Le Parlement confédéral de l'Alliance des États du Sahel (AES) a franchi une étape décisive ce mardi 25 août 2026 à Niamey. Les 45 députés du Burkina Faso, du Mali et du Niger ont adopté leur règlement intérieur et créé trois commissions permanentes — Défense, Diplomatie, Développement — structurant durablement l'institution. Cette avancée confirme la dynamique d'intégration accélérée de la confédération, qui se dote progressivement de tous les attributs d'un État fédéral, dans un contexte de rupture avec la CEDEAO.

Infographie — Économie · Afrique de l'Ouest

Une institution qui se matérialise

La séance plénière de Niamey, présidée par Dr Ousmane Bougouma, a validé le texte fondateur régissant le fonctionnement des sessions confédérales, conformément à la charte du Liptako-Gourma et au traité instituant la Confédération. La création des trois commissions, reflet des « trois D » (Défense, Diplomatie, Développement), reprend au niveau parlementaire l'organisation déjà en place dans les commissions nationales. Cette architecture tripartite vise à répartir le contrôle et l'examen des politiques confédérales entre les axes jugés prioritaires par les chefs d'État depuis 2024.

Ce qui frappe, c'est la rapidité avec laquelle l'AES construit ses institutions. En à peine deux ans, la confédération est passée d'un traité de défense mutuelle à un embryon d'État intégré, avec un parlement, des commissions, et des projets concrets comme le Salon confédéral de l'Emploi annoncé en juin 2026. Cette accélération contraste avec la lenteur des processus d'intégration classiques en Afrique de l'Ouest.

Une logique de rupture et de souveraineté

Cette structuration s'inscrit dans une dynamique de rupture assumée avec la CEDEAO. Depuis le retrait des trois pays en janvier 2025, l'AES développe ses propres mécanismes de coopération, notamment dans les domaines de la défense et de la diplomatie. Les récentes tensions avec l'Union européenne, évoquées lors de la réunion des présidents de parlements à Ouagadougou le 29 juin, illustrent la volonté de ces États de mener des politiques souveraines, y compris dans la gestion de leurs ressources naturelles.

La création de ces commissions parlementaires n'est pas un simple exercice procédural. Elle donne aux députés confédéraux un outil de contrôle effectif sur les politiques de défense et de développement, ce qui pourrait renforcer la légitimité interne de l'Alliance. Les régimes militaires en place cherchent ainsi à institutionnaliser leur pouvoir, tout en répondant aux aspirations de leurs populations en matière de sécurité et de développement économique.

Des implications économiques majeures

Sur le plan économique, cette intégration accélérée pourrait avoir des conséquences profondes pour la région. L'AES envisage la création d'une monnaie commune, la coordination des politiques minières et énergétiques, et la mise en place de projets structurants comme l'interconnexion électrique. L'accès à l'énergie reste un défi majeur en Afrique de l'Ouest, avec moins de 50 % de taux d'électrification dans certains pays. Une coopération renforcée pourrait permettre de mutualiser les ressources et d'attirer des investissements dans les infrastructures.

Les trois pays membres sont des producteurs d'or importants : le Mali avec les mines de Fekola et Loulo, le Burkina Faso et le Niger avec leurs gisements. Une harmonisation des politiques minières et une gestion conjointe des revenus pourraient renforcer leur pouvoir de négociation face aux compagnies étrangères. Cependant, cette intégration se fait au détriment des liens économiques traditionnels avec les pays côtiers de la CEDEAO, ce qui pose la question des routes commerciales et de l'accès aux ports.

Une dynamique régionale contrastée

Pendant que l'AES s'intègre, la CEDEAO tente de repenser son modèle d'intégration régionale. Les économies sénégalaises et ivoiriennes, traditionnellement considérées comme des moteurs de la région, continuent de croître, mais la fragmentation politique pourrait entraver les échanges commerciaux et la libre circulation des personnes. La création de l'AES pourrait, à terme, redessiner les équilibres économiques en Afrique de l'Ouest, avec un pôle sahélien plus autonome et potentiellement plus protectionniste.

Cette évolution soulève des questions sur l'avenir de la CEDEAO économie intégration régionale, qui devra composer avec un bloc sahélien de plus en plus structuré. Les prochaines étapes de la mise en place du Parlement confédéral, notamment l'élection de son bureau définitif et le lancement effectif des travaux des commissions, seront scrutées de près. Elles détermineront si l'AES parvient à transformer cette ambition politique en réalité institutionnelle et économique durable.

La création des commissions Défense-Sécurité, Diplomatie et Développement marque une étape importante, mais le chemin reste long. La confédération devra notamment définir les modalités de financement de ses institutions, harmoniser les législations nationales et mettre en œuvre des politiques concrètes qui bénéficient à ses populations. L'économie Sénégal croissance 25 août 2026 et l'économie Côte d'Ivoire croissance 25 août 2026, bien que hors de l'AES, seront également influencées par cette nouvelle donne régionale, dans un contexte où les interdépendances économiques demeurent fortes.

L'AES avance à grands pas vers une intégration régionale autonome, avec la mise en place de son Parlement et de ses commissions. Cette dynamique, qui s'inscrit dans une logique de souveraineté et de rupture avec la CEDEAO, pourrait redéfinir les équilibres économiques ouest-africains. La capacité des trois États à concrétiser leurs projets communs, notamment dans les domaines de la défense, de l'énergie et des ressources minières, déterminera si cette intégration devient un modèle alternatif crédible ou reste une construction fragile. Les regards se tournent désormais vers la suite : la mise en œuvre effective des politiques confédérales et la réaction des partenaires internationaux, notamment l'UE et la CEDEAO, face à cette nouvelle donne régionale.