Le 9 juillet 2026, les ministres des Affaires étrangères du Mali, du Burkina Faso et du Niger ont retrouvé leur homologue russe Sergueï Lavrov à Niamey pour un deuxième round de consultations. Cette rencontre s’inscrit dans un agenda plus large de diversification des alliances, tandis que le Mali et la Libye s’apprêtent à lancer une coopération inédite dans le tourisme et l’artisanat. Ces initiatives témoignent d’une volonté de l’Alliance des États du Sahel (AES) de structurer son intégration sur des bases non occidentales.

Infographie — AES · Géopolitique monétaire

Consolidation diplomatique avec Moscou

La deuxième session des consultations AES-Russie, qui s'est tenue au Centre international de conférences Mahatma Gandhi de Niamey, prolonge le cadre institutionnel ouvert à Moscou en avril 2025. Les discussions ont porté sur la sécurité, l'énergie, les infrastructures et la coordination diplomatique, avec l'objectif affiché de formaliser des convergences stratégiques. Cette réunion intervient alors que l'AES monte en puissance sur le plan militaire – avec l'annonce d'une force conjointe sahélienne – et cherche à consolider des partenariats alternatifs après la rupture avec plusieurs alliés occidentaux. Le choix de Niamey comme lieu d'accueil, après Moscou, souligne une volonté d'équilibre et de réciprocité dans la relation.

L'économie culturelle comme nouveau front

Parallèlement, le Mali et la Libye ont annoncé le 20 juillet 2026 un programme de coopération inédit dans le tourisme et les industries traditionnelles. Selon des sources proches du dossier, ce partenariat prévoit la création de circuits transsahariens reliant Tombouctou aux anciennes cités libyennes, ainsi que des formations pour 5 000 artisans maliens dès 2027, avec un accent sur les standards d'exportation. L'objectif explicite est de capter une plus grande part de la valeur ajoutée d'un marché mondial de l'artisanat estimé à plusieurs milliards de dollars, en court-circuitant les intermédiaires occidentaux. Dans une région où près de 60 % de la population vit de l'économie informelle, cette initiative vise à offrir des alternatives concrètes aux modèles économiques hérités de la colonisation.

Une intégration en construction

Ces deux mouvements – diplomatique et économique – s'inscrivent dans une logique de renforcement progressif de l'intégration au sein de l'AES. La première session des consultations avec la Russie en avril 2025 avait posé les bases d'un dialogue politique structuré ; celle de juillet 2026 marque un passage à une phase opérationnelle, avec des discussions sur des projets concrets. De même, la coopération Mali-Libye, bien qu'encore embryonnaire, illustre la recherche de partenariats Sud-Sud qui contournent les circuits traditionnels. Les projections de la Banque africaine de développement pour 2026, qui placent le Niger à 6,7 % de croissance et la Côte d'Ivoire à 6,4 %, rappellent toutefois que les économies de l'AES restent en retard par rapport à des voisins comme le Sénégal ou la Côte d'Ivoire. L'enjeu pour les autorités sahéliennes est de transformer ces alliances en leviers de développement durable, au-delà des déclarations politiques.

Vers une souveraineté économique ?

La révision de la coopération entre le Mali et la Libye montre que l'AES ne se limite pas à une union militaire ou diplomatique. Le tourisme et l'artisanat sont des secteurs à fort potentiel de valeur ajoutée locale, capables de générer des revenus directs pour les populations. Mais les défis sécuritaires restent immenses : les circuits transsahariens ne pourront fonctionner sans une stabilisation durable de la région. La Russie, de son côté, apporte un soutien sécuritaire mais aussi des perspectives d'investissements dans l'énergie et les infrastructures. La question est de savoir si ces différentes initiatives parviendront à s'articuler en une stratégie cohérente, ou si elles resteront des gestes isolés.

L'AES semble vouloir inscrire son intégration dans une dynamique de diversification des alliances, où la Russie et la Libye jouent des rôles complémentaires. Mais la crédibilité de ce projet reposera sur sa capacité à produire des résultats tangibles pour les populations sahéliennes, dans un contexte de compétition régionale et de pressions géopolitiques accrues.