Les 45 députés confédéraux de l'Alliance des États du Sahel (AES) se sont réunis à Niamey pour la première session du Parlement confédéral, du 24 au 29 août 2026. Cette installation, qui s'accompagne de la création de trois commissions permanentes, marque une étape décisive dans la construction institutionnelle de l'AES. Elle intervient alors que la question d'une monnaie commune refait surface, interrogeant directement la politique monétaire de la BCEAO.
Parlement confédéral : un levier pour la souveraineté monétaire
Les 45 députés de l'AES installés à Niamey. Trois commissions permanentes créées. La question d'une monnaie commune refait surface, interrogeant la BCEAO.
Une consolidation institutionnelle accélérée
La première session du Parlement confédéral de l'AES s'est ouverte lundi à Niamey, sous la présidence du député burkinabè Ousmane Bougouma. Les 45 parlementaires, quinze par pays, ont adopté le règlement intérieur et créé trois commissions permanentes : Défense et Sécurité, Diplomatie, et Développement. Cette ossature parlementaire donne à la Confédération une capacité législative sur des sujets sensibles comme la fiscalité, les douanes et, potentiellement, la politique monétaire. Le président en exercice de l'AES, Ibrahim Traoré, a exhorté les députés à prendre des « décisions audacieuses » pour un développement intégré, dans une dynamique qui s'inscrit dans la feuille de route de l'Alliance.
Une rupture avec l'ordre régional hérité
Cette avancée s'inscrit dans un contexte de rupture accélérée avec les institutions régionales traditionnelles. Les trois pays membres ont quitté la CEDEAO et multiplié les coopérations bilatérales, notamment dans les domaines sécuritaire et économique. La rupture des relations diplomatiques entre le Burkina Faso et la France, annoncée le 26 juin, illustre cette volonté d'émancipation. Le Parlement confédéral devient ainsi la clé de voûte législative d'un processus d'intégration qui se veut à la fois politique et institutionnel, en marge des cadres hérités de la colonisation.
La question monétaire en suspens
Sur le plan monétaire, la création d'une monnaie commune reste régulièrement évoquée par les dirigeants de l'AES, sans qu'aucun calendrier officiel n'ait été annoncé. Cette perspective aurait des conséquences majeures pour l'UEMOA, dont les trois pays représentent environ 17 % du PIB et une part significative des réserves de change. Parallèlement, la banque de développement de l'AES, lancée en juillet 2024 avec un capital de 500 milliards de FCFA, pourrait à terme concurrencer les mécanismes de financement de la BCEAO. Les discussions sur une monnaie commune ou une coopération monétaire renforcée, évoquées lors des sommets précédents, n'ont pas abouti à des décisions publiques, mais les signaux se multiplient.
Un calendrier qui interroge la BCEAO
La consolidation politique de l'AES intervient dans un contexte où la question monétaire demeure le principal angle mort de l'intégration sahélienne. Les trois États membres n'ont pas officiellement remis en cause leur appartenance à l'UEMOA, mais les initiatives se multiplient. La création de la banque de développement de l'AES, bien que présentée comme un outil de financement des projets régionaux, pourrait à terme redéfinir les rapports de force au sein de la zone monétaire. Les déclarations des dirigeants, notamment sur une « souveraineté monétaire », laissent présager une évolution progressive, sans rupture brutale.
Alors que l'AES poursuit son intégration institutionnelle, la question monétaire reste un chantier ouvert. La création d'une monnaie commune ou d'une coopération monétaire renforcée pourrait redéfinir les équilibres régionaux, mais les modalités et le calendrier demeurent incertains. Les prochains mois seront décisifs pour observer si cette dynamique parlementaire se traduit par des avancées concrètes sur le plan monétaire, dans un contexte où les partenaires extérieurs de la région suivent de près ces évolutions.