l’exposition directe de Yaoundé au commerce avec le Moyen-Orient est marginale (5 % des importations totales), l’agence rappelle que le canal principal de contagion est financier : la hausse de l’aversion au risque sur les marchés internationaux se traduit par des primes de risque plus élevées pour les émetteurs africains, y compris ceux de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA). Ce mécanisme est d’autant plus préoccupant que les États de la zone partagent une contrainte commune : l’ancrage du franc CFA à l’euro limite leur capacité à ajuster leur politique monétaire pour amortir les chocs.

Au Cameroun, les chiffres du FMI confirment la pression : le déficit primaire hors pétrole a atteint 2,6 % du PIB en 2025, presque le double de la cible, tandis que le service de la dette a absorbé 37 % des recettes budgétaires. Cette situation n’est pas isolée. Dans l’UEMOA, plusieurs pays – Côte d’Ivoire, Sénégal, Burkina Faso – voient leurs indicateurs de soutenabilité de la dette se dégrader sous l’effet conjugué de la baisse des cours des matières premières, de la hausse des taux d’intérêt mondiaux et de la faiblesse des recettes fiscales. La note de S&P, bien que centrée sur le Cameroun, offre ainsi un révélateur des tensions qui traversent l’ensemble de la zone CFA.

La politique monétaire de la BCEAO, contrainte par le taux de change fixe, ne dispose que de marges étroites pour réagir. Le taux d’intérêt directeur, actuellement à 3,50 %, n’a que peu d’effet sur les conditions de financement externes, alors que les euro-obligations des États ouest-africains subissent une prime de risque croissante. Pour les emprunteurs souverains, le coût du service de la dette devient un poste budgétaire rigide, qui rogne les marges pour les dépenses sociales et d’investissement. La Banque centrale se trouve en outre confrontée à un dilemme : relever ses taux pour défendre le franc CFA face à des pressions spéculatives, ou les maintenir bas pour soutenir l’activité économique, mais au risque d’éroder les réserves de change.

Le cas camerounais illustre également l’impact des variations des prix du pétrole sur la balance des paiements et la liquidité bancaire. En tant qu’exportateur net, le Cameroun bénéficie d’une amélioration de ses termes de l’échange en cas de hausse des cours, mais la volatilité des revenus pétroliers complique la gestion budgétaire et la planification de la dette. Dans l’UEMOA, des mécanismes de stabilisation comme le Fonds de réserve des États membres (FREM) existent, mais leur taille est insuffisante face à l’ampleur des chocs potentiels. La dépendance aux financements extérieurs, notamment via les marchés obligataires internationaux, expose les États à des retournements soudains de confiance.

Au-delà du cas particulier du Cameroun, c’est l’architecture même de la zone CFA qui est interrogée par ces tensions. La capacité des autorités monétaires à préserver la stabilité du franc CFA tout en garantissant des conditions de financement acceptables pour les États souverains est mise à l’épreuve. Alors que les discussions sur une réforme monétaire en Afrique de l’Ouest progressent lentement, la réalité des marchés obligataires impose une réflexion urgente sur la soutenabilité de la dette et le rôle des banques centrales dans un environnement global incertain.