Le 24 août 2026, le Parlement de la Confédération des États du Sahel (AES) a tenu sa première session à Niamey, concrétisant une étape décisive dans la construction institutionnelle de l'alliance regroupant le Burkina Faso, le Mali et le Niger. Cette avancée intervient alors que les trois pays cherchent à diversifier leurs partenariats, comme en témoigne la rencontre le même jour à Alger entre le Premier ministre malien et le président Tebboune. L'AES confirme ainsi sa trajectoire : après la Charte du Liptako-Gourma (2023) et la transformation en Confédération (2024), elle se dote désormais d'organes représentatifs, tout en tissant de nouvelles alliances diplomatiques qui redessinent la géopolitique régionale.

Infographie — AES · Géopolitique monétaire

L'ouverture de la session parlementaire à Niamey marque un tournant dans l'histoire de l'AES. Avec 45 députés confédéraux, cette institution vient compléter un édifice qui comptait déjà le Collège des chefs d'État et le Conseil des ministres. Ce faisant, l'alliance se dote d'une légitimité populaire, essentielle pour ancrer le projet dans les sociétés sahéliennes. Ce choix de la représentation, plutôt que d'une simple coopération intergouvernementale, révèle une ambition : celle de construire un espace politique intégré, et non une simple zone de libre-échange. Les priorités affichées — défense, sécurité, développement, diplomatie — indiquent une vision globale, où la souveraineté retrouvée doit s'incarner dans des institutions pérennes.

Cette dynamique institutionnelle s'accompagne d'une réorientation diplomatique notable. Le 24 août, à Alger, le Premier ministre malien et le président algérien ont affiché leur détermination à faire de leur région une « oasis de paix », selon les termes rapportés. Cette rencontre, qui intervient après des années de relations tendues entre Bamako et Alger, illustre une recomposition des alliances au Sahel. L'Algérie, historiquement impliquée dans la médiation au Mali, cherche à renforcer son rôle face à l'influence croissante d'autres puissances, notamment la Russie. Pour le Mali, ce rapprochement offre une alternative diplomatique et économique, tout en consolidant son ancrage régional.

Cette double évolution — approfondissement interne et diversification externe — s'inscrit dans un contexte plus large de défiance vis-à-vis des institutions régionales traditionnelles. La CEDEAO, dont le Sénégal s'apprête à prendre la présidence tournante, peine à renouer le dialogue avec les trois pays membres de l'AES, qui ont quitté l'organisation en janvier 2025. Le retrait, effectif après une période de transition, a laissé un vide que l'AES s'emploie à combler. Le Parlement confédéral pourrait ainsi devenir un pôle d'attraction pour d'autres États sahéliens, comme la Mauritanie ou le Tchad, qui observent avec intérêt cette expérience.

Sur le plan économique, l'AES cherche à affirmer son autonomie. La création d'une banque d'investissement et d'un fonds de stabilisation, évoquée lors des sommets précédents, est en cours de concrétisation. Cependant, les défis restent immenses : la question monétaire demeure un point sensible. Les trois pays sont toujours membres de l'UEMOA et utilisent le franc CFA, émis par la BCEAO. Or, la volonté de souveraineté monétaire se heurte à la réalité des équilibres macroéconomiques. Le taux directeur de la BCEAO, maintenu à un niveau élevé pour lutter contre l'inflation dans la zone UEMOA, pèse sur le financement des économies sahéliennes. Une sortie de la monnaie commune, souvent évoquée, aurait des conséquences majeures sur les échanges et la stabilité financière. Le Parlement confédéral pourrait devenir le lieu où ces questions sensibles seront débattues, même si les décisions relèvent des chefs d'État.

L'architecture institutionnelle de l'AES, en se renforçant, pourrait également influencer les négociations avec les partenaires extérieurs. L'Union européenne, les États-Unis et la Chine suivent de près l'évolution de cette alliance, qui contrôle des ressources minières stratégiques, notamment l'or et l'uranium. Le Mali, deuxième producteur d'or en Afrique de l'Ouest, a vu sa production augmenter malgré l'instabilité, et les investissements chinois et russes se multiplient. La création d'un Parlement pourrait faciliter la ratification d'accords commerciaux et d'investissement, offrant un cadre juridique plus stable. À cet égard, la coopération avec le Maroc, qui développe des projets dans la région, pourrait être renforcée, comme l'évoquent les récentes discussions sur les mines et la production aurifère.

Enfin, cette consolidation institutionnelle intervient dans un contexte de crise humanitaire aiguë. Le forum humanitaire de l'AES, organisé à Bamako en juillet 2026, a mis en lumière le sous-financement des besoins urgents. Le Parlement confédéral pourrait jouer un rôle clé dans la mobilisation des ressources et la coordination de l'aide, en donnant une voix aux populations affectées. La légitimité démocratique de cette institution sera cruciale pour convaincre les bailleurs de fonds internationaux, qui exigent des garanties de bonne gouvernance. L'avenir de l'AES se jouera donc autant dans les couloirs des ministères que dans les salles de réunion des organisations humanitaires.

L'émergence du Parlement confédéral de l'AES, couplée au rapprochement avec Alger, marque une nouvelle phase dans la construction d'un espace sahélien souverain. Toutefois, cette dynamique soulève des questions fondamentales sur la viabilité économique et monétaire d'une alliance qui se veut autonome. Alors que la CEDEAO cherche à se réinventer et que les puissances extérieures redéfinissent leurs stratégies, l'AES devra prouver sa capacité à offrir une alternative concrète en matière de développement et de stabilité. La réussite de ce pari dépendra de la capacité des trois États à transformer leur volonté politique en réalisations tangibles, et à trouver un équilibre entre souveraineté et interdépendance dans une région où les crises transcendent les frontières.

Vérification : Le Mali est le troisième producteur d'or en Afrique de l'Ouest, derrière le Ghana et le Burkina Faso. · Le forum humanitaire de l'AES s'est tenu à Bamako en juillet 2025, pas en 2026.